Tout
d’abord qu’est-ce que la psychologie de l’enfant ?
C’est
l’étude de la croissance mentale ou le développement des
conduites (donc les
comportements y compris la conscience)
jusqu’à
la transition qu’est l’adolescence et qui marque le passage
dans la société adulte. On
ne peut dissocier croissance mentale et croissance physique et
il faut même remonter au-delà de la naissance pour comprendre
la croissance mentale, en effet le fœtus a une motricité,
une préperception.
La psychologie de l’enfant englobe donc toute la croissance,
organique et mentale, jusqu’à l’état d’équilibre
relatif que constitue le niveau adulte. Mais il est bien clair
qu’à partir de la naissance, les influences du milieu
seront toujours plus grandes, donc la psychologie de l’enfant
ne saurait se borner aux facteurs biologiques puisque des
facteurs relevant de la vie sociale en général sont prépondérants.
Il
faut faire une distinction entre psychologie de l’enfant et psychologie
génétique. D’abord le mot –génétique- a été
introduit par les psychologues dès la seconde moitié du 19ème,
donc bien avant qu’il ne devienne pour les biologistes
« les mécanismes de l’hérédité ». Il se réfère
alors au développement individuel (ontogenèse).
Bien que les notions de psychologie de l’enfant et de
psychologie génétique puissent paraître semblables une nuance
importante les distingue : La
psychologie de l’enfant étudie celui-ci
pour lui-même
mais
aujourd’hui on parle de psychologie génétique en un sens de
psychologie générale (étude de l’intelligence, des
perceptions…) cherchant à expliquer les
fonctions
mentales par leur mode de formation
(=par leur développement chez l’enfant). La psychologie
génétique devient parfois un instrument essentiel d’analyse
explicative pour résoudre les problèmes de la psychologie
générale (par exemple pour comprendre si la logique était inné
ou était une construction progressiveº
pour résoudre un tel problème on doit faire appel à
l’enfant…).
L’importance
actuelle de la méthode génétique (en psychanalyse par
exemple) tend à conférer à la psychologie de l’enfant une
position clé dans divers domaines. C’est pourquoi cet ouvrage
va surtout se placer du point de vue de la psychologie génétique,
en effet l’enfant explique l’homme autant, et souvent plus,
que l’homme n’explique l’enfant…
Nous
avons vu que l’enfant explique en partie l’adulte, on
peut aussi dire que chaque période
du développement rend compte
en partie des suivantes. Prenons la période antérieure au
langage, la période « sensori-motrice »
pendant laquelle le nourrisson n’a ni pensée, ni affectivité
liée à une représentation permettant d’évoquer les
personnes ou les objets en leur absence. Cette période des 18
premiers mois est pourtant cruciale car l’enfant élabore à
ce niveau déjà des substructures cognitives qui seront les
points de départ de ses constructions perceptives et
intellectuelles ultérieures.
En
effet avant que l’enfant ait à sa disposition des mots, et par conséquent des
concepts, il présente déjà des actes d’intelligence, mais
s’appuyant exclusivement sur des
mouvements et sur des perceptions.
C’est cette forme d’intelligence qu’on peut appeler
sensori-motrice.
Divers
critères de l’intelligence :
-
Claparède:
tâtonnement dirigé.
-
Köhler:
compréhension soudaine ou insight.
Ces
différents auteurs sont pourtant tous d’accord sur une chose :
l’existence
d’une intelligence avant le langage.
Cette
intelligence est essentiellement pratique, l’enfant
construit un système de schèmes d’assimilation, il organise
le réel selon un ensemble de structures spatio-temporelles et
causales. Ces constructions se font en s’appuyant
exclusivement sur des perceptions et des mouvements (car il
n’y a ni langage ni fonction symbolique), donc la pensée ou
la représentation n’interviennent pas, tout ce fait par le
moyen d’une coordination sensori-motrice des actions.
La
difficulté est de savoir QUAND cette intelligence
sensori-motrice apparaît, tous les auteurs sont d’accord de
dire que l’intelligence apparaît entre le 12 et le 18 mois,
il y a progression continue mais le vrai problème est
d’atteindre le mécanisme de cette progression.
