L’IDENTITE EN SCIENCES HUMAINES
Les fondements de
l’identité d’un acteur pour d’autres acteurs (ou pour lui-même) se
trouvent dans les identités de ces autres acteurs (ou du premier
acteur lui-même). Le sens du concept « identité » n’est pas fixé.
Multiplicité de définitions.
Relativisme
constructiviste = le sens de l’identité sera tributaire des
référents théoriques utilisés pour construire l’intelligibilité du
phénomène. La réalité scientifique est donc relative à la théorie de
référence que l’on prend. Chaque scientifique, détenteur d’un cadre
théorique, peut lire les phénomènes identitaires avec ses propres
référents (psychanalyse, analyse transactionnelle, existentialisme,
structuralisme…)
Théorie
générale de l’identité : condamnés à éclectisme ou possible de
trouver un point de vue scientifique global pour rendre compte de la
pluralité des approches de l’identité. But de Mucchielli = trouve
cette théorie générale de l’identité. Nécessité de se placer du
point de vue des sciences humaines : acteur social → aussi bien
individu que collectivité. Sujet pas comparable aux objets des
sciences dites exactes car : affectivité, conscience, raison,
ressenti, réflexion. L’identité d’un acteur social ne peut être
définie comme l’identité d’un objet des sciences physiques.
Paradigme
subjectiviste (ou interprétatif) ≠ paradigme positiviste des
sciences physiques. Pour sciences humaines : pas de réalité
objective donnée (la réalité est une réalité de sens, elle est
construite par les acteurs) ; pas UNE réalité mais PLUSIEURS
coexistant ; identité ne vient pas d’une mise en forme par certaines
causes.
Identité pour
sciences humaines = ensemble de significations (variable selon
les acteurs d’une situation) apposées par des acteurs sur une
réalité physique et subjective. Identité est plurielle car elle
implique plusieurs acteurs. L’identité est toujours en
transformation puisque ses contextes de références sont toujours en
évolution. Elle est un construit biopsychologique et
communicationel-culturel.
Théorie des
processus de la communication = les communications des acteurs
sont des communications « qui-ont-un-sens-performant-pour-eux ».
Le sens de
l’identité d’un acteur pour un autre acteur est fonction du contexte
pertinent utilisé par ce dernier acteur pour définir l’identité du
premier. Exemples de
référents identitaires : écologiques, matériels et physiques,
historiques, culturels, psychosociaux : liste à multiplier à
l’infini. Différents types d’identité selon les référents utilisés :
identité objective, culturelle, groupale, sociale, professionnelle… Une identité est
une identité pour quelqu’un → elle varie en fonction des acteurs
concernés (on retrouve l’idée que toute réalité de sens est
plurielle).
p.19 : explication
des identités subjective, ressentie, affirmée, présentée, de façade,
agie, négative représentée, inférée, souhaitée, vécue, prescrite,
attribuée…)
Mead →
Soi : vient du fait que l’acteur peut s’éprouver lui-même
directement en se plaçant du point de vue des autres membres du
groupe social auquel il appartient.
p.21 : sur le test
Qui suis-je ?
Erikson :
on ne peut parler d’identité s’il n’y a pas un ensemble de
sentiments vécus se rapportant à cette identité = l’identité
n’existe que par le sentiment d’identité. Les significations que
l’acteur donne au fait d’être lui-même dépendent de processus
d’évaluation subjectifs dont les résultats sont traduits en
sentiments (en impressions vécues). Le sentiment banal d’exister
repose sur des informations (contexte spatial, physique, sensoriel).
Continuité
temporelle → l’acteur se perçoit identique à lui-même dans le
temps, il perçoit ses transformations comme un continuum. Lorsque
les différences sont perçues comme des ruptures = crises d’identité.
Les imprégnations
culturelles identiques fondent la possibilité de compréhension et de
communication avec autrui.
Un acteur social
doit avoir un objectif défini, un avenir d’espoirs.
La statique
= approche selon laquelle la formation de l’identité est une affaire
rapidement définitive. Les acteurs sociaux sont influencés dans les
premières étapes de leur vie (Pavlov, Freud, Erikson).
Noyaux
identitaires : 1. noyau identitaire individuel. 2. noyau
identitaire groupal ou communautaire. 3.noyau culturel.
Laing →
toute identité est manipulée en partie par les autres et le monde
extérieur.
Rosenthal &
Jacobsen → « mauvais écoliers » = effet de Pygmalion. :
l’identité est aussi le résultat d’un ensemble de communication
arrivant et partant d’un acteur. Chaque identité est une émergence
de sens résultant d’un ensemble de négociations des identités de
chacun. Chaque identité trouve donc son fondement dans l’ensemble
des autres identités s’exprimant à travers le système des relations.
