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Distinction entre psychologie morale et philosophie morale

 
 

Faisons  la distinction entre psychologie morale et philosophie morale. Les deux domaines sont en effet distinct, bien que, parfois, la limite soit faible. Cependant la psychologie morale se veut davantage descriptive et explicative, ses analyses reposent sur des observations sur le terrain. La psychologie morale étudie l’évolution de la morale, c’est-à-dire ce qui paraît objectivement bon ou mauvais, de l’enfance à l’âge adulte et quelle est l’importance des facteurs sociaux, familiaux et personnels dans cette évolution. Pour faire un raccourci, la psychologie morale s’intéresse à savoir comment les individus se représentent le bien et le mal, quels types de morale ils mettent en avant et pourquoi. La philosophie morale se demande plutôt ce qu’est une bonne morale, là aussi il s’agit d’un raccourci.

Les origines de la psychologie morale

Bien que nous ayons distingué philosophie et psychologie, il nous faut commencer par faire un détour par deux philosophes incontournables dans le domaine moral, l’un s’opposant aux conceptions de l’autre. Il s’agit de Hume et de Kant.

David Hume (1711-1776)

Pour Hume tout part du sujet et revient au sujet, c’est-à-dire que quoi que l’on fasse la raison reste soumise, dans une certaine mesure, aux passions. Donc finalement tout n’est qu’une affaire de subjectivité, chacun suit ses goûts et ses « instincts ». D’où la fameuse phrase de Hume : 

« Il n’y a aucune raison qui me pousse à préférer à la destruction de la terre, l’égratignure de mon petit doigt ».

Il faut comprendre cette phrase comme une apologie de la subjectivité, en effet, n’ayant pas de repères objectifs, on ne peut décréter qu’une morale est meilleure qu’une autre ! C’est une position radicale en parallèle de laquelle Hume développe un second point : il remarque que l’homme se trompe fréquemment sur les motifs de ses sentiments moraux. On soutient faire telle ou telle chose au nom de principes moraux, mais en réalité se sont nos passions, nos désirs que l’on suit. Les passions introduisent dans nos actions de la partialité et pour qu’une morale soit bonne il ne faut pas qu’il y ait de partialité ! Hume préconise donc de trouver un « juste milieu », il faut réussir à maîtriser les passions, ou en tout cas leur donner un cadre. Un cadre qui pourra servir de référence.

Mais il faut bien comprendre que malgré cet encadrement, Hume précise fortement que les passions restent nécessaires et primordiales. D’autre part, le philosophe note que l’homme est profondément social ; que la société est première par rapport à l’individu, que chacun de nous a des instincts sociaux. Etant un « être social », l’homme a un certain besoin d’imitation ; finalement c’est au travers des coutumes de la société dans laquelle il évolue que se forge la morale de l’individu. C’est donc avant tout une « morale sociale » que celle de l’individu !

Cela implique que la morale ne saurait être universelle, qu’elle est liée aux sociétés, aux nations. Ce qui mène Hume à affirmer que l’homme n’est pas libre de choisir sa morale ! L’homme « sauvagement individuel » est cependant « forgé » par la société qui lui impose une autorité morale, « juste milieu » de la morale de tous les hommes formant la société. Une sorte de consensus moral…

Ce point de vue s’oppose radicalement à celui de Kant qui prône l’autonomie de la volonté par rapport aux pressions sociales.

Emmanuel Kant (1724-1804)

Le projet de Kant est de donner des fondations stables et permanentes à la morale, pour lui, la morale a un caractère impératif dans lequel la subjectivité n’a rien à faire. Cependant il entend établir la liberté de l’homme au travers de l’autonomie de la volonté. Pour Kant, la morale n’est absolument pas le produit d’un instinct d’imitation, comme c’était le cas chez Hume.

Pour lui, la seule chose qui puisse être considérée comme fondamentalement bonne, c’est la bonne volonté. En effet, même ce qui semble intrinsèquement bon, par exemple la modération, la maîtrise de soi, n’est pas fondamentalement bon (on peut en user dans de mauvaises intentions). La bonne volonté est bien la condition nécessaire et suffisante de la valeur de la morale !

Kant considère aussi que la raison est notre meilleur juge car elle exprime des lois universelles et pour lui, la morale se caractérise par son universalité. Ce qui n’est pas une conduite pouvant atteindre l’universel ne peut être une conduite morale (ainsi le mensonge par exemple ; on ne peut souhaiter qu’il soit universel, donc il ne peut être moral, on ne peut en faire une « loi générale »). D’où la fameuse maxime kantienne : 

« Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle ».

A la morale s’associe le sentiment de devoir, la morale nous « impose » un impératif catégorique que l’on se sent obligé de respecter. D’où vient cette obligation ? Pas de nous selon Kant, donc du dehors. Ce qui signifie que la morale est objective et pas subjective !

Mais nous avons vu que Kant accorde une importance capitale à la volonté, à l’autonomie. En effet, un acte bon doit être accompli volontairement, s’il est accomplit forcé par quelque chose (un revolver par exemple…), l’acte n’aura plus ce caractère de bonté car il s’agira seulement de soumission.