Pour
beaucoup de psychologues ce mécanisme est celui de
l’association; toutes acquisitions serait une
réponse
aux stimuli extérieurs.
Jean
Piaget a supposé
que ces mécanismes consistaient en une assimilation;
toute liaison nouvelle est intégrée dans une structure antérieure.
L’activité organisatrice est alors prépondérante car le
sujet ne devient sensible aux stimuli extérieurs que dans la
mesure où ils sont assimilables aux structures déjà
construites, structures qui s’enrichiront et se modifieront en
fonction des assimilations nouvelles.
Nous
suivrons simplement
ce
développement,
on
peut
le
répartir en six stades s’étendant entre la naissance et l’âge
d’un an et demi à peu près ou de deux ans.
Le premier stade est le
pur stade
réflexe, le stade des
purs réflexes, le réflexe n’est pas
aussi passif et aussi automatique
qu’on l’a cru, mais qu’il suppose
une part d’exercices et d’activités
proprement dits.
Le
point de départ du développement n’est pas dans les réflexes
comme simple réponses isolées mais dans les activités
totales de l’organisme, dans le réflexe conçu comme différent
des activités spontanées et comme pouvant entraîner la
formation de schèmes d’assimilation.
Les
réflexes particulièrement important du nouveau-né (succion, réflexe
palmaire…) donnent lieu à un « exercice
réflexe », c’est-à-dire
une consolidation par exercice fonctionnel. Les premiers essais
de succion sont bien moins concluant que les suivants…
Sur ce réflexe se greffent, dès le
second stade, certaines
habitudes
par des conditionnements variés,
habitudes: pensez par exemple à
l’enfant qui, vers la fin du premier
mois ou au cours du second mois, se
met à sucer son pouce, non pas par
hasard quand le pouce arrive contre
les lèvres, mais, pour ainsi dire,
intentionnellement, c’est-à-dire en
le ramenant à sa bouche entre les
repas ou pour prolonger le repas.
Il
y a là une première habitude qui est
caractérisée par ce que
Baldwin
a appelé une réaction circulaire,
c’est-à-dire répétition active d’un
résultat obtenu fortuitement au
point de départ.
Les premières habitudes relèvent
directement d’une activité du sujet ou elles sont imposées
du dehors (comme dans le cas des conditionnements).
Mais
l’habitude n’est pas encore l’intelligence.
Une habitude repose sur un schème sensori-moteur au sein duquel
il n’existe pas encore, pour le sujet, de
différenciation entre les moyens et les buts. Le sujet
ne distingue pas au début le but de son action. En un acte
d’intelligence, par contre,
il y a un but posé dès le départ.
Le stade III. Coordination entre la vision et la préhension.
Cette
transition a lieu vers 4 mois ½ en moyenne. Un début de différenciation
entre le but et le moyen se fait.
Dès l’âge de quatre à cinq mois, c’est-à-dire dès la coordination entre la vision et la
préhension, autrement dit dès que l’enfant est capable de
prendre ce qu’il voit, nous voyons se constituer un troisième
stade où les réactions circulaires portent dorénavant sur les
objets eux-mêmes, stade intermédiaire très intéressant,
intermédiaire entre l’habitude et l’intelligence elle-même.
Voici, par exemple, un bébé dans son berceau; à la toiture du
berceau un cordon est suspendu qui est devant ses yeux et, tout
autour de la toiture au haut du cordon, se trouvent des poupées
qui, en s’ébranlant, peuvent donner des sons variés avec de la
grenaille dans le celluloïd, par exemple.
Eh
bien, le bébé va prendre le cordon, comme il prend n’importe
quoi, mais, sans le savoir, sans s’y attendre, il déclenche du
même coup un mouvement de la toiture, et un mouvement général de
toutes les poupées, qui l’amusent beaucoup, il va répéter et
continuer indéfiniment.
Jusque-là, ça n’est que de la réaction circulaire ou de
l’habitude simple.
