SOMMAIRE - Divers

La rubrique Divers regroupe divers travaux et dossiers relatifs à des sujets variés ou spécifiques. Ainsi, par exemple, un important dossier consacré à l'Histoire de la Suisse, un index de personnalités historiques, des chronologies, des dossiers d'histoire économique, d'introduction aux études historiques ou de didactique de la discipline.

 

Retour au sommaire

Sommaire >>> Divers >>> Les Grands Noms de l'Histoire

 Otton Ier le Grand (912-973). Roi de Germanie (936-973) et empereur (962-973)

 
 

Avec Otton Ier, l’Eglise et les prélats, dont il n'avait été question ni en 911 avec la mort de Louis l’Enfant ni en 919 avec la décision en faveur d’Henri Ier, seraient associés de près au gouvernement: les fonctions qui leur avaient été dévolues lors de l'avènement l'annonçaient nettement. Otton Ier se rendit à Pavie, en septembre 951, et sur-le-champ prit le titre de « roi des Francs et des Lombards ». La reine Adélaïde, veuve du roi d’Italie Lothaire, fit-elle appel à Otton ou celui-ci eut-il l’ambition d’aller chercher fortune en Italie ? Beaucoup de mystères demeurent sur ce sujet. Quelques semaines plus tard, il épousa en secondes noces la veuve de Lothaire. Sans attendre plus longtemps, il pria le pape de le recevoir. Envisageait-il d'imiter en tout point Charlemagne qui, après avoir coiffé la couronne des Lombards, s'était rendu dans la Ville éternelle ? Le refus qu'il essuya avait été soufflé au souverain pontife par Albéric, le véritable maître de Rome, aux yeux de qui le roi des Francs et des Lombards n'était qu'un gêneur. Otton n'insista pas ; il repassa les Alpes, abandonna le double titre royal et laissa son gendre, Conrad le Roux, sur place. Les trois années qui suivirent furent dominées par des révoltes. La plus gênante fut celle du propre fils d'Otton, Liudolf, que son père avait comblé de titres, mais qui voyait (peut-être ?) d'un mauvais oeil le remariage du roi ; le jeune homme attira à ses côtés le duc de Lotharingie, Conrad dit « le Roux », son beau-frère, et fit venir avec lui les Hongrois qui traversèrent le royaume en 954 et continuèrent jusqu'à Metz avant de repartir par le sud. Otton, pris de court, chercha un appui auprès de son jeune frère Brunon. Otton affronta aussi les Hongrois et les écrasa sans pitié.

L’Église jouait donc dans ce qui pourrait s'appeler la politique extérieure d'Otton ler un rôle important. Plus considérable encore fut la place que le roi lui fit dans les structures internes de l'État. La rébellion de 953 avait prouvé que le recours aux relations familiales n'offrait pas beaucoup plus de garanties de fidélité que la conclusion de pactes d'amitié. Otton ébaucha la construction d'un système que ses successeurs parachevèrent -, les historiens allemands le qualifient de Reichskirchensystem, parce que les églises de l'empire en formaient l'armature. Nous retrouvons là Brunon, le provisor et tutor regni, l'archevêque de Cologne. Il fit de la chapelle royale une pépinière de prélats qui seraient aussi serviteurs du royaume. A chaque chapelain, il procura une prébende dans un chapitre cathédral ; ainsi dans tous les diocèses, il y avait un membre de l'entourage royal. Comme Otton avait pris soin de retirer aux ducs le droit de nommer les prélats des diocèses compris dans leurs duchés, il était possible de placer dans ceux qui étaient vacants des hommes sûrs. Certes, de cette capacité, le souverain ne fit pas tout de suite un usage méthodique. Le procédé devait être rodé. Son principe suffisait pour que le roi fût considéré comme « le Christ du Seigneur » et que le caractère sacral de la monarchie se trouvât souligné.