Erreur de
l’isolat = quand pas pris en compte les interactions de
l’identité avec les éléments des divers contexte.
Identité-située
= le phénomène identitaire s’inscrit toujours dans une expérience de
l’existence. Chaque acteur a plusieurs identités-situées en même
temps (il peut s’inscrire dans une pluralité de situations dont
seules certaines sont activées au moment de son activité). Elle est
en continuelle émergence et ne peut donc être saisie que par flashs.
Les fondements
de l’identité sont bien dans les identités elles-mêmes des
différents acteurs en relation. Les contextes utilisés par l’acteur
pour définir l’identité le sont car ils sont pertinents (=permet de
faire émerger un sens) pour lui. Mais ce sens est lui-même dépendant
de la situation. Et la définition de la situation dépend de
l’identité émergente de l’acteur pour lui-même et pour l’autre au
moment où il considère l’identité de l’autre.
→
phénomène de la complexité humaine (Paradigme de la
complexité qui est la thèse défendue par Mucchielli).
LES FONDEMENTS DE L'IDENTITE PSYCHOSOCIOLOGIQUE
L’identité est un
ensemble de critères de définition d’un sujet et un sentiment
interne. Ce sentiment d’identité est composé de différents
sentiments : d’unité, de cohérence, d’appartenance, de valeur,
d’autonomie et de confiance organisés autour d’une volonté
d’existence. Les référents identitaires (=ce par rapport à
quoi on définit) sont légions. La liste des critères retenus va
dépendre de l’usage projeté de l’identification (signatures =
caractéristiques essentielles ; type = ensemble de caractères
organisés en un tout). La définition de l’identité se fait à partir
de quelques critères car cela suffit pour identifier un groupe ou un
individu par rapport à un autre groupe ou individu. On retient donc
les caractéristiques essentielles et les caractéristiques marquant
la différence.
Groupe =
unité collective réelle, mais partielle, directement observable et
fondée sur des attitudes collectives, continues et actives, ayant
une œuvre commune à accomplir, unité d’attitudes, d’œuvres et de
conduites, qui constitue un cadre social structurable tendant vers
une cohésion relative des manifestations de la sociabilité.
Gurvitch.
Mentalité =
ensemble d’acquis commun aux membres d’un groupe.
Noyau
identitaire personnel : le savoir sur soi-même est la source du
sentiment d’identité personnelle. Ce savoir est une structure de la
personnalité sous-tendant tous les actes de l’individu.
Le système
culturel, la mentalité et le système
affectivo-cognitif individuel s’emboîtent les uns dans les
autres. Le système culturel est commun à tous les membres d’une même
société, il s’élargit ensuite pour les différents groupes en
devenant leurs différentes mentalités, les mentalités se spécifient
enfin dans les systèmes cognitifs individuels.
Niveau
d’identification : 3 niveaux : - l’ensemble culturel. – le groupe. –
selon notre psychologie propre.
→
fonctionnent généralement en même temps, mais selon situation
l’accent sera mis sur l’un ou l’autre.
Chaque société,
chaque groupe, chaque individu possède un répertoire d’identités qui
permet la connaissance des autres. On ne peut pas ne pas situer
l’autre par rapport à soi. L’identification de l’autre une fois
faite, elle va influencer tout le processus de communication avec
cet autrui.
Processus
d’attribution (Moscovici) = émettre un jugement sur
l’autre et chercher tous les signes qui valident ou invalident
l’évaluation. Evaluation faites à partir de formes perceptives
complexes (gestalten). Les schémas d’identification d’autrui sont :
identitaires culturels, groupaux et personnels. Schémas servent à
décoder la réalité sociale, mais ils façonnent également notre
conduite sociale
→
selon notre représentation identitaire on se conforme à ce que l’on
croit devoir être.
Identification
à autrui : La personnalité se constitue et se différencie par
une série d’identifications (aspect, propriété, attribut de l’autre
que l’on prend pour soi). Enfant
→
premier modèle vers 5-6 ans, fin avec crise de puberté = 11-12 ans.
Mais des modèles surgissent pour l’individu tout au long de la vie.
Identification
pour le groupe
→
processus d’identification culturelle + identification possible à un
groupe de référence (en prendre les normes, les valeurs, les
opinions…). Ce groupe peut être actuel ou imaginaire, historique,
mythologique…
Autrui
généralisé = Mead
→
sert à l’identification culturelle.
L’identité prend
corps et s’affirme par rapport au passé.
