La
première partie concernant les niveaux d'analyse en psychologie
est consacrée au Corps, nous ne la verrons qu'ultérieurement et
commençons directement au niveau du psychisme.
B.
Le psychisme.
Niveau
I : L’individu.
Dans ce domaine,
il est utile de consulter les recherches menées par Doise et qui
posent la question de savoir comment l’individu s’y retrouve
dans sa vie, comment est-ce qu’il agit, comment il se comporte,
comment il évalue son environnement social, bref comment il fait
pour organiser sa vie sociale.
Au niveau I
prenons le cas du jugement moral chez l’enfant (et comme référence
de travail l’ouvrage de Piaget Le jugement moral de
l’enfant). Selon Piaget, c’est ainsi qu’il formule
son hypothèse, l’enfant n’a pas connaissance des règles et
surtout ne les comprend pas. Ce n’est qu’en grandissant
qu’il va les connaître et pouvoir les comprendre ; la
question se pose alors de savoir ce qu’il faut pour que
l’enfant comprennent les règles sociales et comment se développe
cette compréhension ?
Petit,
l’enfant comprend vers 15-17 mois la valeur du Oui et du Non,
c’est une immense découverte pour lui. L’activité de
l’enfant est désormais délimitée par ces deux mots,
l’enfant va « tester » certains actes pour voir
s’il peut les faire (provoque un Oui) ou s’il ne peut pas les
faire (provoque un Non).
Piaget se
demande à quel âge l’enfant est capable de suivre les règles
d’un jeu (en l’occurrence le jeu de billes) ? Piaget nous
apprend que les petits enfants ne suivent pas de règles, ils
n’en ont pas besoin pou éprouver du plaisir ou pour jouer à
plusieurs.
Vers 6-7 ans
les enfants suivent la règle à la lettre (une sorte de
fondamentalisme), la règle c’est la règle et rien ne peut la
remettre en question. Plus âgés, les enfants sont souvent surpris
de découvrir qu’un même jeu peut être différemment pratiqué
(=avoir des règles différentes) par d’autres ; cela
l’intrigue beaucoup, mais la référence reste toujours sa règle,
il estime que les autres ont des règles qui ne sont pas justes,
lui seul détient la vraie règle.
Ce
n’est que vers 12 ans que l’enfant comprend que la règle
est arbitraire. Comme nous l’avons dit Piaget utilise le jeu de
bille pour démontrer le passage à ces différents stades ;
il est dès lors légitime de se demander si dans le « jeu
social » l’enfant passe par ces mêmes stades ?
Piaget répond par l’affirmative et démontre que :
±
il y a d’abord des choses interdites.
±
si les choses sont interdites par les parents cela a plus de force
que si elles le sont par le frère ou
la sœur.
±
l’enfant veut que la règle soit la même pour toute la fratrie
(absolutisation de la règle).
±
ensuite seulement, ils comprennent le caractère arbitraire de la règle.
La démarche de
Piaget est de prendre très au sérieux l’enfant, il faut penser
avec l’enfant pour savoir ce qu’il pense. Piaget observe donc
dans un premier temps les jeux des enfants puis, dans un second
temps, il leur pose des questions sur leurs jeux (pourquoi avoir
fait ceci ou cela…), Piaget note que l’enfant ne parlera
jamais de la règle, c’est-à-dire qu’ils disent c’est LA règle
mais ne parle pas de ses fondements. Ce n’est que lorsqu’ils
auront vu que d’autres jouent avec d’autres règles au même
jeu qu’ils commenceront à parler de la règle. Ils considèrent
toujours que ce sont eux qui sont détenteurs de la « vraie
règle », que les autres ont une règle mais qu’elle est
plus ou moins fausse…
Ensuite arrive
le stade où l’enfant est capable de donner des origines à sa règle,
il dit que « c’est x qui l’a inventé », « nos
grands frères jouaient déjà ainsi », « c’est dieu
qui a donné la règle… ».
Ce n’est que
lors du dernier stade que l’enfant décide avec d’autres
camarades l’instauration de certaines règles avant le début du
jeu, c’est à ce moment que l’enfant comprend que c’est « l’homme » qui fait la règle.
La démarche de
Piaget est donc celle de confronter la manière d’agir et la
manière de parler de son action ; Piaget reprend souvent les
questions posées par des enfants pour les poser à son tour à
d’autres enfants (pour les problèmes méthodologiques liés à
cette démarche voir les pages suivantes, induction des réponses…on
verra tout ça !)
Il faut aussi
voir les études de B.Bernstein sur les différents types de
familles : d’une part celles qui expliquent et justifient
les règles et d’autre part celles qui ne les expliquent pas (c’est
ainsi et c’est tout…). On comprend d’emblée que la
contre-partie des familles étant de la première catégorie est
que l’enfant comprend vite que la règle peut être discutée et
que l’autorité parentale s’en trouve atteinte.
Le petit enfant
ne comprend donc pas les raisons de la règle, ce n’est que vers
12 ans qu’il aura bien saisi. Bernstein nous
dit que lorsque la règle est expliquée à l’enfant on lui
permet de comprendre plus ou moins la règle, l’enfant va réfléchir
sur les « fondements » de celle-ci, et peut dès lors
expliquer pourquoi il n’est pas d’accord. Nous l’avons déjà
dit, il s’agit d’une « arme » pour l’enfant qui
va rapidement comprendre qu’il peut se retourner contre la règle
et la discuter, c’est l’inévitable contre-partie de cette
possibilité de comprendre et de devenir autonome plus rapidement.
Dans cette
perspective, il est aussi intéressant de voir comment l’enfant
vit le mensonge, comment est-ce une intentionnalité,
comment est perçu un « plus gros mensonge » et un « plus petit
mensonge ». En général, la perception du mensonge est liée au
niveau intellectuel de l’enfant.
