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La problématique de la mémoire et de l'oubli

 
 

Le concept de mémoire et celui de l'oubli.

J'ai décidé de rédiger quelques pages sur la mémoire et sur l'oubli, je vais tenter de définir une hypothèse au sujet de la dégradation des traces mnésiques et voir qu'elles ont été les conclusions des auteurs au sujet de cette hypothèse de départ. La récolte de données n'est pas aisée à faire lorsque l'on aborde le problème de la mémoire, si l'on souhaite être rigoureux en tout cas, et c'est pour cela que je vais m'appuyer sur les résultats des chercheurs qui ont abordé cette problématique depuis un siècle à peu près, en n'étant certes pas exhaustif mais en essayant de vous présenter le plus clairement possible les différents problèmes liés au concept de la dégradation mnésique et plus particulièrement de l'interférence.

Pourquoi choisir de parler de la mémoire et de l'oubli ? D'abord la mémoire est essentielle à la vie, comme l'a montré le philosophe Bergson, si nous n'avions pas de mémoire capable de retenir ce que nous vivons, nous ne pourrions même pas avoir de conscience. Sans mémoire la vie ne pourrait se déployer comme vie. La mémoire est aussi un frein possible, car pour vivre au présent il ne faut pas rester prisonnier du passé; d'où l'importance de l'oubli qui sélectionne ce qui est utile à l'action, à la vie (on imagine quels désagréments le vif souvenir du deuil ou du chagrin pourrait avoir sur la vie de l'homme.). L'attitude qu'il convient d'avoir à l'égard de la mémoire est bien résumée par cette invitation qui dit qu'il y a un temps pour tout. Un temps pour se souvenir et s'arrêter, un temps pour agir et aller de l'avant, en songeant plus à l'avenir qu'au passé. L'intérêt que je porte à la mémoire vient de cette propriété de conserver et restituer des informations capitales pour le déroulement normal de notre vie. L'étude de la mémoire est récente puisqu'elle n'a débuté qu'à la fin du siècle dernier, mais nous avons déjà vu que les philosophes n'ont pas attendu si tard pour spéculer sur la mémoire.

La période scientifique commence avec le psychologue allemand Hermann Ebbinghaus (1850-1909), qui publie en 1885 la première étude expérimentale de la mémoire et qui établit la première courbe de l’oubli ( au sujet d'une liste de syllabes sans significations: la mémorisation est évaluée selon le nombre d'essais nécessaires pour apprendre une seconde fois la liste et ceci après différents intervalles.) Après lui, Alfred Binet étudie la mémoire des textes, Bartlett la déformation des souvenirs, Pierre Janet l’évolution de la mémoire, Théodule Ribot l’estimation temporelle des souvenirs... Mais la méthode expérimentale demeure alors fondée plutôt sur des observations que sur des données quantifiées. La rigueur scientifique en la matière est venue principalement de John Watson et de ses successeurs, qui, guidés par les principes du béhaviorisme, ne prennent en considération que les faits observables, c’est-à-dire les stimulations que reçoit l’organisme et les réponses qu’il fournit. L’essor de l’informatique, entraîna, à partir de 1950 environ, une révolution technique et théorique qui amena à concevoir la mémoire humaine comme un ordinateur. Nous n'irons pas aussi en avant dans notre exercice et nous nous concentrerons sur la période s'étendant du début du siècle aux années 80-90. Voilà pour ce qui en est d'un bref résumé du contexte historique de la problématique de la mémoire.

Le pourquoi de l'oubli.

Combien de fois chacun d'entre nous s'est-il déjà plaint des défaillances de sa mémoire ? Voyons quelles furent les principales explications avancées pour rendre compte de l'oubli. L'oubli semble, lorsqu'il n'est pas le résultat de lésions neurologiques ou celui de la mémoire à court terme, être provoqué par des interférences, c'est du moins l'une des théories prises en compte. Ebbinghaus rappelle cela dans l'introduction de son livre sur la mémoire, cette théorie de l'oubli par interférence suggérait que "les images précédentes sont de plus en plus surchargées , pour ainsi dire, et recouvertes par les suivantes".