En 960 le pape, le successeur de celui qui naguère lui avait opposé une fin de non-recevoir, l'appela au secours. Ce Jean XII n'était pas un parangon de vertu, mais il avait été choisi, conformément au voeu de son père, Albéric, le prince de Rome, pour que le principat et le pontificat fussent réunis dans la même personne. Bérenger, le roi d'Italie qu'Otton avait investi, envahit les terres du Saint-Siège. Jean XII, comme l'avait fait jadis Léon III appelant Charlemagne, promit qu'il couronnerait Otton en échange de son aide. La proposition fut acceptée. Avant de partir, le futur empereur prit la précaution de faire élire roi le fils d'Adélaïde, Otton, et de pourvoir à l'éducation de cet enfant de cinq ans ainsi qu'à la régence du royaume, d'autre part, il fit incorporer au pontificat de Mayence le rituel du couronnement. Puis, à la fin de 961, il franchit les Alpes et, bien que Bérenger lui eût échappé, le déposa, prit sa place, sans pour autant annuler l'autonomie du royaume des Lombards, dont les institutions furent respectées. Aux portes de la Ville éternelle, Otton s'arrêta pour prêter au pape un « serment de sécurité », s'engageant de plus à lui restituer ce qui appartenait au patrimoine de saint Pierre. Le 2 février 962, à la basilique du Vatican, il fut d'abord sacré, puis couronné par Jean XII. Après une éclipse de trente-huit ans, l'empire renaissait ; il devait durer plus de huit siècles.

Transfert de l'Empire des Romains aux Carolingiens puis des Carolingiens aux Allemands

Jean XII explique l'événement en déclarant que, le monarque étant venu lui rendre visite après ses splendides victoires, il lui a accordé, en récompense, le titre impérial avec l'espoir que cette dignité lui fournira d'autres succès. Il présente sa démarche comme s'il avait lui-même recréé l'Empire, d'où il résulterait qu'il revient d'une façon générale au pape de faire l'empereur, ce qui lui conférerait une autorité exceptionnelle dans le domaine politique. Cette explication, de laquelle certains tireront plus tard qu'en 962 la Papauté a transféré l'Empire des Carolingiens aux Allemands comme elle l'avait fait en 800 des Romains aux Carolingiens, ne correspond cependant en aucune manière à la réalité. Car c'est Otton qui a voulu le titre impérial et c'est lui d'abord qui a rétabli l'Empire afin d'asseoir davantage encore son autorité en Allemagne, particulièrement sur les évêques, et de tenir plus fermement l’Italie. Il exige d'ailleurs, à cette fin, de contrôler l'élection pontificale et interdit qu'à l'avenir on couronne un pontife élu sans que la régularité du scrutin n'ait été constatée par les officiers impériaux. C'est donc, d'une certaine façon, le retour au césaropapisme accompli dans la collaboration étroite des deux pouvoirs, mais, sauf pour les matières proprement religieuses, sous l'autorité de l'empereur. Et ce fut bien ainsi et non selon les prétentions de Jean XII que les relations se fixèrent. Ce fut Otton le Grand qui contrôla le siège de Pierre.

L’empereur se trouvait à mi-chemin entre la cléricature et le laïcat ; en tout cas, il occupait, dans la sphère du sacré, une place particulière. Les « grands » du royaume ne pouvaient plus le considérer comme un des leurs. Le pape lui-même devait reconnaître son pouvoir ; il s'était prosterné devant lui après l'avoir couronné. L’acte solennel dit l'Ottonianum, promulgué par l'empereur le 13 février 962, accordait au Saint-Père les mêmes privilèges que ceux que les Carolingiens avaient reconnus à la papauté (confirmation des territoires du patrimoine de Saint Pierre), mais, reprenant un diplôme de Lothaire Ier, il prescrivait à tout nouveau pape de prêter serment entre les mains du souverain ou de son envoyé avant de recevoir la consécration. Otton usa de son pouvoir dès 963 ; Jean XII qui, sans doute, trouvait trop élevé le prix payé pour obtenir de l'aide intrigua contre l'empereur avec ses ennemis. La réaction fut rapide et brutale : un concile réuni par Otton déposa le pape, qu'accablaient de graves accusations, et le remplaça par un notaire de la chancellerie pontificale. Profitant de sa position de force, Otton exigea des Romains un serment aux termes duquel « ils n'éliraient ni n'ordonneraient aucun pape en dehors du consentement du seigneur Otton ou de son fils ». L’empereur était donc dans son ordre à tout le moins l'égal du pape, un pape dont il contrôlait l'élection. Les avantages que lui procurait cette situation étaient considérables ; nous avons vu que dans son système de gouvernement l'Eglise jouait un rôle de premier plan. Pouvoir compter sur la collaboration du pontife qui se disait détenteur du « siège le plus élevé et disposant de la compétence universelle », c'était la garantie d'une autorité de fait sur les Églises locales, celles de l'empire en particulier. Otton fit usage de cette possibilité d'intervention à plusieurs reprises, en 962, en 965 et en 967, au synode de Ravenne, tenu en sa présence. La réorganisation des institutions ecclésiastiques dans les pays slaves telle que l'empereur l'avait voulue fut solennellement confirmée. Si Magdebourg vit son champ d'action missionnaire réduit aux territoires soumis effectivement à l'empereur, le pape n'y était pour rien ; la christianisation de la Pologne entraînait la création d'évêchés polonais et, tôt ou tard, la reconnaissance de leur autonomie.

