Au début du 20e siècle,
Sigmund Freud élaborait une théorie qui
allait marquer la psychologie pour des années: la théorie psychanalytique. Selon cette
théorie, il existe
trois niveaux de conscience.
- Le conscient, comme son nom le dit, représente
tout ce dont nous sommes conscients.
- Le préconscient représente tout ce qui peut être
disponible à la conscience pour peu qu'on fasse un effort. Par exemple, mon
numéro de téléphone personnel est situé la plupart du temps dans le
préconscient. Il suffit que je fasse un petit effort de mémorisation pour qu'il
émerge dans le conscient.
- L'inconscient est le plus gros de l'esprit humain. Il est formé de
toutes nos pulsions primitives,
nos instincts,
nos
envies
ainsi que tout ce qui est trop
chargé émotivement
et que l'on a refoulé là pour ne plus s'en souvenir. C'est dans l'inconscient
que se situe la source de beaucoup de nos comportements.
À ces trois structures de base se
superposent les trois structures de la personnalité. Pour mieux les comprendre
et pour mieux comprendre comment ces structures fonctionnent, repassons les
étapes de notre développement à partir de la naissance.
À notre venue au monde, nous
sommes essentiellement un ÇA.
Le ça est une sorte de petit cochon. Il veut tout, tout de suite. Le ça est
cette structure de la personnalité qui cherche une satisfaction immédiate. Il obéit à
ce qu'on nomme le principe de plaisir.
Il en a envie, il le veut. Il a faim, il veut manger... tout de suite. Le ça ne
s'occupe pas de la logique ni de la réalité. Il veut... ça!
Cependant, la réalité va nous
confronter tout doucement au fait qu'on ne peut pas tout avoir tout de suite.
Des
frustrations vont venir nous démontrer que
manger tout de suite quand la "bouffe" n'est pas prête, ce n'est pas possible.
Heureusement, nous allons aussi apprendre que la "bouffe" va venir quand même à
un moment donné. Nous allons alors apprendre qu'on peut différer une envie ou
une pulsion sans pour autant trop en souffrir. En fait, confronté à la réalité,
notre organisme va développer une autre structure: le moi. Cette structure sera
responsable des négociations avec le ça. Le moi va obéir au principe de réalité
et affronter le ça et ses pulsions déraisonnables. La meilleure façon de
négocier sera de différer la satisfaction. D'autres fois, il faudra la refuser.
Mais alors il faudra trouver des moyens de satisfaire une partie au moins des
pulsions, sinon le ça reviendra en force.
En fait, c'est un peu comme si la
pulsion envoyée par le ça était de l'énergie. Elle crée une tension dans
l'organisme et c'est sa satisfaction qui pourrait mettre fin à cette tension. Je
peux faire accepter au ça qu'il attende un peu pour se satisfaire. Dans ce cas,
l'énergie reste là et attend que le moment propice soit venu. Je peux même me
servir de cette énergie. Le ça veut "un nouvel ordinateur", tout de suite. Une
énergie existe en moi qui me pousse à l'acheter. Cependant, le moi considère que
ce n'est pas sage et qu'il vaut mieux attendre d'avoir les moyens de me
l'acheter. Si je peux faire accepter au ça qu'il faut amasser l'argent et que
l'ordinateur sera acheté plus tard, le ça va se calmer et l'énergie va
pouvoir être même
libérée pour autre chose.
Par exemple, je vais peut-être pouvoir m'en servir pour me motiver à travailler
davantage puisque cela sert à économiser pour l'achat prévu. Par contre, si je
m'interdis de l'acheter et que la seule raison que je trouve est que je n'ai pas
les moyens, alors l'énergie est refoulée dans l'inconscient mais reste là, prête
à sortir. On peut même penser qu'elle augmente, comme un ressort tendu. Si je
passe mon temps à tout refouler comme ça, le jour où ça va sortir, ça sera pas
beau, hein?
Si tout était aussi simple, il n'y
aurait pas de problème. Mais voilà, il existe aussi une autre structure de la
personnalité que l'on nomme le
surmoi. Le surmoi, c'est une structure
qui est formée de tout ce que l'enfant a perçu des attentes et des valeurs
parentales ainsi que de celles de la société. C'est en quelque sorte
la conscience morale d'un individu.