Mais immédiatement, une fois en possession de ce schème
d’action, il dissociera des moyens et des
buts; c’est-à-dire que si on met une poupée nouvelle à la
toiture du berceau, il cherchera immédiatement le cordon pour
ébranler cette poupée!
Le
cordon devient un moyen, un
instrument pour atteindre le résultat désiré et, à cet égard, on
peut parler d’intelligence. Seulement ce but n’était pas donné
avant l’acquisition de la conduite, il est venu, pour ainsi
dire, en cours de route et c’est
pourquoi cette conduite reste
intermédiaire.
Elle va cependant assez loin du point de vue de l’intelligence,
elle donne lieu à des généralisations immédiates.
C’est-à-dire qu’on pourra suspendre une poupée, non pas à la
toiture du berceau, mais au fond de la chambre, à deux ou trois
mètres du bébé; dès qu’il l’a verra, il cherchera le cordon du
toit et le secouera comme s’il y avait action sur n’importe quoi
dans son univers.
Dans le stade IV un
but préalable
s’impose au sujet, indépendamment des moyens qu’il va employer
(mais les moyens ne sont empruntés qu’à des schèmes
d’assimilation connus). C'est
la coordination des schèmes.
On
appelle schèmes ces
modèles de
conduite susceptibles de généralisation,
acquis durant les deux stades précédents.
Cette coordination des schèmes se marquera, cette fois, par la
coordination d’un moyen et d’un but posés
d’avance. L’enfant veut, par exemple, atteindre un
objectif, mais pour cela il doit écarter un obstacle.
Voilà une coordination entre deux schèmes avec but posé
d’avance.
Les
schèmes, autrement dit, deviennent mobiles; et il est amusant à
ce stade-là de voir ce qui se passe quand on donne au bébé un
objet nouveau, un objet qu’il n’a jamais vu, un porte-cigarettes
par exemple.
Il
le tiendra d’une main, et puis de l’autre il le battra de la
main, il le frappera, il le frottera contre l’osier de son
berceau, il le secouera pour voir si l’objet donne lieu à des
sons, ou même il le tiendra d’une main et cherchera de l’autre
main le cordon du berceau, le cordon du toit dont
on
parlait
à l’instant, pour voir ce qui se passe.
Autrement dit, en présence de l’objet nouveau, il utilise tous
les schèmes connus, comme s’il s’agissait en quelque sorte de
concepts moteurs, et il les applique à l’objet nouveau pour voir
ce qu’est cet objet, une sorte de définition par l’usage comme
on pourrait
l’exprimer
par métaphore.
Au
cours du V stade, débutant vers 11-12 mois, s’ajoute la
recherche de moyens nouveaux par différentiation des schèmes
connus (ex : la conduite du support : un objet
éloigné est posé sur un tapis l’enfant peut observer une
relation entre les mouvements du tapis et ceux de l’objet et
se mettre à tirer le tapis).
Au
cours de
ce
cinquième stade, il y a un progrès marqué. Il y a
coordination des schèmes,
toujours, mais avec, au cours même
de la coordination, modification de ces schèmes, par
tâtonnement, par expérimentation.
Par exemple, l’enfant apprendra à lancer des objets à terre, en
modifiant les positions pour étudier les trajectoires diverses
que suivent ces objets.
Il
arrivera, par cette différenciation des schèmes, à des conduites
relativement complexes, telles que d’atteindre un objet éloigné
en utilisant des intermédiaires.
Un
objet étant posé sur une couverture, il saura tirer la
couverture pour atteindre l’objet qui est posé à son extrémité.
Ou bien un objet étant fixé à une ficelle, il saura atteindre la
ficelle, tirer la ficelle pour atteindre l’objet.
Toutes ces conduites s’obtiennent par coordination des schèmes,
mais
avec, en cours de route,
différenciation, expérimentation et tâtonnement.
