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Nature et usage
de l'immaturité
Objet du chapitre: l'adaptation de
l'homme. Trait spécifique de l'espèce humaine : usage de la culture.
L'homme s'adapte en modifiant son milieu. L'homme vit de plus en
plus dans un environnement façonné par l'homme. Le "savoir-faire"
n'est pas inscrit dans le patrimoine génétique.
Evolution de l'éducabilité :
évolution de l'intellect, on ne peut pas aisément dissocier le
cognitif du volitif et de l'affectif. Toute espèce est tributaire de
l'élaboration de système de réciprocité. Les cultures
humaines sont caractérisées par l'assistance mutuelle en cas de
danger et de difficulté, par le partage de la nourriture, par une
prise en charge communautaire des jeunes et des handicapés, et par
le partage des savoirs et des outils permettant la manifestation
d'un savoir-faire.
Déixis → apprentissage du
fait que, par exemple, lorsque je dis JE je ne dis pas la même chose
que vous quand vous dites JE, ou DEVANT MOI n'est pas la même chose
que DEVANT VOUS.
Fonction du jeu = minimiser
les conséquences de ses propres actes + essayer des combinaisons de
conduites. Le jeu est essentiel à l'évolution de l'utilisation
d'outils, il permet à l'organisme de s'affranchir de contraintes
immédiates posées par la tâche.
L'expression d'un enfant n'est pas
la copie de celle de l'adulte; elle a sa forme propre bien qu'elle
vise à remplir la même fonction.
L'absence de contrainte dans
l'environnement joue un rôle prépondérant et les défis posés par
l'environnement jouent un rôle déterminant.
Vygotsky → Pivot : pivot
entre le réel et l'imaginé = une fois que la transformation
symbolique s'est réalisée dans le jeu, deux conséquences en
découlent : le jeu peut servir de vecteur à l'enseignement touchant
à la nature des conventions régissant une société, mais il peut
aussi renseigner sur ce qu'est une convention en soi.
L'apprentissage humain présuppose une nature sociale et un processus
par lequel les enfants grandissent dans la vie intellectuelle de
ceux qui les entourent. Pour Vygotsky il est essentiel que l'enfant
puisse prendre de la distance par rapport à son activité pour
vraiment la maîtriser en en prenant conscience. Parole égocentrique
→ découverte par l'enfant d'une nouvelle fonction de la parole dans
l'organisation de l'activité et de la pensée (pour Piaget l'enfant
emploie le langage dit égocentrique (parle à lui-même) car il a une
nature privée, non-sociale).
Le langage : Le langage a
une fonction de communication, cette fonction détermine un grand
nombre de ses propriétés. Le recours initial au langage vient
probablement en soutien de l'action et lui est étroitement lié. La
structure première du langage est un prolongement de la structure de
l'action. Le développement du langage suit, et non précède, celui de
ses savoir-faire d'action et de pensée. C'est seulement une fois
qu'une distinction a été maîtrisée dans l'action qu'elle apparaît
dans le premier langage. Le langage est virtuellement un
prolongement de la maîtrise des savoir-faire. Le développement du
langage n'évolue pas seulement dans le sens d'un affranchissement
par rapport au contexte et à l'action qui l'accompagne; il aboutit
aussi à une situation dans laquelle l'utilisateur peut détourner son
attention de son environnement immédiat pour la faire porter sur ce
qui est dit plutôt que sur ce qui se fait et se voit. Bien que le
langage soit issu de l'action et en soit un auxiliaire, il devient
très rapidement autonome et libre du contexte d'action. C'est en
outre un moyen d'affranchir celui qui le possède des contraintes
immédiates de la situation, non seulement parce que, dans
l'utilisation du langage il y a préemption de l'attention, mais
aussi parce que l'utilisateur est alors capable de diriger son
attention vers certains traits de l'environnement privilégiés par le
langage lui-même.Le langage, dans ses formes décontextualisées,
devient le vecteur privilégié du savoir.
Lorsque les modèles des adultes
deviennent incompréhensibles, ils deviennent impuissants à servir de
guide et de source d'inspiration.
L'organisation des premiers savoir-faire
Pour que naisse un savoir-faire précoce, il faut qu'il y ait mise en
oeuvre initiale d'une intention, définition d'un objectif final et
indication minimale des moyens. Le
comportement structuré, d'abord produit de manière "réflexe" ou
"instinctive" se trouve converti, grâce à ces capacités, en action
intentionnelle dès que l'enfant a eu l'occasion d'observer les
conséquences de ses propres actes.
C'est seulement quand il devient nécessaire de faire à quelqu'un
d'autre la démonstration d'une activité (action définie par
spécificité d'un résultat souhaité et d'un moyen adéquat) que
celle-ci se standardise ou devient stylisée. Le
jeu apparaît comme la satisfaction, sous une forme diffuse et
décentrée, d'un désir ; satisfaction souvent obtenue grâce à ce que
Vygotsky appelle pivot. Le jeu permet de repousser les limites du
savoir-faire déjà acquis. Le jeu a donc pour effet de permettre la
maturation de certaines routines modulaires en prévision de leur
intégration ultérieure à des programmes d'action plus larges. Il
semble également servir à "mettre à l'essai" un éventail de routines
susceptibles d'accepter des sub-routines existantes.
