Le
repérage d’un invariant représente
toujours une conquête importante
dans l’histoire d’une science comme
c’est aussi le cas dans le
développement cognitif de
l’individu. Guidé par l’idée d’un
parallélisme entre l’histoire de
la science et l’ontogenèse de la
pensée,
Piaget
nous a fourni de remarquables
observations sur les conservations
chez l’enfant. Un exemple classique
concerne la conservation des
quantités continues.
Une expérience classique sur la
conservation des quantités continues
réalisée par Piaget
On
fait d’abord constater à l’enfant
l’égalité des quantités versées dans
deux récipients identiques puis on
lui demande d’apprécier si le
transvasement du contenu de l’un des
vases dans un récipient plus large
ou plus étroit, ou dans plusieurs
récipients, modifie cette égalité.
Avant 6-7 ans,
c’est-à-dire avant d’accéder au
stade des opérations
concrètes selon
Piaget, l’enfant qui a reconnu en
que les deux récipients contiennent
exactement la même quantité de
liquide, affirme que cette quantité
a changé après transvasement. Il
n’affirmera la conservation à
travers ces transformations
accessoires, que lorsqu’il
aura compris que l’on n’a rien
ajouté ni retranché (argument
d’identité), que l’on
peut revenir à l’état initial (réversibilité)
et que les modifications apparentes
dans une dimension sont compensées
par des modifications dans une autre
dimension (compensation).
L'apport
de Jean Piaget
Jean
Piaget est l’une des figures les
plus marquantes de la psychologie du
XXe siècle, tout en tenant une place
éminente dans le cadre plus général
de la philosophie des sciences et de
l’épistémologie. Biologiste,
philosophe, psychologue
expérimentateur, il enseigna dans
plusieurs universités suisses et à
Paris. Son nom reste principalement
attaché à Genève, où il participa,
aux côtés de Claparède
dès 1924, au développement de
l’institut Rousseau, qui devait
se transformer plus tard en Faculté
de Psychologie et des Sciences de
l’Education. Son oeuvre
expérimentale et théorique visa
essentiellement à répondre à la
question d’ordre épistémologique
plutôt que psychologique:
quelles sont
les origines des structures et des
opérations de la pensée ?
Il entreprit à cette fin une enquête
empirique aussi imaginative que
cohérente à travers le développement
de l’enfant, observant d’abord chez
le bébé, expérimentant ensuite dès
que cela est possible, en
multipliant les situations
expérimentales les plus ingénieuses.
Les résultats de ses travaux
constituent la matière d’une oeuvre
exceptionnellement prolifique,
dépassant les 50 ouvrages et les 500
articles. Par la richesse de ses
données empiriques, elle constitue
une contribution majeure à la
psychologie du développement, bien
que ce ne fût pas là la
préoccupation prioritaire de Piaget,
qui définissait son apport comme une
épistémologie génétique. C’est
d’ailleurs cette expression qu’il
retint pour dénommer le Centre
international d’Epistémologie
génétique qu’il anima pendant les
vingt-cinq dernières années de sa
vie, et qui consacra le rayonnement
international de ses recherches,
auxquelles furent associés de
nombreux collaborateurs, parmi
lesquels se détache le nom de Bärbel
lnhelder.
Sa
théorie
constructiviste présente
l’accession aux formes les plus
élaborées de la pensée comme une succession de
stades, marqués chacun
par un
palier d’équilibre
atteint au terme d’un
échange
dynamique entre le sujet et son
milieu. Théorie
interactionniste, elle fait
appel aux concepts d’accommodation
et d’assimilation,
empruntés à la biologie, pour
caractériser des processus par
lesquels le sujet se modifie
pour s’ajuster aux facteurs
extérieurs, ou au contraire les incorpore
dans ses schèmes intérieurs.