Dire s'il vous plaît et merci,
attendre son tour, se moucher plutôt que d'essuyer son nez sur
sa manche, demander à l'autre un jouet au lieu de lui enlever
brusquement… voilà autant d'exemples de comportements liés
au processus complexe de
socialisation. Comme le terme processus l'indique, ces
apprentissages s'effectuent chez l'enfant dès son plus jeune âge
de façon graduelle, selon sa capacité. C'est ainsi qu'il intégrera
les règles sociales, les coutumes et les valeurs de la société
dans laquelle il vit.
Il s'agit là d'un aspect
important du développement de l'enfant puisque la socialisation
conditionne l'intégration harmonieuse du futur adulte à la
société. Aussi a-t-il semblé intéressant de consulter
quelques ouvrages d'auteurs québécois et américains afin de
mieux comprendre ce processus et de connaître les principales
stratégies qui permettent aux parents et aux éducatrices
d'aider l'enfant dans sa démarche de socialisation. En effet, se
socialiser ne repose en rien sur un mécanisme spontané;
l'enfant doit être guidé, conseillé
et il doit acquérir une certaine discipline. Aussi, la volonté
de l'enfant de coopérer au processus devra être encouragée
par tous les adultes responsables de son éducation. Faciliter
la coopération signifie en outre que la relation que les éducatrices
établissent avec l'enfant s'appuie sur une attitude chaleureuse
et une appréciation réciproque.
Conditions
de la socialisation
1. Développer
les habiletés sociales
-
Certains éléments influent
sur le développement des habiletés sociales:
-
Le tempérament.
Certains enfants se montrent plus sociables que d'autres,
attirant ainsi l'intérêt et la sympathie des autres. Leurs
contacts sociaux chaleureux s'en trouvent multipliés, ce
qui facilite le développement des habiletés
interpersonnelles.
-
La
qualité du lien d'attachement. Un lien d'attachement
sécurisant garantit une certaine sociabilité, car il donne
à l'enfant la confiance nécessaire pour établir de bonnes
relations avec les autres. L'enfant qui a la chance de vivre
des liens sécurisants avec plusieurs adultes voit ses
sources d'affection se multiplier; ces contacts chaleureux
l'aident à comprendre quels sont les comportements sociaux
acceptables en société.
-
La réceptivité
de l'entourage. Très tôt les adultes doivent
apprendre à décoder les gestes et les mimiques du bébé
afin de mieux répondre à ses besoins. Le respect de ses
besoins encourage l'enfant à s'ouvrir aux autres et à développer
ses habiletés sociales.
-
Le développement
psychomoteur. Grâce à ses capacités
psychomotrices, l'enfant peut diversifier ses contacts avec
son entourage et augmenter les occasions de connaître les
autres et d'avoir des échanges avec eux.
-
Le développement
cognitif. Les habiletés cognitives de l'enfant lui
permettent de se détacher peu à peu de son point de vue égocentrique
pour mieux comprendre les sentiments et les besoins des
autres afin de mieux communiquer et de mieux se comporter
avec eux.
2. Développer
la communication
Le désir d'être compris et de
s'affirmer pousse l'enfant à améliorer sa façon de
communiquer,
verbalement et non verbalement. Savoir communiquer efficacement
joue un rôle capital dans le développement des habiletés
sociales et le soutien des adultes est nécessaire pour aider
l'enfant à développer sa capacité de communiquer.
3. Les
relations avec les pairs
Les enfants sont capables de
s'engager dans des relations sociales, limitées mais souvent
harmonieuses, avec d'autres enfants et ce dès l'âge de six
mois. À cet âge par exemple, les bébés peuvent, tout en
buvant leur biberon, s'amuser à échanger des jouets. Entre 10
et 12 mois, le bébé pleure souvent d'émotion lorsqu'un autre
bébé est en larmes. Vers 13 ou 14 mois, il caressera ou
embrassera l'enfant qui pleure. Vers 18 mois, il peut aider à
consoler un enfant en lui offrant un jouet pour remplacer celui
qui fait défaut. Ces exemples montrent que, très jeune,
l'enfant est sensible aux personnes qui l'entourent et spécialement
aux autres enfants. Le milieu de garde devient donc un lieu
privilégié d'apprentissage social puisqu'il permet au bébé
d'observer, d'imiter, d'exprimer ses compétences sociales en
jouant avec des enfants de son âge.
