|
Place du social
dans les processus cognitifs
Le
développement cognitif pose des questions, pour y répondre 3 grands
groupes de théories:
- Théorie des processus
mentaux : néglige l'ancrage social et culturel de l'individu
ainsi que les conditions concrètes dans lesquelles le développement
se fait.
- Théories mettant l'accent
sur dimensions sociales et culturelles des acquisitions cognitives
; conclusion → forte détermination sociale des processus mentaux.
Problème : difficulté à penser en même temps l'individu dans son
développement interne et dans ses rapports avec l'environnement
social et physique.
- Courant interactionniste
: Considère aussi bien les influences sociales subies par l'individu
que l'activité qu'il déploie sur son environnement.
Quelles
définition du social et du cognitif ?
Les théories ayant essayé de
considérer conjointement les aspects cognitifs et sociaux dans une
perspective interactionniste sont nombreuses. La différence entre
elles se fait dans la manière de définir "cognitif" et "social" : le
social est-il une condition nécessaire mais non suffisante du
développement cognitif, ou ces deux termes entretiennent-ils des
rapports dialectiques de co-détermination ? Piaget et Vygotsky
représentent les apports les plus importants (en commun : l'enfant
comme élément actif de son propre développement).
Piaget part du fonctionnement
biologique, Vygotsky du rôle du langage ; toutes deux tentent de
rendre compte de l'intrication des aspects psychologiques et
sociaux.
Les conditions
sociales de la construction des notions opératoires
Piaget → "Etudes
sociologiques", il y distingue "l'aspect psycho-social (du
développement), c'est-à-dire tout ce que l'enfant reçoit du dehors,
apprend par transmission familiale, scolaire, éducative en général
et son rôle".
apprentissage au sens strict → rend
compte des acquisitions réalisées en fonction de l'expérience
physique ou logico-mathématique de la personne.
apprentissage au sens large → est
synonyme de développement.
Il y a socialisation progressive de
la pensée → pour Piaget l'enfant ne naît pas social, il le devient.
Les rapports entre développement social et développement cognitif
sont considéré à l'intérieur d'un modèle "paralléliste" = les
progrès dans un domaine sont solidaires de ceux intervenant dans
l'autre, sans que l'un soit sous la dépendance de l'autre". Piaget
met l'accent sur la coopération (il peut y avoir deux types de
relations sociales : réciprocité ou dépendance). Le jeu
domination/autorité implique que l'enfant aura plus de mal à
développer une pensée autonome.
Le facteur social est une condition
nécessaire mais non suffisante à l'accession au stade des opérations
concrètes, le modèle de Piaget reste centré sur le facteur
d'équilibration interne des structures, au détriment de celui
représenté par les acquisitions médiates et des apports des
expériences que l'individu réalise au sein de l'univers social ou
physique. Autre inconvénient : ne s'occupe que du passage d'un
niveau de développement à un autre en négligeant les mécanismes
susceptibles de rendre compte des transitions d'un état de
connaissance à un autre.
Conflit cognitif
et interactions sociales
Equilibration majorante → mécanisme
selon lequel le sujet construit une nouvelle connaissance en
englobant et dépassant ses cadres de pensée antérieurs.
Travaux de Doise, Mugny et
Perret-Clermont : intégrer la dimension sociale au modèle
piagétien du développement cognitif. Concept central : conflit
socio-cognitif (dont les bases se trouvent dans le conflit cognitif
et le conflit de communication). But : mettre en relief le bénéfice
cognitif retiré par des enfants de leur participation à une
interaction avec des pairs plus avancés.
Conflit
socio-cognitif : rendre compte de la confrontation de points
de vue lorsque des enfants de niveaux cognitifs différents sont mis
en interaction. Il y a double conflit : cognitif → manière dont le
sujet voyait le problème et son action ; social → nécessité de faire
avec le partenaire. Face à ce double conflit le sujet est poussé à
restructurer son raisonnement de façon à tenir compte du point de
vue de son partenaire plus avancé.
Appropriation de
savoirs sociaux
Vygotsky : Le rôle du partenaire
social est abordé selon un autre point de vue : il n'est plus
seulement l'élément contribuant à déstabiliser et à mettre en
question, il est une source sur laquelle prendre appui pour résoudre
la tâche avant d'y parvenir seul.
zone proximale de
développement →
distance entre le
niveau actuel de l’enfant et le maximum de développement avec l’aide
d’un autre. Grande importance de l’intervention active du milieu
humain.
loi fondamentale du
développement → la maîtrise de chaque procédé se réalise à
deux reprises, une première fois à l'intérieur de l'activité
sociale, et une seconde au cours de l'activité individuelle.
Le langage joue un rôle important;
c'est à travers lui que se transmet l'expérience sociale et que
l'enfant accède aux concepts.
La théorie de Vygotsky est
doublement sociale : 1. l'enfant est mis en contact de
significations et de concepts d'origine sociale et culturelle par le
langage ; 2. l'interaction sociale a un rôle central dans
l'actualisation des potentialités cognitives de l'enfant et dans
l'appropriation des significations sociales par l'individu. Reste
une question : qu'est-ce qui amène un individu à tirer ou non profit
des ressources de la situation pour les intégrer à ses propres
cadres de pensée → Wertsch : fonctionnement hétéro-régul et
auto-régulé. Met en évidence la nécessité que les deux partenaires
partagent une même conception de ce qui est en jeu dans la tâche et
des opérations à mettre en oeuvre. L'établissement d'une
communication demande la construction d'une intersubjectivité, c'est
grâce à cela que l'enfant pourra intégrer les ressources à sa propre
pensée.
Le contexte
socio-culturel de l'interaction
Léontiev : concept rendant
compte du fait que toute conduite individuelle s'inscrit dans une
activité de nature sociale mettant en oeuvre des rapports sociaux et
relative à des besoins généraux.
Le rôle des
valeurs dans le fonctionnement cognitif
Rogoff → institutions
et instruments auxquels les individus recourent sont porteurs de
valeurs quant aux buts à atteindre et aux moyens à utiliser.
Bruner → L'individu
est placé devant la nécessité, pour comprendre ce qu'il fait et ce
qu'il vit, de s'appuyer sur les systèmes d'interprétation fournis
par la culture. Les significations que la personne élabore résultent
d'une transaction avec les cadres sociaux d'appréhension de la
réalité. Notion de "format".
Organisation collective
: le mode d'organisation des sujets dans une tâche collective ne
dépend pas seulement des relations qui s'instaurent entre les
personnes, mais reflète aussi les conditions concrètes rencontrées,
à savoir le type de tâche, les caractéristiques des objets sur
lesquels on doit opérer, la distribution des rôles... Le groupe doit
parvenir à se construire des instruments, tant au niveau de l'action
que des représentations, lui permettant d'aborder différemment la
tâche.
Comment envisager
l'interaction sociale
Les conceptions en la matière
diffèrent selon que l'on considère l'interaction sociale qui
s'instaure entre deux individus de même statut et de même âge
(souvent le cas chez Piaget) ou entre un enfant et un partenaire
plus expérimenté.
Conclusions
Plusieurs des modèles présentés
envisagent l'individu comme un être social, qui s'insère dans un
ensemble de relations sociales, réglées par un jeu d'attentes, de
normes plus ou moins explicites, de valeurs partagées par un petit
groupe; ou plus largement, par l'ensemble de la société. L'étude des
processus cognitifs en situation doit passer par la prise en compte
du bagage de connaissances sociales, d'expériences culturelles dont
l'individu est porteur et qui influence les dynamiques sociales et
cognitives en projetant des significations, des valeurs et des
enjeux de divers ordres. |