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Sommaire >>> Les méthodes en psychologie

La méthode clinique

 
 

Méthode d'exploration critique

La méthode d'exploration critique est une stratégie expérimentale mise en honneur par Piaget et l'école genevoise dans l'étude du développement cognitif. Jadis appelée méthode clinique, elle a été rebaptisée, le terme clinique entraînant de multiples confusions avec les méthodes en usage en psychologie appliquée ou avec les approches privilégiant l'étude de l'individu dans sa globalité. Elle s'écarte à plus d'un titre des canons habituels de l'expérimentation de laboratoire, ce qui n'enlève rien à sa fécondité ni à son véritable esprit expérimental.

L'épreuve classique de la conservation du nombre nous fournit un exemple simple. Le sujet en est un enfant de quatre ans. On l'invite à fournir un nombre d'éléments, des fourchettes par exemple, égal au nombre d'une rangée modèle de couteaux étalés devant l'expérimentateur. L'enfant vérifie aisément l'égalité en constatant la correspondance terme à terme entre les deux rangées. L'expérimentateur modifie alors la configuration de sa propre rangée en augmentant ou en réduisant l'espace entre les éléments et demande à l'enfant s'ils « ont encore chacun la même chose, ou si l'un a plus ou moins que l'autre ». L'enfant de quatre ans, qui n'a généralement pas maîtrisé la conservation du nombre, répondra qu'il a plus, ou qu'il a moins, parce que sa rangée occupe plus ou moins de place (le raisonnement pouvant d'ailleurs aller indifféremment dans les deux sens : la rangée occupant le plus d'espace peut être perçue comme ayant « plus » parce que plus longue, ou « moins » parce que moins dense). L'expérimentateur, selon les réponses de l'enfant, modifiera la disposition, puis la nature des objets afin de bien cerner les arguments invoqués, leur résistance aux contre-suggestions, leur généralisation à des ensembles différents - tels des jetons par opposition à des objets habituellement appariés comme des couverts de table.

Les interventions de l'expérimentateur ne sont pas strictement définies à l'avance : elles s'ajustent aux réactions de l'enfant, tantôt pour en préciser le sens ambigu, tantôt pour en recueillir les justifications, tantôt pour en éprouver la solidité face à des arguments prêtés à un autre enfant. On devine ce qu'a de délicat la conduite d'un tel entretien, dont les détails ne sont pas strictement codifiés. C'est peut-être pourquoi son apprentissage est resté longtemps artisanal dans le cadre de l'école genevoise. Bien appliquée, la méthode a fait ses preuves, car les principaux résultats se sont généralement montrés reproductibles. De plus, ce qu'elle nous a appris sur le fonctionnement de l'intelligence au cours du développement est sans commune mesure avec ce que nous ont appris, par exemple, les résultats des tests mentaux appliqués dans une perspective psychométrique (lesquels ont certes des assises méthodologiques légitimes par rapport à une finalité très différente). S'agissant des conduites intelligentes, il y a plus d'enseignements à tirer, naturellement, d'une analyse minutieuse des tâtonnements du sujet, de ses corrections et régulations, de son activité réflexive sur ses propres cheminements que de l'enregistrement d'une performance en son aboutissement.

Exemples d'observation clinique, par Esquirol (1772-1840)

Voici l’observation de Mlle F..., publiée par Esquirol (1772-1840), élève de Pinel, et avec lui véritable fondateur de la psychiatrie française. La précision de la description des conduites, servie par un style net et concis, n’est pas sans rappeler La Bruyère.

" Un jour, à l’âge de dix-huit ans, sans cause connue, en sortant de chez cette tante, elle est saisie de l’inquiétude qu’elle pourrait bien, sans le vouloir, emporter dans les poches de son tablier quelque objet appartenant à sa tante. Elle fit désormais ses visites sans tablier. Plus tard, elle met beaucoup de temps pour achever des comptes et des factures, appréhendant de commettre quelque erreur, de poser un chiffre pour un autre, et par conséquent de faire tort aux acheteurs. Plus tard encore, elle craint, en touchant à la monnaie, de retenir dans ses doigts quelque chose de valeur. En vain lui objecte-t-on qu’elle ne peut retenir une pièce de monnaie sans s’en apercevoir, que le contact de ses doigts ne peut altérer la valeur de l’argent qu’elle touche. Cela est vrai, répond-elle, mon inquiétude est absurde et ridicule, mais je ne peux m’en défendre. Il fallut quitter le commerce. Peu à peu les appréhensions augmentent et se généralisent. Lorsque Mlle F... porte ses mains sur quelque chose, ses inquiétudes se réveillent elle lave ses mains à grande eau. Lorsque ses vêtements frottent contre quelque objet que ce soit, elle est inquiète et tourmentée. Est-elle quelque part ? Elle apporte toute son attention pour ne toucher à rien ni avec ses mains, ni avec ses vêtements. Elle contracte une singulière habitude lorsqu’elle touche à quelque chose, lorsque ses vêtements ont été en contact avec un meuble ou avec un autre objet, lorsque quelqu’un entre dans son appartement, ou qu’elle-même fait une visite, elle secoue vivement ses mains, frotte les doigts de chaque main les uns contre les autres, comme s’il s’agissait d’enlever une matière très subtile cachée sous les ongles. Ce singulier mouvement se renouvelle à tous les instants de la journée et dans toutes les occasions.