4. Les
relations avec les parents
Les relations que les enfants ont
avec leurs parents jouent un rôle déterminant dans le développement
de leur sociabilité puisque la qualité
du lien d'attachement parent et enfant constitue la base de tous
les apprentissages. Ce lien se fonde sur la qualité des
soins donnés au bébé et sur la quantité de moments agréables
vécus ensemble.
5. Les relations avec
l'éducatrice
Comme le montrent de récentes études,
d'autres personnes que la mère peuvent jouer un rôle déterminant
dans le développement social de l'enfant et ce, depuis son plus
jeune âge. L'éducatrice est l'une de ces personnes. Grâce à
la qualité de ses soins et à son contact chaleureux, l'enfant
apprendra qu'elle est là pour répondre à ses besoins
physiques et psychologiques et il s'attachera à elle. Ce lien
d'attachement permettra à l'éducatrice d'obtenir la
participation de l'enfant au développement de sa socialisation.
Les
principales habiletés sociales que l'enfant doit acquérir dans
le cadre de la socialisation
-
le développement de l'empathie;
-
l'apprentissage de la générosité;
-
la prise de conscience des droits
d'autrui;
-
la prise de conscience de la
satisfaction qui découle de l'aide
apportée aux autres;
-
la valorisation de la coopération
et du compromis au détriment
de la compétition;
-
la découverte des joies de l'amitié;
-
la sensibilisation à
l'importance de faire valoir ses droits d'une façon
verbale plutôt que par des actions belliqueuses.
-
Contrôle
de soi et conscience morale
Pour réaliser son potentiel
d'habiletés sociales, l'enfant doit accepter comme si elles étaient
siennes, les règles, les valeurs et les conventions imposées
par la société en développant son sens de l'autodiscipline et
l'intériorisation d 'une conscience morale.
L'importance du contrôle de soi
et de l'intériorisation de la conscience se rattachent au but
ultime de la socialisation, soit d'amener l'enfant à intérioriser
les règles sociales afin qu'il puisse
progressivement agir de façon autonome, pour son plus grand
bien et celui des autres.
Les personnes ayant développé
un contrôle de soi se montrent plus constantes, plus capables
de faire des choix sensés, agissent d'une manière plus
conforme à leurs besoins et conservent ainsi une meilleure santé
mentale. Les parents et les éducatrices peuvent aider l'enfant
à acquérir la maîtrise de soi en l'aidant à développer un ego
fort. Il s'agit d'accroître chez l'enfant son
sentiment de maîtrise en lui fournissant des occasions de
prendre des décisions, tout en tenant compte de son niveau de
maturité pour éviter de lui confier de trop lourdes
responsabilités. Par ailleurs, faire prendre conscience à
l'enfant de ses compétences lui permet de se considérer comme
un individu ayant de la valeur et apte à exercer un contrôle
sur lui-même.
Le contrôle personnel passe
aussi par l'acquisition de la conscience
morale, soit l'intériorisation
de la notion du bien et du mal. Deux facteurs, du ressort
des parents et des éducatrices, favorisent le développement de
cette conscience:
-
une relation
affectueuse et enrichissante entre l'adulte et
l'enfant qui motive ce dernier à agir positivement;
-
l'utilisation de la technique
verbale d'«induction» qui donne à l'enfant une
raison de faire ou de ne pas faire certaines choses: «Je ne
peux pas te laisser lancer du sable, car cela fait mal aux
yeux de ton petit frère». Chaque explication
apporte à l'enfant une motivation à agir orientée vers la
personne. Ainsi, les enfants apprennent à se comporter en
fonction de leur environnement social au lieu de se
conformer aveuglément à des règles qui trop souvent leur
semblent établies uniquement pour entraver leur liberté
personnelle.