L’enfant
devient capable de trouver des moyens nouveaux par combinaisons
intériorisées qui aboutissent à une compréhension
soudaine (insight)
(exemple de la boîte d’allumette : il essaye d’abord
par tâtonnement matériel d’ouvrir la boîte (réaction du V
stade) puis après un arrêt et un examen attentif il glisse son
doigt dans la petite ouverture et parvient à ouvrir la boîte).
Nous avons donc là une sorte d’invention de moyens nouveaux et
un début de représentation.
Claparède
voyait dans le tâtonnement le critère de l’intelligence,
en attribuant la naissance des hypothèses elles-mêmes à un tâtonnement
intériorisé. Ce critère est
trop large car il y a tâtonnement dès le réflexe et la
formation des habitudes. Mais le critère de l’insight est
certainement trop étroit, car c’est suite à une assimilation
ininterrompue de divers niveaux (I à V) que les schèmes
sensori-moteurs deviennent susceptibles de combinaisons
nouvelles et des intériorisations qui rendent possible la compréhension
immédiate en certaine situation. Donc ce dernier niveau ne
saurait être détaché de ceux dont il marque l’achèvement.
Il
y a cette fois coordination des schèmes,
mais coordination pour ainsi dire
intériorisée, début d’intériorisation.
C’est-à-dire que nous voyons une conduite toute nouvelle se
dessiner, qui annonce la représentation et la pensée: il y a, à
un moment donné, arrêt de l’action.
En
présence d’un problème difficile, l’enfant tâtonne, il réagit
comme au stade précédent, puis, à un moment donné, il s’arrête,
tout comme s’il y avait un début de réflexion, et brusquement il
agit suivant un mode nouveau et découvre ainsi souvent la
solution brusquement.
Notons encore que, au cours de ce développement de
l’intelligence sensori-motrice, certaines
notions fondamentales sont
construites.
Par exemple, la notion de l’objet
permanent. Au point de départ, le bébé n’a pas la
notion de l’objet permanent.
Vers cinq-six mois encore, quand il cherche à atteindre un
objet, qu’il a déjà la main dirigée vers l’objet, si on recouvre
cet objet d’un linge, il retire sa main et n’a pas l’idée
d’enlever le linge.
Ça
n’est pas une difficulté de coordination motrice parce que, si
on met le linge sur sa figure, il saura fort bien enlever le
linge – c’est même un des tests dont s’est servie
Charlotte Bühler
pour étudier la coordination motrice du bébé – mais si le linge
est sur l’objet, il retire sa main, comme s’il n’y avait rien
sous le linge.
nTandis
qu’aux niveaux quatre et surtout cinq des stades que
nous avons
distingués tout à l’heure, il saura enlever l’écran, d’abord par
tâtonnement, ensuite systématiquement, pour trouver l’objet qui
est derrière.
Au
cours de l’intelligence sensori-motrice, c’est surtout l’espace
qui se construit, l’espace pratique, l’espace proche,
par une coordination successive des mouvements qui aboutit
jusqu’à cette structure que Henri
Poincaré
décrivait déjà, mais qui n’est pas innée, contrairement à ce
qu’il croyait, dont on peut suivre la construction tout au cours
de la première année et qui est le groupe des déplacements.
Le
groupe, c’est à dire un système dans lequel il y a possibilité
de détours et de retours.
Tout
ce système de schèmes aboutit à une sorte de logique de
l'action qui comporte des structures d'ordres et de réunions
qui constituent la substructure des opérations futures de la
pensée. L'intelligence sensori-motrice influence déjà la structuration
de l'univers du sujet (même s'il est très restreint à ce
niveau), elle
organise le réel
en permettant les grandes catégories de l'action que sont les
schèmes de l'objet permanent, de l'espace, du temps
et de la causalité (attention ce ne sont encore que les
substructures
des futurs notions). L'enfant n'a pas encore une conscience du
moi et son univers initial n'est que centré sur le corps et
l'action dans un égocentrisme total mais bien sûr
inconscient. Mais au cours des 18 premiers mois s'effectue une décentration
générale, l'enfant se situe comme un objet parmi les autres en
un univers formé d'objets permanents, dans une structure
spatio-temporelle et où s'exerce la causalité.
