Le grand paradoxe de
l'identité fut très tôt mis en lumière par la philosophie
grecque. L'identité, c'est ce qui est
identique (unité) mais aussi, au contraire, ce qui est
distinct (unicité). Du point de
vue philosophique, la question s'est centrée autour de rapports
problématiques entre l'identification et la description, ou
encore entre la permanence et l'unité. Sur ce dernier point, on
connaît par exemple la sentence d'Héraclite
d'Ephèse pour qui quoiqu'il paraisse immuable, on ne
se baigne jamais dans l'eau d'un même fleuve. Derrière ces
paradoxes que la philosophie occidentale a tenté de résoudre,
émerge l'ensemble des questions liées à une essence de l'identité des êtres et
des choses. On peut en effet définir l'identité des
choses soit du point de vue d'une unité de
la forme et des composantes, soit du point de vue des fonctions. Du point de vue de
la forme, le docteur Jeckyll, par exemple, est bien identique à
Mister Hyde. Mais évidemment pas du point de vue des
comportements (fonctions).
Ces débats philosophiques sur la permanence à travers le
changement sont aujourd'hui englobés
dans une réflexion sur l'identité où
les choses et les êtres sont
totalement distingués : l'identité
personnelle ne peut ni s'apprécier
ni se concevoir comme celle d'un
fleuve ou d'un quelconque objet.
Elle s'établit sur des
critères de
relations et d'interactions sociales.
La question des interactions est
devenue le paradigme
d'interprétation dominant des
phénomènes de construction
identitaire, et ce quels que soient
les disciplines. L'anthropologue
Jean-François
Gossiaux
résumait cette posture en déclarant
:
« D'un point de vue anthropologique,
l'identité est un rapport et non pas
une qualification individuelle comme
l'entend le langage commun. Ainsi,
la question de l'identité est non
pas "qui suis-je ?", mais «qui je
suis par rapport aux autres, que
sont les autres par rapport à moi ?"
Le concept d'identité ne peut pas se
séparer du concept d'altérité.
»