Mais Otton découvrit rapidement que sa nouvelle dignité ne lui valait pas que des privilèges. Les Romains le considéraient comme un étranger pour lequel ces aristocrates convaincus qu'ils descendaient des Scipions ou des Fabii n'éprouvaient que du mépris, voire de l'aversion. Que le régime dont ils s'étaient dotés fût bousculé par ce barbare, ils ne l'acceptaient pas ; ils se révoltèrent à plusieurs reprises et l'échec de leurs rébellions accrut leur amertume. Pour l'empereur, il ne faisait pas bon vivre à Rome. Ce n'était pas seulement avec la population romaine qu'Otton eut de sérieuses difficultés. Comme Charlemagne, il rencontra l'hostilité des Byzantins dont le basileus, tout grec qu'il fût, estimait avoir seul droit au titre d'empereur romain. Fidèle aux usages carolingiens, Otton ne prit qu'exceptionnellement le titre d'imperator Romanorum et Francorum, se contentant en règle générale de celui d'imperator augustus. Cependant, il heurta les prétentions de Constantinople lorsqu'il reçut l'hommage des princes lombards de Bénévent et de Capoue, faisant mine de les soustraire à l'autorité de l'empereur d'Orient. Or celui-ci, Nicéphore Phocas, défendait le principe que l'Empire romain, c'est-à-dire byzantin, était le seul et que tous les autres princes étaient de simples rois. Il allait jusqu'à revendiquer Rome et Ravenne. Cette attitude ne découragea pas Otton, qui ne désespérait pas d'obtenir pour son fils la main d'une princesse « née dans la pourpre », fille d'empereur. Afin de rendre le parti plus beau, en 967, il fit couronner empereur ce fils, le futur Otton II, par Jean XII. Nicéphore, intraitable, répondit en préparant une expédition militaire. Otton Ier, en guise de riposte, entreprit la conquête de la Pouille et de la Calabre, sans grand succès il est vrai. Les données furent différentes avec l’avènement de Jean Tzimiscès, qui se montra conciliant et accepta l'idée du mariage. Toutefois, le souverain byzantin envoya à l'empereur des Romains non pas une porphyrogénète, mais une de ses nièces, Théophano. Otton Ier, mécontent, se résigna et, avant de repartir pour la Germanie, fit épouser la jeune fille à Otton (II), empereur associé (972). À Pâques 973, un nouvel afflux d'ambassades en Germanie couronnait la carrière du grand empereur, qui mourut subitement le 7 mai. Sa succession était assurée ; l'Empire romain avait retrouvé vie et s'étendait de la mer du Nord au sud de l'Italie, de la frontière française au pays des Slaves et des Hongrois.

     

Retour au sommaire des Grands Noms de l'Histoire

 
 
 

Bibliographie

- Cuvillier, J.-P. (1979), L’Allemagne médiévale. Payot.

- Noël, J.-F. (1976), Le Saint Empire, PUF, Paris

- Pacaut, M. (1989), La théocratie. Desclée, Paris.

- Parisse M. (2002), Allemagne et Empire au Moyen age, Carré Histoire, Hachette.

- Rapp, F. (2000), Le Saint Empire romain germanique, d’Otton le Grand à Charles Quint. Seuil.

- Rovan, J. (1999), Histoire de l’Allemagne, Seuil.

- Schillinger, J. (2002), Le Saint Empire, Ellipses.

 

 
Liens Atrium      
       

 Moyen age

Les empereurs du Saint Empire

 

Liste et brèves descriptions des différents empereurs du Saint Empire.

       
 Votre site ici !!! Ecrivez-nous pour ajouter votre site à nos pages...
       
 
Copyright © Yannick RUB