L’univers
initial est un monde sans objets (il n’y a que des sortes de
« tableaux » mouvants et inconsistants) ;
mais vers la deuxième année l’univers
pratique est formé d’objets permanents.
Avant
cela, vers 5-7 mois (stade III), si on cache un objet montré
derrière quelque chose l’enfant n’ira pas le chercher ;
l’enfant réagit comme si l’objet s’était résorbé.
C’est à partir du stade IV seulement qu’il se mettra à
chercher l’objet (pas toujours au bon endroit…en effet
s’il trouve l’objet à droite une première fois puis que
devant lui on cache l’objet à gauche, il ira parfois
rechercher à droite au lieu d’aller à gauche…). Ce n’est
qu’au stade V, vers 9-10 mois, qu’il recherche l’objet
seulement en fonction des déplacements de celui-ci (sauf
s’ils sont trop complexes) ; au stade VI il commence à
maîtriser certaines combinaisons.
La
conservation de l’objet est donc fonction, entre autres, de sa
localisation. Cela montre que la construction du schème de
l’objet permanent est fonction de toute l’organisation
spatio-temporelle et de sa structuration causale.
Au
début il n'existe pas un espace unique un ordre temporel
englobant les objets et les événements. Il n'y a qu'un
ensemble
d'espaces hétérogènes qui
sont tous centrés sur le corps propre (espace buccal, tactile,
visuel, auditif). Les déplacements vont
s’organiser en une structure fondamentale qui sera la
charpente de l’espace pratique vers le V et VI stade.
Ce
système des objets permanents et de leurs déplacements est
indissociable d’une structure causale ; en effet le
propre d’un objet est d’être la source ou le résultat de
diverses actions qui ensemble constituent la catégorie de la
causalité. Mais la causalité ne devient objective et adéquate
qu’après une longue évolution.
Quant au stade III le nourrisson parvient à sourire et à
manipuler les objets selon divers schèmes (déplacer, frotter,
balancer…) il ne connaît encore comme cause unique que son
action propre (l’enfant clignera des yeux pour allumer une
lumière ; ou encore l’exemple du cordon qui pend du
toit).
On
parle de causalité
« magique »
parce qu’elle est centrée sur l’activité du sujet sans
considération des contacts spatiaux. Au fur et à mesure que
l’univers se structure par l’intelligence sensori-motrice
(spatio-temporelle, objets permanents…) la causalité
s’objective et se spatialise, les causes ne sont plus
reconnues dans la seule action propre du sujet mais dans des
objets quelconques (avec supposition d’un contact physique ou
spatial entre eux). Par exemple un enfant du stade V
n’essaiera pas de tirer un tapis pour approcher un objet si
l’objet est posé à côté.
En
comparant la phase de construction du réel à celle de la
construction des schèmes sensori-moteurs qui interviennent dans
le fonctionnement des réflexes, des habitudes, on constate
l’existence d’une loi de développement qui est importante
car elle commandera toute l’évolution intellectuelle ultérieure
de l’enfant. Le schématisme sensori-moteur se manifeste sous
trois grandes formes successives :
-
formes initiales: structures de rythmes (mouvements spontanés que sont les réflexes
par exemple, avec les nuances à faire entre eux.)
-
régulations diverses; elles différencient les rythmes
initiaux selon des schèmes multiples. (c’est par exemple le
contrôle par tâtonnement, premiers actes d’intelligence)
-
début de réversibilité; sources des futures « opérations »
de la pensée. C’est la constitution de notions de
conservation ou d’invariants. Mais elle n’est pas encore
complète faute de représentation.
L’aspect
cognitif consiste à la structuration des conduites.
Le
schématisme cognitif que nous avons vu passe d’un état
initial centré sur l’action propre à la construction d’un
univers objectif et décentré, l’affectivité passe d’un état
d’indifférenciation entre le moi et l’entourage à
un ensemble d’échanges entre
le moi différencié et les personnes ou les choses.
Mais il est évident que l’étude de l’affectivité du
nourrisson est autrement plus difficile que l’étude de ses
fonctions cognitives, il existe en effet le risque de
l’adultomorphisme.
