Konrad
Lorenz, biologiste autrichien, longtemps à la tête d’un centre de
recherche d’un Institut de la Max Planck Gesellschaft à Seewiesen
en Allemagne, consacra sa carrière à l’étude
des conduites des animaux dans leur milieu naturel et fut
l’un des maîtres fondateurs de l’éthologie
moderne. Il en fit reconnaître la place au sein de la biologie,
dans les classifications de la systématique et dans la dynamique
de l’évolution, et, plus important pour nous, il l’imposa à
l’attention des psychologues, qui devaient y trouver non seulement
des leçons de méthode observationnelle mais des sources
d’inspiration théorique dont l’étude de l’homme a tiré profit.
Ainsi, les recherches sur l’empreinte ont
stimulé les travaux des psychologues sur les origines de
l’attachement affectif chez le bébé les données éthologiques sur
l’agression ont éclairé bien des aspects de l’agressivité humaine.
L’influence de Lorenz fut sans doute servie par la qualité de ses
oeuvres écrites, dont certaines, notamment Il parlait avec les
mammifères, les oiseaux et les poissons (Paris, Flammarion,
1968), initient le grand public à l’analyse scientifique des
mystères du comportement animal, dont d’autres constituent autant
de contributions magistrales à la théorie psychologique générale
(on signalera notamment L’Agression, une histoire naturelle du
mal, Paris, Flammarion, 1969 et Les fondements de
l’éthologie, Paris, Flammarion, 1984.
A propos de l’empreinte
Observé déjà à la fin du XIXe siècle
par
Spalding chez le poussin
domestique, le phénomène d’empreinte
a été abondamment étudié par Lorenz
et son école. L’observation
naturaliste indique que les canetons
ou oisons fraîchement éclos suivent
leur mère et répondent en se
rapprochant d’elle à ses cris. Si la
mère naturelle fait défaut au moment
de l’éclosion, ces conduites
caractéristiques peuvent s’accrocher
à un objet de substitution, pour
autant qu’il présente certaines
propriétés (notamment le mouvement).
On connaît les images légendaires de
Lorenz, fondateur de l’éthologie
objectiviste, suivi par une bande
d’oisons pour lesquels il avait
servi d’objet d’empreinte.
Cette substitution par un être
humain dépasse naturellement le
niveau de la simple observation pour
passer à celui de l’expérimentation.
Des expériences plus systématiques
sont venues confirmer le phénomène
et en préciser la nature. Ainsi
a-t-on procédé à des empreintes
artificielles sur des stimuli
visuels ou sonores différents de
ceux fournis par la mère. Les jeunes
animaux manifestent leur conduite de
poursuite envers les sources de ces
stimulus « contre-nature », pour
autant qu’ils y aient été exposés
dans une période brève, suivant de
peu l’éclosion, dénommée
période
critique. La notion, élargie
à celle de période favorable ou
privilégiée, est devenue un concept
central de la psychologie du
développement, y compris de l’espèce
humaine.