Pour que l'enfant puisse suivre la progression du développement des
savoirs-faire, il faut que lui soient assurés les rapports sociaux
adéquats, le type de soutien diffus, affectif mais si vital sans
lequel il ne saurait avancer.
Modèle →
les modèles sont un puissant moyen de transmission des comportements
fortement structurés.
La principale recommandation
pratique que l'on puisse faire est que l'enfant doit être encouragé
à prendre l'initiative. La conclusion théorique est que
l'ordre qui apparaît dans les comportements maîtrisés au départ
vient, pour une large part, de sources biologiques internes et se
trouve, en quelque sorte, façonné et non construit par
l'environnement. Le premier comportement maîtrisé et ordonné est
pratiquement déclenché par des objets adéquats présents dans
l'environnement et présentés dans des circonstances propres à la
stimulation. Les actes de savoir-faire sont
construits par déploiement sériel de sub-routines constitutives.
L'apprentissage a pour fonction de modeler et corriger ces
constructions eu égard aux contraintes propres à chacune des tâches
en particulier. L'exercice d'apprentissage en vue de combinaisons
d'actes constitutifs à des fins déterminées intervient pour une
large part dans le jeu.
Développement et
structure du savoir-faire
Dès
l'instant où il y a libération de l'attention, une nouvelle
configuration apparaît.
Acquisition de la complémentarité des deux mains : Il n'y a pas,
pour l'essentiel, amélioration progressive des approches mais, au
contraire, accroissement de l'habileté avec laquelle les enfants
accomplissent des routines anciennes. L'apprentissage consiste,
semble-t-il, à asseoir ou perfectionner. Etant donné l'intention de
prendre un objet, il faut attendre qu'un certain niveau de
savoir-faire soit atteint pour que la nécessité du recours aux deux
mains soit perçue.
Le rôle de l'interaction de tutelle dans la résolution de problème
Nature du processus de tutelle, moyens grâce auxquels un adulte ou
un spécialiste vient en aide à quelqu'un qui est moins adulte ou
spécialiste que lui. Les interactions de tutelle sont une
caractéristique primordiale de la prime enfance et de l'enfance.
Notre espèce, paraît être la seule dans laquelle il y ait une
tutelle intentionnelle. Ce qui distingue l'homme comme espèce n'est
pas seulement sa capacité d'apprendre mais également celle
d'enseigner. L'enfant, confronté à de nouveaux défis, doit faire
correspondre des moyens à des fins. Lorsqu'on tient compte du
contexte social, on le considère d'ordinaire comme une occasion
d'être en présence d'un modèle et d'imiter. Mais l'intervention d'un
tuteur peut comporter beaucoup d'autres apports. La compréhension de
la solution doit précéder sa production.
Les
enfants les plus jeunes, quoique capables de reconnaître les
propriétés d'une solution correcte, avaient besoin d'être conduits à
essayer d'accomplir la tâche pour s'instruire grâce à la
reconnaissance des solutions correctes. Bien réalisé, le soutien
commence par une séduction de l'enfant pour l'amener à faire les
actions qui produisent des solutions reconnaissables-pour-lui. Le
rôle de tutrice est en grande partie un rôle d'incitation à la
tâche. Là où le tuteur excelle ou se fourvoie c'est dans le fait
d'être capable d'engendrer des hypothèses sur les hypothèses de
celui qui apprend et de converger souvent sur elles. Le tuteur
efficace doit être attentif à deux modèles théoriques au moins. L'un
est la théorie de la tâche ou du problème et de la manière dont il
peut être mené à bien. L'autre est une théorie sur les
caractéristiques de performance de son élève.
La conscience, la parole et la "zone proximale"
Les
systèmes de signes disponibles pour l'enfant, et en particulier le
langage, sont essentiels pour la prise de conscience. L'enfant
dépend d'abord de la conscience d'autrui jusqu'à ce qu'il devienne
capable de représenter ses propres actions à l'aide d'un système de
signes. Etre conscient c'est tout d'abord être social, et le
développement de la conscience chez l'enfant nécessite de ce point
de vue sa participation dans des interactions avec les autres. Il
ne faut pas dire que le comportement est déterminé par la culture,
mais que la culture fournit le cadre de l'interprétation du
comportement.
Le
langage n'est pas un outils ordinaire, mais un outil qui entre dans
la constitution même de la pensée et des relations sociales. Pour
Piaget, le langage est un système "paresseux" qui ne ferait que
relater la pensée. Pour que le langage puisse intervenir dans la
constitution de la pensée, il faut qu'il fournisse à l'enfant
certains processus qui permettent à la pensée de se transformer en
des systèmes de signes. |