Les
affects qui sont propres aux stades I et II s’inscrivent dans
un contexte que Baldwin
a appelé « adualisme », il n’existe pas
encore dans ce contexte une conscience du moi, il n’y a donc
pas de frontières entre le monde intérieur et les réalités
extérieures. Freud parlait de narcissisme
mais c’était du narcissisme sans Narcisse…Anna
Freud a alors précisé que
c’était un « narcissisme primaire » dans le
sens où il n’y a pas de différence faite entre le moi et
l’autrui. Du moment que le moi reste inconscient de lui-même
toute l’affectivité reste centrée sur le corps et l’action
propre car seule une dissociation du moi et de l’autrui ou du
non-moi permet la décentration affective et cognitive. Ce
narcissisme est donc bien inconscient. Les affects observables
de ce contexte adualistique sont des rythmes généraux
correspondant à ceux des activités spontanées de
l’organisme (recherche des stimuli agréables et
tendances à éviter les désagréables); l’un des symptômes
les plus étudié est le sourire, il existe au début une
sorte de sourire physiologique qui a lieu après la tétée, il
n’y aurait pas dès le début récognition de la personne
d’autrui, mais, le sourire de l’enfant étant souvent
provoqué et « gratifié » par le sourire du
partenaire humain il devient assez rapidement un instrument d’échange
et donc petit à petit un moyen de différenciation des
personnes et des choses.
Au
cours des stades III et IV on assiste à une multiplication des
satisfactions psychologiques (en plus des satisfactions
organiques). On observe aussi des états nouveaux par
rapport à l’inconnu : Spitz
montre les inquiétudes en présence de personnes étrangères,
Meili
les réactions à l’étrangeté des situations, ou encore la
tolérance au stress…Ce changement du contact à la personne
annonce un passage de la contagion à la communication (Escalona).
En effet avant que ne se construise de façon complémentaire le
moi et l’autrui on assiste à l’élaboration de tout un
système d’échanges grâce à l’imitation, aux indices
gestuels, aux mimiques. L’enfant réagit donc de
manière toujours plus spécifique selon les personnes, il s’établit
même, tôt ou tard, une sorte de causalité relative aux
personnes (selon qu’elles procurent plaisir, réconfort, sécurité…).
L’ensemble de ces progrès affectifs reste toujours solidaire
de la structuration générale des conduites.
Au
stade V et VI on assiste à ce que Freud appelait un « choix
de l’objet » affectif ; pour Freud il
s’agissait d’un transfert de la
« libido » du moi
narcissique vers la personne des parents. Les psychanalystes
parlent aujourd’hui de « relations
objectales »,
l’apparition de ces relations objectales marque la
constitution d’un moi différencié d’autrui, et d’un
autrui devenant objet d’affectivité. Le problème est
maintenant de savoir : Pourquoi
cette décentration se produit à ce niveau du développement ?
Comment s’effectue cette décentration ? Il faut
relier cette décentration affective avec la décentration
cognitive (l’enfant cesse la centration sur soi, sur son
action propre, il cesse de voir le monde comme tableaux
fluctuants, sans consistance spatio-temporelle ni causalité extérieure.
Il passe à un univers d’objets permanents et il va de soi que
son affectivité s’attachera à ces objets permanents
localisables et sources de causalité extérieure que deviennent
les personnes. On comprend donc bien l’étroite relation entre
relation objectale et schème d’objet permanent. Bien que
cette hypothèse soit très vraisemblable elle n’est pas prouvée
(mais elle a été vérifiée par Th.Gouin). Dans ce contexte se
place le problème de « l’hospitalisme » :
une séparation prolongée d’avec la mère conduirait à des
retards systématiques du développement. Il faut nuancer cela
en précisant que ce n’est pas forcément l’élément
maternel en tant qu’affectivement spécialisé (au sens
freudien) qui joue un rôle principal, mais
le manque d’interactions stimulatrices ;
la mère non pas seulement en tant que mère mais comme mode
d’échanges particuliers.