Collaborateur de
Karl Vogt
à Genève dès 1876, membre, pour la petite histoire, de ce petit
groupe d’alpinistes qui avaient choisis de s’appeler les "Amis de
la Varappe", du nom d’un couloir du Salève, Yung ne pouvait
qu’avoir de la sympathie pour le jeune
Piaget lorsque celui-ci lui demanda son aide quelque 35
années après que lui-même ait pu trouver des appuis précieux
auprès de savants renommés.
Emile Yung, après avoir assisté Vogt pendant plusieurs
années dans ses enseignements de biologie à l’université de
Genève, le remplaça à la suite de sa mort en 1895. Les séjours de
recherche qu’il réalisa au laboratoire maritime de Roscoff en
Bretagne lui firent connaître de nombreux biologistes français,
dont le lamarckien Delage. Ses
travaux portaient sur la physiologie et le
système nerveux des mollusques, point de départ de
recherches sur le système physiologique de l’escargot, puis, en
1903, sur le sens olfactif de cet animal. La jonction entre la
biologie et la psychologie était faite (Yung avait d’ailleurs déjà
réalisé plusieurs recherches sur les comportements des animaux).
Vers 1910 Yung parvint à démontrer que, en dépit de
la présence d’un œil au bout de leurs tentacules céphaliques, les
escargots sont aveugles. Plusieurs de ses recherches avaient
explicitement pour but de vérifier la thèse du lamarckisme selon
laquelle "la fonction crée l’organe".
S’il est parvenu à certains résultats positifs relativement à
cette thèse, il reconnaissait lui-même ne pas avoir pu prouver
l’essentiel, à savoir la transmission héréditaire des
modifications individuelles. En définitive, il apparaît que le
principal soutien du jeune Piaget lorsque celui-ci multipliera ses
recherches sur les limnées des lacs de Suisse romande s’inscrit
tout à fait dans ce courant de la biologie française
qu’illustraient par ailleurs, sur un plan plus spéculatif ou
théorique, les travaux de le Dantec
et de Rabaud.