Si je transgresse le contenu du surmoi, je vis alors de la
culpabilité.
Or la culpabilité est aussi insoutenable que la frustration du ça. Le moi devra
donc non seulement négocier avec le ça mais aussi avec le surmoi. Il devra
trouver des solutions qui conviennent aux deux instances.
Comme on le voit, le moi a beaucoup
de travail et il semble impossible à première vue que le ça formé de pulsions
primitives et le surmoi des interdits parentaux s'entendent. C'est en effet un
long travail d'adaptation et de négociation où le moi doit être solide pour
faire les compromis nécessaire. Cela donne parfois des ajustements assez
amusants. Par exemple, on pourrait imaginer
les motivations secrètes d'un policier donné dont le ça a toujours voulu
transgresser la loi et dont le surmoi aussi très fort avait le sens de ce qui
est permis et défendu. N'y a-t-il pas de plus beau métier que de faire respecter
une loi (satisfaction du surmoi) tout en ayant parfois le droit de faire
soi-même des excès de vitesse et de passer au feu rouge (satisfaction du ça)! On pourrait enfin se demander où se
situent ces structures dans le conscient, le préconscient et l'inconscient.
Disons que le moi et le surmoi sont plongés dans les trois à la fois alors que
le ça n'est que dans l'inconscient et doit passer par le moi pour faire valoir
ses envies.
Cependant, comme le moi
comporte une partie inconsciente, il peut arriver que je refoule une pulsion et
que je ne m'en rende pas vraiment compte.
Si le ça envoie ses exigences à la partie inconsciente du moi, que celui-ci juge
la demande irrecevable et ne trouve pas de moyens de la satisfaire, on ne
s'apercevra jamais de ce qui vient de se passer. On appelle cela le refoulement. Le refoulement est d'ailleurs
un des nombreux mécanismes de défense (voir
Les voies d'allégement de l'inconscient
) qu'utilise
le moi lorsqu'il n'arrive pas à satisfaire les exigences du ça. En effet,
lorsque le ça est «frustré» en quelque sorte, une certaine anxiété plutôt
désagréable se produit dans le conscient. L'objectif des mécanismes de défense
est de réduire cette anxiété.
Parmi les autres mécanismes utilisés
par le moi, mentionnons les suivants:
- La formation réactionnelle fait prendre à l'individu
des attitudes contraires à celles qu'il aurait s'il en prenait conscience. On
pourrait classer ici ceux qu'on appelle les «trop».
Trop polis, trop heureux, trop bons. Ces trop cachent le contraire et celui qui
est trop poli risque fort un jour de nous exploser à la figure car
l'agressivité, bien que masquée, n'en est pas moins là.
- La
régression consiste à retourner à un
niveau de développement antérieur lorsque la situation est trop menaçante.
L'enfant de trois ans recommence à mouiller son lit lorsqu'un nouveau-né arrive
dans la famille; un individu qui a appris à négocier se fâche lorsque quelqu'un
refuse de faire ce qu'il lui demande.
- La
négation consiste à refuser
d'admettre l'existence de quelque chose de désagréable. Connaissez-vous des
fumeurs qui sont «capables d'arrêter» quand ils le voudront?
- La
projection consiste à attribuer à
autrui ses propres sentiments. La jalousie est un bel exemple de projection. Le
jaloux est quelqu'un qui aurait bien envie de «sauter la clôture»... Le
problème, c'est qu'il ne peut accepter d'être comme ça. Il projette donc son
envie sur l'autre et devient suspicieux à outrance.
Il existe bien d'autres mécanismes
de défense. L'organisme fait toujours tout ce qu'il peut pour faire baisser
l'anxiété. De nos jours, beaucoup de gens se
réclament encore de l'approche psychanalytique. Cependant, on a reproché à cette
théorie de ne pas être
prouvable scientifiquement. Même si cela est
parfaitement exact, il faut bien dire que dans certains cas, le traitement
psychanalytique s'avère particulièrement efficace et que ses explications de la
personnalité n'ont jamais encore été surpassées.