Dans certaines expériences où l’on provoque des interférences, l’oubli peut être compensé si l’on fournit des indices adéquats (par exemple, des noms de catégories pour rappeler des mots appartenant à ces catégories): dans la vie courante, les notes prises sur un agenda ou les photographies d’un album ont ce rôle de permettre de récupérer des informations oubliées. Une autre théorie est celle du déclin de la trace, les traces mnésiques (voir ci-contre) selon Ebbinghaus sont comme "des images conservées qui subissent des modifications qui affectent de plus en plus leur nature". Une troisième théorie mise en avant par Ebbinghaus est celle selon laquelle l'oubli correspond à " un effritement et à la perte d'éléments particuliers et non à un obscurcissement général ".  

Enfin, l'oubli peut aussi être motivé par les besoins et désirs de l'individu, comme dans le cas du refoulement.

Ebbinghaus observe qu'il ne peut choisir l'une de ces différentes hypothèses avec les données dont il dispose, il entreprend alors des expériences qui auront pour but "d'aborder ce problème dans un cadre restreint et bien défini, et, en se tenant provisoirement hors de toute théorie, de peut-être parvenir à en construire une."  

Mais il ne parviendra pas à construire cette théorie, cependant l'importance théorique des travaux d'Ebbinghaus n'est pas à remettre en cause, de plus ,depuis, bien que nous sachions un certain nombre de chose sur l'oubli, nous sommes pourtant toujours incapables d'exclure l'une des théories que nous avons vu précédemment comme étant responsable de l'oubli.

Les psychologues distinguent généralement quatre types de mémoire : le souvenir, le rappel, la reconnaissance et le réapprentissage. Le souvenir implique la reconstitution d'événements ou de faits à partir de signaux partiels qui y sont liés; le rappel est la recollection (ou remémoration) active et sans aide d'une information du passé; la reconnaissance renvoie à l'aptitude à identifier correctement des stimuli rencontrés précédemment; le réapprentissage met en évidence les effets de la mémoire. Il est souvent plus facile d'apprendre une seconde fois un matériel familier qu'une première fois un matériel étranger, c'est cet aspect qui m'intéresse plus particulièrement et au travers de celui-ci c'est le problème de la dégradation de la trace qui va me retenir, d'où la formulation de l'hypothèse ci-dessous.

L'hypothèse de la dégradation de la trace.

L'hypothèse qui est en jeu est celle de savoir si l'oubli est plus important chez les sujets qui ont accompli une activité pouvant avoir causé des interférences que chez ceux n'ayant pas eu à subir une telle activité.

Il est clair qu'une telle hypothèse demande, pour être vérifiée, un déploiement de moyen que je ne suis pas capable de fournir; c'est pour cette raison que je vais donc m'appuyer sur les résultats obtenus par différents chercheurs tels que Dallenbach et Jenkins. Des tests réalisés sur des animaux (fourmi/Hoagland, poisson rouge/French, Blatte/Minami-Dallenbach) ont démontré plus ou moins clairement que lorsqu'une activité a lieu entre l'apprentissage et la vérification de celui-ci alors l'oubli augmente. La question qui se pose alors est qu'en est-il pour l'être humain ? Jenkins et Dallenbach vont mener une étude sur deux étudiants, l'un dort entre l'apprentissage et la vérification de la connaissance et l'autre reste éveillé. Selon la théorie de l'interférence le sujet restant éveillé devrait donc oublier plus rapidement que le sujet endormi. C'est bien ce résultat que les chercheurs obtinrent, pourtant une autre interprétation des résultats obtenus est possible. En effet le sujet devant dormir se rendait au laboratoire le soir, et le sujet devant rester éveillé le matin, ce facteur se relevant être dans une large part responsable des résultats. Et lorsqu'on maîtrise ce facteur on arrive à la constatation que l'oubli n'est pas différent chez l'un et chez l'autre. Des travaux de Coleman montrent pourtant que le sommeil qui suit directement l'apprentissage permet une meilleure conservation de l'information, mais cela est du au rôle de consolidation de la trace qu'a le sommeil plutôt qu'a l'aspect neutralisateur de l'interférence qu'aurait celui-ci.

La controverse des résultats va pousser les chercheurs à modifier leur conception de l'interférence, en effet il ne s'agira plus d'affirmer que tout oubli est nécessairement dû à une interférence mais que celle-ci est une raison majeure de l'oubli. D'autres recherches vont démontrer encore que la conservation de l'acquis est amoindrie selon le matériel interférent, le degré d'interférence augmentant en même temps que la similarité entre le matériel mémorisé et le matériel interférent (ceci signifie par exemple l'apprentissage d'adjectifs sans liens avec une liste jouant le rôle d'interférant, ou l'apprentissage d'adjectifs synonymes à ceux de la liste jouant le rôle interférant.).