Mais cette autonomie de la volonté pose un problème : dans le monde réel, les humains sont plus souvent agis (par divers phénomènes) que agissant ! Notre environnement social agit sur nos actes, nos passions font de même, en définitive, nous ne sommes donc pas autonomes. Kant, pour éviter l’impasse, soutient qu’il faut diviser l’homme en deux ; une partie de l’être appartient au monde sensible et est soumis aux contraintes de la nature, l’autre partie appartient au monde intelligible, rationnel et est libre et autonome (transcendance).

Mais un second problème se profile : La morale est censée être l’expression de l’autonomie de l’homme, hors elle est imposée de l’extérieure (son caractère universel suppose qu’elle ne soit pas subjective). Une fois de plus, Kant va faire appel à son « argument transcendantal » : l’homme ne peut pas comprendre et expliquer ce qui est du domaine du transcendantal, notre connaissance est dépassée, et on ne peut pas comprendre que bien qu’objective, la morale se rattache à notre liberté !

La seule chose que l’on puisse dire c’est que l’homme, puisqu’il est un être raisonnable, doit conclure que la véritable morale ne peut être que rationnelle, universelle, objective et impérative !

En bref, l’homme est soumis à la loi de la morale mais c’est lui qui est le législateur !

Il faut bien avouer que cette morale kantienne apparaît parfois bien abstraite, bien métaphysique. Kant se nourrit peut-être un peu trop d’idéal, l’universalité devrait nous conduire à une sorte de consensus général duquel la paix découlerait, hors dans la réalité le consensus est parfois bien loin d’être atteint ! De plus, Kant relègue les émotions, cela semble « réellement » difficile à faire ! De plus les émotions sont parfois vecteur de morale (l’injustice nous touche émotionnellement et provoque notre réaction). Malgré ces quelques objections, il n’en reste pas moins que le kantisme a influencé la psychologie morale de Piaget et de Kohlberg (voir plus loin).

Intéressons-nous également à la position de Freud 

La psychanalyse ne semble pas s’intéresser spécialement à la moralité en tant que telle, elle préfère utiliser des termes plus « neutres » comme surmoi. En effet, on peut dire que pour la psychanalyse la morale n’existe pas en soi ! Elle n’est en fait qu’une sublimation , une restriction, bref : une répression des désirs sexuels. Dans cette perspective le fameux complexe d’Œdipe est tout à fait primordial. Nous y reviendrons. La grande question que se posa Freud fut de savoir pourquoi la morale semblait si nécessaire à toute société humaine ? Pour y répondre il développa la théorie de « l’homme primitif ». Pour faire court disons simplement ceci : l’homme est dominé par ses désirs, mais il rencontre souvent des échecs (notamment face aux prétentions des autres) ; l’homme primitif essaye de maximiser ses plaisirs tout en restant en vie. C’est là qu’intervient la société, et avec elle la morale. La société permet aux hommes de réguler les conflits (c’est très proche des conceptions de Hobbes). Mais la société comporte un inconvénient de taille : elle restreint les désirs individuels. C’est cela le rôle de la morale : faire barrages aux désirs « destructeurs » de l’individu. Quand cette barrière s’effondre les « pulsions » humaines reviennent à la surface (c’est le cas en situation de guerre, parmi la foule ou sous le couvert de l’anonymat…). 

Freud pousse plus loin son analyse et arrive à la fameuse, mais controversée, hypothèse du « parricide primitif ». L’enfant, comme l’homme primitif, est soumis à ses désirs ; bientôt il éprouvera (dans le cas d’un petit garçon) une attirance « sexuelle » pour sa mère et verra son père comme une menace (le barrage à ses désirs). L’enfant aura le « désir » de tuer le père, cette pensée le fera culpabiliser et finalement rendre un « culte du père » (comme pour se faire pardonner) et prohiber l’inceste. L’homme primitif, l’enfant, bascule alors dans l’univers de la règle. Pour Freud c’est par ces deux impératifs que débute toute morale humaine. Viennent se greffer les théories du « ça », du « surmoi » et le complexe oedipien. Nous ne les développerons pas ici.

Pour la psychanalyse, la nature humaine est au départ égoïste. Dans ce cadre, la morale a comme but de contenir les désirs individuels et correspond à une répression des pulsions, seule manière d’assurer la « survie » de tous. La résolution de l’œdipe étant primordiale dans l’acquisition de la morale.

Conclusion de l’introduction

Les différents points de vue que nous venons d’étudier font surgir un certain nombre de questions: 

La morale est-elle soumise à la raison ou aux passions ?

La morale est-elle universelle ou variable dans le temps et dans l’espace ?

La morale est-elle l’expression d’une volonté autonome ou l’assimilation des valeurs de la société à laquelle on appartient ?

Ce sont toutes des questions qu restent ouvertes, cependant les théories les plus récentes se rapprochent davantage des positions de Hume que de celles de Kant

 

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