James : Moi
= représentation de nous-mêmes ou des autres en considérant un
certain nombre de faits psychiques.
Mead :
Moi =
ensemble des rôles des autres intériorisés et assumés par
l’individu. Par le Moi la société est présente en nous et influence
nos actions.
Je = ce
qu’il y a de personnel dans la conduite (spontanéité + créativité).
Soi =
interaction dialectique du Moi et du Je. Soi est une possibilité de
conscience de soi-même au travers du regard de la société sur soi
→
individu devient un objet en prenant les attitudes d’autrui envers
lui = devenir un objet pour soi en vertu de ses relations avec les
autres individus. La conscience de soi apparaît dans le dialogue
entre le Moi et le Je ; le Moi seul est directement présent à la
conscience, le Je n’est saisi qu’après coup.
Erikson
→
L’identité n’existe que par le sentiment d’identité. Le sentiment
d’identité peut se décomposer en une série de sentiments reposant
sur la permanence de processus d’évaluation et d’intégration-identification.
Etre matériel
→
C’est
l’ensemble de nos sensations qui nous rappellent que « nous sommes
nous ». Pour un groupe ce sont les éléments matériels qui
constituent l’ancrage de l’existence objective du groupe
(rassemblement collectif, emblème…). Les imprégnations culturelles
identiques permettent la communication et la compréhension.
Sentiment
d’appartenance
→
niveau individuel = le Moi (Mead) et sentiment de participation
affective (Erikson). Niveau du groupe = esprit de groupe et
sentiment de solidarité.
Sentiment
d’unité et de cohérence
→
Nous avons l’impressions d’une unité de nous (même si nous avons une
multiplicité d’états).
Sentiment de
continuité temporelle
→
continuum
(pas de coupures de l’existence ressenties). Si les différences sont
ressenties comme des ruptures alors les crises d’identité s’ouvrent.
Sentiment de
différence
→
Celui qui
estime avoir une identité personnelle ne peut se penser comme
totalement identique à autrui. Le sentiment de différence est
essentiel à la prise de conscience de son identité. Essentiel aussi
au fondement de l’identité groupale et culturelle.
Identité
négative = Erikson
→
caractéristiques d’autrui rejetées, elle accompagne l’identité
positive.
Sentiment de
valeur
→
Se faire valoir aux yeux de ceux qui ont de l’importance pour nous.
Etre quelqu’un pour quelqu’un d’autre, tel se manifeste le désir
d’identité. Importance de l’estime de soi.
Sentiment
d’autonomie
→
Identité individuelle ne peut s’affirmer que si l’individu se sent à
la fois appartenir au groupe et être autonome par rapport à
l’emprise collective. Bonne distance affective
→
il faut à
la fois imiter et maintenir la distance. Bonne distance = distance
qui permet de préserver et d’affirmer son identité, de se sentir en
sécurité dans le groupe tout en restant autonome. Erikson
→
« La
formation de l’identité commence là où cesse l’utilité de
l’identification ».
Sentiment de
confiance
→
Adler insiste sur importance relation mère-nourrisson. Erikson
→
Je suis l’espoir que j’ai et que je donne : rôle des parents ;
castration).
Sentiment
d’existence et effort central : Avoir objectifs, avoir une
orientation sous-tend l’être dans ses efforts de vie. Chocs
affectifs peuvent faire que individu ne sait plus où il en est. Il y
a un projet identitaire, sorte de finalité inconsciente de
réalisation orientant décisions et conduites.
LES DIFFERENTES IDENTITES PSYCHOSOCIOLOGIQUES
Identité
auto-énoncée = apportée par le sujet lui-même.
Identité
subjective
→
le sujet croit intimement à ce qu’il est.
Sentiment
d’identité
→
le sujet éprouve ce qu’il est.
Identité
affirmée
→
énonce ce qu’il est.
Identité présentée
→
identité présentée à autrui.
Identité de
façade
→
montre que certaines facettes (il peut y avoir plusieurs identités
de façade, elle appelle des conduites de respectabilités). Elle est
un moyen d’évitement des évaluations négatives. Neutraliser le
regard critique des autres.
Identité
différentielle
→
énoncer seulement caractéristiques différentielles principales,
celles qui nous spécifient.
Identité
négative représentée
→
ce qu’il ne veut pas être. Erikson
→
image dévalorisée et repoussante de l’identité.
Identité
inférée
→
ce qui est crut sur un sujet.
Identité perçue
→
ce que le sujet est pour lui.
Identité
prescrite
→
ce qu’il voudrait que le sujet soi.
Identité
attribuée
→
d’après quelques caractéristiques ce que l’individu devrait être.