Les différents types d'interférences

De nombreuses expériences ont permis d’établir que l'oubli dépend principalement de la quantité d’informations apprises avant une liste test (interférence proactive) ou après (interférence rétroactive): plus on apprend et plus on oublie (Underwood, 1957).

L'interférence rétroactive:

On appelle ainsi l'interférence d'un apprentissage ultérieur sur la mémorisation. C'est le cas typique où l'on demande à deux groupes d'apprendre une liste d'items, le premier groupe devra alors en apprendre une seconde avant de restituer la première alors que le second groupe se repose entre le moment de l'apprentissage et celui de la restitution.

Exemple:

Groupe expérimental:

Apprentissage A

Apprentissage B

Rappel ou réapprentissage de A

Groupe contrôle:

Apprentissage A

Période de repos

Rappel ou réapprentissage de A

On peut vérifier l'interférence rétroactive quand le groupe contrôle obtient un meilleur résultat de rappel que le groupe expérimental.

L'interférence proactive:

C'est le cas où un apprentissage passé perturbe un apprentissage ultérieur. Prenons un exemple classique, celui d'Underwood (1957), dont les sujets oubliaient considérablement en l'espace de 24 heures une liste de syllabe sans significations. Underwood se demanda d'où provenait l'interférence provoquant un tel oubli. Underwood utilisait alors plusieurs fois les mêmes étudiants pour ses expériences, et bien qu'à l'époque l'interférence proactive était connue elle n'était pourtant pas considérée comme une forte source d'oubli. Underwood s'attacha donc à montrer l'influence d'un apprentissage ultérieur sur le taux d'oubli des différents sujets selon la fréquence à laquelle il avait participé à ces expériences ultérieures. La corrélation apparue très clairement entre le nombre de participation à des expériences ultérieures et l'oubli.

Malgré cette constatation on peut tout de même prendre en considération un autre facteur pouvant être responsable de ces résultats; en effet plus un sujet est soumis à ce type d'apprentissage moins il mettra de temps pour apprendre une liste et donc au final il aura un nombre de répétition pour l'apprentissage de la liste moins élevé pour la dixième liste que pour la première. Mais une fois cette variable contrôlée l'effet de l'interférence proactive reste observable mais dans une moindre mesure.

Exemple:

Groupe expérimental:

Apprentissage A

Apprentissage B

Rappel ou réapprentissage de B

Groupe contrôle:

Rien

Apprentissage B

Rappel ou réapprentissage de B

On constate qu'une interférence proactive s'est produite si le rappel du groupe contrôle est plus élevé que celui du groupe expérimental.

Analyse et réflexions conclusives.

Ces dernières années l'étude de l'interférence dans la problématique de la mémoire a connu un déclin rapide. On associe largement l'étude de l'interférence à quelque chose de trop théorique et donc de démodée, et dont les résultats sont infructueux. Je ne suis  pas assez qualifié dans le domaine pour pouvoir soutenir ou infirmer ce point de vue, pourtant il me semble dommage de reléguer à un second rang cette problématique, même si, on a pu le constater, son étude n'est pas très accessible. Nous disposons actuellement de puissants moyens, informatiques notamment, pour pouvoir pousser plus avant dans ce domaine. La question de l'explication de l'oubli reste donc totalement ouverte, l'interférence est certainement très importante dans l'acte d'oublier mais on ne sait pourtant toujours pas quel est l'effet subit par la trace, s'agit-il de la destruction de l'une par une autre, ou de prépondérance de l'une par rapport à l'autre au moment de l'évocation ? Il n'est pas question ici de se prononcer.

Il ne reste pas moins que les interférences proactives et rétroactives ont des effets non négligeables. Il serait certainement intéressant de pousser plus avant encore cette problématique de la mémoire que je me suis proposé d'étudier, ce n'est pourtant pas dans le cadre de cette page, qui se veut restreinte, que je peux le faire et je me suis donc contenté d'évoquer de manière générale ce champ de recherche qui reste fort large et passionnant. Il aurait, par exemple, été fort intéressant de se pencher sur les troubles de la mémoire comme l'amnésie ou les paramnésies ou encore les points de vues sur la question des neurologues et des neurophysiologistes et sur l'état le plus avancées des recherches actuelles. Mais restons en là pour le moment.  

 

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