Mademoiselle veut-elle passer d’un appartement dans un autre, elle hésite, et pendant l’hésitation, elle prend toute sorte de précautions pour que ses vêtements ne touchent ni aux portes, ni aux murs, ni aux meubles. Elle se garde bien d’ouvrir les portes, les croisées, les armoires, etc., quelque chose de valeur pourrait être attaché aux clefs ou aux boutons qui servent à les ouvrir et rester après ses mains. Avant de s’asseoir, elle examine avec le plus grand soin le siège, elle le secoue, même s’il est mobile, pour s’assurer que rien de précieux ne s’attachera à ses vêtements. Mademoiselle découpe les ourlets de son linge et de ses robes, crainte que quelque chose ne soit caché dans ses ourlets. Ses souliers sont si étroits que la peau dépasse la bordure des souliers, ses pieds gonflent et la font beaucoup souffrir, cette torture a pour motif d’empêcher quelque chose de s'introduire dans le soulier. Les inquiétudes sont quelquefois, pendant les paroxysmes, poussées si loin qu’elle n’ose toucher à rien, pas même à ses aliments; sa femme de chambre est obligée de porter les aliments à sa bouche... Elle se lève à six heures, l’été comme l’hiver; sa toilette dure ordinairement une heure et demie, et plus de trois heures pendant les périodes d’excitation. Avant de quitter son lit, elle frotte ses pieds pendant dix minutes pour enlever ce qui a pu se glisser entre les orteils ou sous les ongles; ensuite elle tourne et retourne ses pantoufles, les secoue et les présente à sa femme de chambre pour que celle-ci, après les avoir bien examinées, assure qu’elles ne cachent pas quelque chose de valeur. Le peigne est passé un grand nombre de fois dans les cheveux pour le même motif. Chaque pièce des vêtements est successivement un grand nombre de fois examinée, inspectée dans tous les sens, dans tous les plis et replis, etc.; et secouée vivement. Après chacune de ces précautions, les mains sont vivement secouées à leur tour et les doigts de chaque main frottés les uns contre les autres ce frottement des doigts se fait avec une rapidité extrême et se répète jusqu’à ce que le nombre de ces frottements, qui est compté à haute voix, soit suffisant pour convaincre Mademoiselle qu’il ne reste rien après ses doigts. Les préoccupations et inquiétudes de la malade sont telles pendant cette minutieuse exploration qu’elle sue et qu’elle en est excédée de fatigue; si par quelque circonstance, ces précautions ne sont point prises, Mademoiselle est mal à l’aise pendant toute la journée... Mademoiselle fait des visites, en entrant elle se garantit de tout contact, se balance autour d’un siège, l’examine, le secoue et elle fait tout cela avec assez d’adresse pour qu’on ne s’en aperçoive pas d’abord. Reçoit-elle des visites, elle approche un fauteuil, mais aussitôt elle secoue et frotte ses doigts. Elle fait des voyages dans sa ville natale, mais elle s’arrange de manière à arriver très grand matin, afin d’avoir le temps de changer de linge, de vêtements et de se laver avant d’embrasser ses parents à leur lever.

Mademoiselle ne déraisonne jamais; elle a le sentiment de son état, elle reconnaît le ridicule de ses appréhensions, l’absurdité de ses précautions, elle en rit, elle en plaisante; elle en gémit, quelquefois elle en pleure; non seulement elle fait des efforts pour se vaincre, mais elle indique les moyens, même très désagréables, qu’elle croit propres à l’aider pour triompher de ses appréhensions et de ses précautions."

 

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Source

- F.Parot & M.Richelle, Introduction à la psychologie, PUF, 1996

- Etienne J. D. Esquirol, Des maladies mentales, Paris, 1838

 

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