De l’extérieur,
l’identité est la définition d’un sujet (individu, groupe, société)
→
définition qui se réfère à des critères, la nature des critères
choisis (car on ne peut les prendre tous) permet de parler de
différentes identités : objective, culturelle, groupale, sociale,
professionnelle. L’identité que l’on décrit est fonction de la
situation et des besoins d’informations que l’on a.
L’identité
communautaire : Durkheim
→
il y a en nous un être collectif (groupe et ses opinions) et un être
privé (tout ce qui est de l’ordre de l’univers privé). L’identité
communautaire, qui est d’abord participation affective à une entité
collective, est un pilier constant de toutes les identités. Elle
fonde le sentiment d’identité notamment à travers les sentiments
d’appartenance, de valeur et de confiance.
Il existe un Moi
social primitif partagé par tous les individus d’un même groupe
cohésif. La séparation progressive de l’individuel par rapport au
collectif devient décisive au XVIIe. Il reste un Moi communautaire
qui est premier par rapport au Moi individualisé.
Dialectique de
l’identité sociale : Erikson critique Freud
→
Le sentiment d’identité a bien une face psychologique interne, mais
il a surtout une face sociale externe. A tous les stades de la vie
l’identité intérieure et l’identité sociale se développent ensemble.
L’identité sociale est plutôt une identité attribuée. Elle est la
somme de toutes les inclusions et exclusions par rapport à tous les
groupes constitutifs d’une société.
La vie comme quête
permanente d’identité sociale. Chercher à augmenter sa propre estime
de soi et rechercher celle des autres sont des motivations
importantes de la vie psychologique et sociale. Il existe une vision
subjective personnelle de son identité sociale (pour preuve : si
identité sociale pas satisfaisante individu quitte groupe
appartenance (souvent par stratégies inconscientes
→
Tajfel).
PROBLEMES ET CRISES DE L’IDENTITE
Dynamique et
maturité de l’identité : le sentiment d’identité est composé des
sentiments de l’être matériel, d’appartenance, de cohérence, de
continuité temporelle, de différence, de valeur, d’autonomie, de
confiance et d’existence. Tous les problèmes et crises de l’identité
sont dus à une quelconque frustration ou atteinte à un ou plusieurs
de ces sentiments. L’identité n’est pas quelque chose de figé.
L’identité saine est une identité qui a sa dynamique interne. Elle
cherche à s’affirmer et à se réaliser selon les modalités permises
par son environnement. Maturité de l’identité
→
crises d’identités apparaissent comme des phases de maturation ; une
identité mature est une identité où tous les sentiments constitutifs
du sentiment d’identité ont pu se développer. Fondée sur les
sentiments primordiaux de confiance et de cohérence, la maturité se
repère par l’aptitude de l’identité à intégrer des expériences
nouvelles et à créer sans arrêt à partir de cela une identité
nouvelle, toujours en devenir. Les conditions de la maturité d’une
identité sont donc les conditions matérielles, psychologiques et
socioculturelles qui permettent aux différents sentiments de
l’identité de se constituer.
Les problèmes de référents identitaires
Les dissonances
identitaires
→
dissonance cognitive de Festinger = Le système de
connaissances, de croyances et de représentations d’un individu
intervient sur les perceptions et les conduites, pour réduire les
désaccords logiques. Les crises d’identité surviennent lorsque les
tensions crées par les contradictions deviennent trop fortes et
paralysent les actions en introduisant le doute permanent.
Perturbations
de la sécurité ontologique
→
désunion
familiale, exclusion et rejet, écrasement affectif, perte des
enracinement sociaux et religieux.
Perturbations
des référents identitaires
→
relativisation des valeurs et des modèles.
La perte de
confiance dans le système de valeurs culturelles et les modèles
sociaux renforce les attitudes de désengagement, accroît la
passivité et induit les réactions individualistes. En effet, il ne
reste plus qu’une chose en laquelle on peut croire : soi-même. Mais
ce soi-même est tiraillé par des logiques et des modèles
contradictoires, ce n’est donc pas en lui que l’individu va trouver
la certitude de son être.
Les aliénations
de l’identité
→
intervention d’un système extérieur pour modifier une identité
existante, avec en plus le ressenti de cette aliénation.
Aliénation et
acculturation forcée
→
colonisation, transplantations culturelles.
Aliénation et
dépersonnalisation
→
je suis ce
que je ne suis pas et je ne suis pas ce que je suis (Sartre).
Réaction
défensives : mécanisme de défense transpersonnelle et mécanisme
de défense sociale
→
mise à distance, immobilisations, rapprochements