Les
interventions de nature disciplinaire
1. Vers
une saine discipline
La véritable discipline est une
façon positive et constructive d'éduquer les enfants et elle
n'est nullement synonyme de punition. La
discipline, c'est apprendre aux enfants à se conformer aux règles
et aux obligations sociales, tout en reconnaissant leur dignité.
Elle permet à l'enfant d'intégrer certaines règles et de
comprendre leur raison d'être. Au lieu de susciter chez
l'enfant des sentiments d'anxiété et de rejet, une discipline
efficace augmente son sentiment de confiance dans le monde qui
l'entoure. Certaines conditions sont nécessaires à l'établissement
d'une bonne discipline: l'adulte doit guider l'enfant et
respecter ses besoins; il doit lui donner le temps nécessaire
pour apprendre les règles; il doit prévenir les sources de
problème ou de conflit (espace suffisant pour jouer, variation
du tempo, limitation des sources de stress, etc.); il doit
adapter ses exigences au stade de développement de l'enfant.
Même si l'adulte exerce une
saine discipline, il arrive que l'enfant ait besoin d'aide pour
se contrôler et agir d'une façon acceptable sur le plan
social. L'intervention à effectuer doit reposer sur quelques règles
de base:
-
Agir
avec fermeté en sachant quand intervenir pour arrêter
un comportement indésirable. Ne pas laisser les enfants
frapper qui que ce soit, ni détruire le besoin d'autrui.
-
Agir
rapidement quand un problème survient pour ne pas
laisser le drame exploser. Par exemple, il faut mettre fin
à toute querelle qui menace de dégénérer en affrontement
violent.
-
Une
intervention physique s'impose parfois, par exemple
pour empêcher l'enfant de porter un nouveau coup. Il faut, doucement
mais fermement, maintenir l'enfant avec les mains pour l'empêcher
de s'échapper et lui dire: «Dès que tu seras calmé, je
te laisserai aller et nous pourrons parler.»
2. Les
moyens de contrôle à déconseiller
Certaines méthodes sont moins
efficaces, voire nuisibles, pour aider l'enfant à contrôler
ses impulsions, à accepter les limites et à comprendre les
fondements des règles. Par exemple, les
sarcasmes et les coups ont comme effets de diminuer l'estime de
soi de l'enfant et d'entraver son développement affectif.
Le taper, lui faire honte, crier, le critiquer ou l'enfermer
dans un placard enseignent à l'enfant la peur
de l'adulte. Ce genre de punition peut conduire à la méfiance,
au mensonge, au mouchardage ou au chapardage; il n'a pas comme résultat
d'enseigner le comportement social à inculquer à l'enfant. Par
exemple, un enfant qui est secoué avec force ou qui reçoit des
tapes porte toute son attention sur la douleur, les sentiments
d'humiliation et de rejet ressentis plutôt
que sur la règle à laquelle il vient de désobéir.
Bref, parce que ces punitions sont généralement chargées de
sentiments négatifs, elles ont des effets
négatifs.
La
socialisation : un défi
Amener l'enfant et plus tard
l'adulte à vivre harmonieusement en société, voilà le défi
de l'éducation. En effet, le signe distinctif d'une société
épanouissante est sa capacité d'inculquer à ses membres le
respect de soi et des autres ainsi que des lois, des coutumes et
des valeurs qui lui sont propres. Les parents et les éducatrices
jouent un grand rôle dans cet effort de socialisation. Ils ont
comme mission de répondre aux besoins de l'enfant et de l'aider
à découvrir et à développer ses compétences. Leur
engagement affectif et l'exercice d'une saine discipline
permettront à l'enfant de développer sa confiance dans les
autres, sa capacité de contrôle de soi et une conscience
morale lui permettant d'agir pour son propre bien-être et celui
de tous.