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Entretien avec Serge Tisseron

 
 

La personnalité d'un enfant restera toujours marquée par le secret autour duquel elle s'est construite. Mais, plus tôt ce secret sera dévoilé, moins le traumatisme sera grave.

Le Nouvel Observateur. - Vous dites qu'à l'origine des secrets de famille on trouve souvent de « bonnes intentions ». On veut protéger l'enfant. Mais les conséquences sont graves : troubles, traumatismes... Conseillez-vous la franchise et la vérité en toute circonstance ?


Serge Tisseron. - En fait, je conseille de ne pas fabriquer de secret de famille. Cela dit, chacun a droit au secret. C'est nécessaire au fonctionnement psychique et au fonctionnement de l'organisation démocratique. Un secret devient dangereux quand il partage la personne qui le porte : d'un côté elle voudrait parler du secret, de l'autre elle craint de faire du mal en en parlant. Par moments, cette personne saura garder le secret, à d'autres moments ses attitudes dévoileront en partie le secret. Evidemment l'enfant n'aura plus affaire à un parent cohérent, mais à un parent double. C'est perturbant.
Ce n'est pas l'existence du secret qui pose problème, mais c'est le fait qu'il existe des choses gardées secrètes dont on ne doit absolument pas savoir qu'elles sont gardées secrètes. En fait le secret de famille, c'est le secret sur le secret.


Le Nouvel Observateur.- Par moments, le détenteur du secret de famille le dévoile donc par bribes, comme malgré lui ?


Serge Tisseron. - L'être humain est ainsi fait qu'il ne peut pas s'empêcher de mettre en mots, en actes, en images, ce qu'il éprouve. Ces représentations font communication pour l'enfant. C'est ce que j'appelle les « suintements » du secret. L'enfant est extrêmement sensible au comportement de ses parents et donc à tout ce qui peut lui paraître inhabituel. D'un côté il perçoit le secret, mais il doit ne pas savoir que ce secret existe. D'où beaucoup de troubles de l'apprentissage et parfois des colères immotivées de l'enfant. En fait, c'est le manque d'information qui le met en rage. Quand l'enfant pressent le secret sans y avoir accès, il construit un certain nombre d'hypothèses, souvent bien plus graves que le secret de départ.


Le Nouvel Observateur. - La levée du secret par les parents entraine-t-elle à coup sûr la guérison du traumatisme ?


Serge Tisseron. - Non, pas du tout. Un enfant qui grandit dans une famille à secret va apprendre à mettre en place certains comportements, à ne pas poser certaines questions, à détourner sa curiosité vers des sujets moins problématiques. Ses choix professionnels et amoureux pourront éventuel!ement en découler. Quand le secret sera révélé, tous ces comportements et toutes ces situations vont rester en place. La personnalité reste marquée par le secret autour duquel et malgré lequel elle s'est construite. Cependant le dévoilement du secret lui permettra de commencer à construire sa vie sur du solide. Plus la révélation du secret se fait tôt, moins elle entraîne de problèmes. Je donne l'exemple de cette petite fille de 5 ans à qui sa mère a caché que son frère est en fait son demi-frère. Quand elle lui dévoile le secret, la petite fille pleure, elle s'énerve et reproche à sa mère: « Tu aurais du me le dire quand j'étais toute petite; j'aurais rien compris, j'aurais pas pleuré, mais j'aurais tout su. » Et c'est merveilleux, parce que tout est dit. L'important, ce n'est pas de comprendre, c'est de savoir. Je conseille toujours de parler des secrets dès la naissance des enfants. Ce qui nous permet en plus de nous familiariser nous-mêmes avec l'idée de parler du secret.


Le Nouvel Observateur. - En cachant quelque chose, une famille ne cherche-t-elle pas à présenter une image parfaite tant aux autres qu'à ses propres membres ?


Serge Tisseron. - Si. Dès qu'un secret est décidé, c'est l'idéal qui est en jeu : on a peur de donner aux enfants une mauvaise image des parents, des grands-parents, des arrière-grands-parents... Mais les enfants n'ont pas besoin d'idéaux pour grandir. Ils ont besoin de communication avec des adultes dans lesquels ils ont confiance. Sinon, ils entrent dans le jeu de l'idéal des parents, en présentant l'image de l'enfant idéal, en se dissimulant. Jusqu'à l'adolescence, où, là, patatras, tout s'effondre, et les parents n'en reviennent pas. Les parents qui cachent ont des enfants qui cachent.
Un enfant élevé dans une telle famille risque de renoncer à sa curiosité, et d'adhérer par la suite à un groupe totalitaire. On préfère toujours l'original à la copie: quitte à avoir affaire à une famille à secret, autant se la choisir et que le secret en soit la règle explicite. Dans une secte, un groupe totalitaire, un groupe facho, la règle du secret est explicite.


Le Nouvel Observateur. - Avez-vous vu le film « Festen » ?


Serge Tisseron. - Oui, il est fabuleux. Il montre une chose importante : celui ou celle qui veut dénoncer le secret de famille doit savoir que c'est difficile. « Tais-toi ! », « Tu es fou ! », « Ça va pas bien dans ta tête ! », voilà ce qu'on lui dira. Autour des secrets, les familles font bloc.
Quand le secret est révélé, I'économie familiale n'est pas modifiée, parce que les membres de la famille ont « tordu » leur personnalité sous l'effet du secret. En revanche, cela va permettre à ceux qui le désirent de voir le monde autrement, de construire d'une autre façon leurs relations. Notamment les enfants. Beaucoup d'adultes que je vois se demandent s'il est bien nécessaire de dévoiler le secret, après toutes ces années, à leur âge. Je réponds que pour la personne elle-même ça ne servira peut-être pas à grand-chose, mais ce sera très bénéfique à la génération d'après. Avec les secrets, il faut vraiment jouer la carte des générations.

 

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Propos recueillis par
THOMAS BAUMGARTNER

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