L’amélioration
des méthodes agricoles, de l’enseignement et de la production
industrielle ne reste pas sans effet sur le système politique.
Une élite montante, industrielle, agricole et intellectuelle,
remet en question le rôle de la classe dirigeante.
Insensiblement
se préparait une modification
fondamentale dans l’attitude envers l’autorité
traditionnelle. L’idée de l’égalité entre les hommes n’était
guère mise en doute, mais son application n’était pas de ce
monde !
L’ordre
de la société et le gouvernement ne sont plus d’origine
divine, l’État devient l’objet de la perfectibilité
humaine. Ce changement, au demeurant fondamental, n’est certes
pas la cause de la Révolution, mais il a fortement influencé
la forme qu’elle va prendre. Il est évident que
l’opposition à l’État n’a rien de nouveau, mais
jusqu’alors, les revendications des opposants ne mettaient guère
fondamentalement en question le système
politique, mais visaient à acquérir des privilèges
dans le cadre de ce système (il s’agissait souvent de rétablir
d’anciens droits abolis par l’État centralisateur).
La
Révolution américaine est l’exemple typique de cette
nouvelle sorte de révolte. Les idéaux proclamés par la Déclaration
d’indépendance et la Constitution
de 1786 sont tout autres que
ceux de l’Ancien Régime.
La
Révolution française donne
le signal de l’action révolutionnaire en Suisse. Dès 1790-1791,
des agitations ont lieu ; en 1795-1796, de graves troubles
éclatent dans la région de Zurich : la stabilité de
l’ensemble du système politique se trouve dangereusement mise
en question. Passée la première phase révolutionnaire, la
consolidation de l’État bourgeois à partir de 1795 et ses
aspirations expansionnistes modifièrent les buts de la France.
La politique de Bonaparte
s’insère tout naturellement dans les visées hégémoniques
qui avaient déjà été celles du royaume. C’est à ce moment
que la Suisse est incorporé à l’espace stratégique français.
Le but de la nouvelle République est de s’entourer d’un cordon
d’États alliés pour protéger son propre développement
révolutionnaire. C’est au nom de la liberté et de
l’humanité toute entière que les troupes françaises entre
en Suisse…
L’espoir
des révolutionnaires suisses de voir la France contribuer à
l’établissement d’un ordre nouveau est cruellement déçu. Pendant
plus de deux ans la Suisse devient le champ de bataille de
l’Europe.
La
paix de Campoformio (défaite
de l’Autriche) en octobre 1797,
fait entrer la Suisse définitivement dans la sphère d’hégémonie
de la France. Le système politique helvétique,
basé sur un jeu de balance entre la France et l’Autriche,
s’écroule.
En
décembre 1797, les troupes françaises annexent la partie sud
de l’évêché de Bâle. Les Confédérés n’opposent aucune
résistance. La Diète fédérale se réunit, pour la dernière
fois, en décembre 1797 ; elle démontre l’impossibilité
d’une action commune, bien qu’un ardent sentiment national
et la volonté d’un avenir commun s’y expriment encore
fortement. Au nom de la Révolution, les troupes françaises
occupent les régions qui se proclament indépendantes. Aucun
canton ne mettra sur pied une défense efficace ; Berne échoue
et seule la Suisse centrale résiste jusqu’au mois de mai
1798.