Toujours dans
ce premier niveau :
Les théories
qui regardent l’individu pour voir comment il traite
l’information.
L’hypothèse étant que l’individu utilise
des règles pour traiter l’information et que l’on va pouvoir
les décrire. Le problème étant aussi de voir comment
l’individu traite les différents types d’informations (celles
qui sont plausibles ou ne le sont pas, celles qui sont déjà
connues ou non, celles qui sont claires et celles qui sont
obscures…)
R.Reber a démontré
que si l’on donne une information de manière très claire,
celle-ci est plus volontiers considérée comme vraisemblable que
l’information donnée de manière confuse. La croyance en la vérité
ne serait donc due qu’à la compréhension !
Ce grand
domaine de la psychologie de la perception est typique du niveau
I. Il y a une articulation psychologie-physiologie : on
essaye de comprendre l’individu psychologiquement mais aussi
physiologiquement pour voir quelles sont ses réactions.
Toujours dans
ce premier niveau :
La théorie de
l’équilibre cognitif et la théorie de la dissonance
cognitive (Heider).
Heider propose d’examiner l’être
humain en postulant qu’il a tendance à rechercher un équilibre ;
cette idée est partiellement reprise de K.Lewin, l’individu se
situerait dans une sorte de « champ de force » dans
lequel il serait à la recherche d’un équilibre. L’individu
porte une attention particulière à ce qui lui permet de garder
cet équilibre et ignore (de différentes manières :
annulation, négligence, réinterprétation…) ce qui est
susceptible de rompre l’équilibre. On peut prendre les stéréotypes
comme exemple, ceux-ci sont très résistants, si l’on tombe sur
un écossais généreux on parlera d’exception à la règle des
écossais avares et pas d’un stéréotype faux. C’est
typiquement une manière de s’arranger, ne pas modifier la
source de l’équilibre, il faut tenir en équilibre la manière
habituelle de fonctionner.
Toujours dans
ce premier niveau :
Les processus
de catégorisation
Ils sont décrits par des auteurs
comme Tajfel et Wilkes qui montrent que pour nous y retrouver nous
classons les choses et les événements et essayons de le faire de
manière homogène. En effet, il faut bel et bien avoir des catégories
pour pouvoir former des stéréotypes ! Donc tout se vit
selon des catégories, « j’aime » ou « j’aime
pas », nous fabriquons des catégories « homogènes »,
c’est-à-dire regroupant des choses/événements que l’on
considère semblable ou très proche. C’est l’exemple des
10 baguettes formant une courbe continue, si on en fait 2 groupes,
les 5 premières contre les 5 dernières, on aura tendance à considérer
qu’il y a plus de différence entre la plus grande des petites
et la plus petite des plus grandes → on est influencé par
la catégorisation.
La tendance
naturelle est donc celle de préserver les catégories. Cette manière
d’agir est à la fois perceptive et cognitive (à la fois de
niveau I et de niveau II).
Dans le même
registre Brunner a fait une expérience sur la monnaie : on a
tendance à surestimer en millimètres une pièce de plus grande
valeur → la connaissance de la valeur de la pièce affecte
la connaissance physique que l’on a de la pièce.
On conçoit
facilement qu’avec les phénomènes sociaux nous sommes encore
plus influençables…
Niveau II :
La relation.
Dans le niveau
II l’attention première ne se porte plus sur les processus
internes du sujet mais sur les processus inter-individuels dans
une situation donnée (exemple du prisonnier devant 2 gardiens :
l’un garde la porte de la liberté, l’autre de la prison éternelle :
le prisonnier ne peut poser qu’une seule question pour
savoir quelle porte choisir ! Quelle sera cette question ?
il suffit de demander à l’un ce que va répondre l’autre !
).
Dans une telle
situation on n’est plus dans le niveau I mais dans le niveau II,
on ne s’interroge pas sur la personnalité du gardien mais sur
la relation interpersonnelle ; il y a un agencement des
relations, une dynamique du dialogue, sa logique propre qui entraîne
en spirale d’autres événements.
Autre exemple
du niveau II :
Paicheler étudie
les relations entre individus dans la réalisation d’une tâche.
Différente configuration se profile : Une personne centrale,
un réseau, une réciprocité, une diffusion « sauvages »
de l’information…
Ce qui est
observé ce n’est plus le mécanisme interne mais
l’organisation interindividuelle et comment elle affecte les
compétences de chacun dans la résolution de la tâche. On a
constaté qu’en général la nature de la tâche faisait changer
le type d’organisation : une tâche de type logique
provoque un réseau centralisé alors qu’une tâche de type
artistique provoque un réseau « démocratique ».
Autre exemple
de niveau II :
Les
processus
d’attribution, théorie développée par Kelley. Le but est
de rendre compte de comment les individus perçoivent les réponses
des uns et des autres dans telle situation. On peut prendre
l’exemple de l’accident de voiture : dans un accident il
y a deux types de personnes ; les gens impliqués (les
acteurs) et les gens qui observent la situation (les
observateurs). On a constaté que les observateurs ont tendance à
attribuer les causes de l’accident aux acteurs (« il
fallait rouler moins vite… ») alors que les acteurs ont
tendances à accuser les circonstances (= la chaussée glissante,
le mauvais temps…). Les préjugés ne sont donc pas les mêmes
selon le rôle que l’on a dans la situation. C’est typique du
niveau II : on n’explique pas les choses par la personnalité
des intervenants mais par leur position dans la situation. On
essaye de comprendre en quoi la position dans la relation va
affecter la manière de percevoir celle-ci.
Niveau
III : Groupes et positions sociales.