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Les niveaux de correspondance

 
 

Les comparaisons globales : niveau de correspondance perceptive

Lors de ce niveau, l'enfant ne comprend pas la proposition selon laquelle la relation entre la longueur de la rangée et les intervalles entre les jetons composant la rangée, détermine la conservation de la collection alors que les deux dimensions en jeux peuvent varier. A cause de l'incompréhension de cette relation, l'enfant n'est pas encore capable d'admettre la conservation d'une collection qui peut varier topographiquement.

Lorsqu'on demande à un enfant du stade pré-opératoire de donner la même quantité de jetons qu'il en a dans la rangée modèle, celui-ci ne fonde ses évaluations que sur l'une ou l'autre dimension pertinente de la collection, soit la longueur (dépassement) soit la densité (caractère plus ou moins serrés) des jetons, sans coordonner celles-ci entre elles. Il procède donc par tâtonnements pour forer une correspondance plus ou moins exacte. En effet, pour décrire la collection, l'enfant ne conçoit les termes " plus ", " égal ", " moins ", " serré ", "espacé ", etc..., qu'isolément sans les coordonner entre eux dans une relation multiplicative entre les différentes dimensions et ne peut ainsi pas évaluer correctement la conservation de la quantité de jeu. Nous pouvons donc aisément comprendre que pour le jeune enfant la correspondance terme à terme ne suffit pas pour entraîner l'équivalence durable des collections, du moins lorsque la configuration perceptive globale est modifiée.

Tant que l'enfant ne considère qu'une dimension du problème à la fois, la collection de jetons ne constitue qu'une unité dissociable ne permettant qu'une évaluation globale de la quantité mais dès (au dernier niveau) qu'il prendra en compte aussi bien la longueur que la densité des rangées, la collection sera perçue comme un ensemble composé de parties individuelles. L'enfant à ce niveau ne fonde donc ses jugements quantitatifs (correspondance numérique) que sur la perception qualitative de l'ensemble de la collection (similitude ou différence topographique) et non sur ses éléments constitutifs. Cette manière de concevoir les choses (prédominance du domaine perceptif) démontre une irréversibilité presque complète de la pensée car celle-ci ne permet pas encore des opérations (au sens piagétien).

L'évaluation par correspondance intuitive sans équivalence durable

Après n'avoir considéré le problème que du seul point de vue de la longueur, les enfants commencent, lors de ce niveau, à considérer la densité de la collection. La centration successive sur les deux quantités entraîne des contradictions (qui ne perturbaient pas l'enfant auparavant) que l'enfant essaie de résoudre en cherchant à tenir compte des deux points de vue à la fois. Lorsqu'on demande aux enfants de mettre autant d'éléments que dans la rangée modèle, d'emblée ils font une correspondance terme à terme correcte, pourtant, il suffit que la correspondance ne soit pas directement perceptible pour qu'ils cessent de croire à l'équivalence quantitative des deux collections (l'enfant reste soumis à l'intuition perceptive). L'enfant de ce niveau ne peut affirmer la conservation durable faute de coordination entre les jugements successifs. Pourtant, s'il ne croit pas encore qu'une figure transformée soit équivalente, quant à la quantité d'éléments (nombre) et à sa forme initiale, il admet (grand progrès à ce niveau) que l'on peut retrouver cette égalité lors d'un retour en arrière empirique. Ainsi l'enfant caractéristique de ce niveau est capable d'admettre la renversabilité mais ne comprend pas encore la réversibilité opératoire. Au fur et à mesure que l'enfant sera de plus en plus dérangé par ses jugements successifs contradictoires (à la fin de la période des opérations concrètes) et que la renversabilité progressera, l'image mentale et les perceptions intuitives vont être abandonnées pour laisser la place à une logique ayant le principe de non-contradiction et la réversibilité.

La correspondance opératoire

Avec l'avènement du stade du développement des opérations concrètes, les jugements de l'enfant ne se basent plus sur les perceptions simples mais sur des inférences et des déductions logiques. Lorsque la correspondance entre les deux collections s'affranchit de ses limites perceptives, celle-ci demeure constante dans l'esprit de l'enfant quelque soit la configuration de la collection. Ainsi, la correspondance exprime aussi bien l'égalité numérique que la conservation du nombre et non plus seulement l'équivalence qualitative (topographique). Les deux dimensions qui étaient (aux niveaux précédents) envisagées soit séparément soit successivement, sont maintenant envisagées simultanément et sont multipliées l'une par l'autre. Les actions et opérations de ce niveau forment dorénavant un système d'ensemble dont la réversibilité est source de constance.

L'épreuve de la conservation du nombre est composé de trois items visant à dégager les différents niveaux (et les arguments utilisés pour chacun d'eux) de la construction opératoire du nombre :

· Item 1 : Lignes - écartement.

· Item 2 : Cercles - écartement.

· Item 3: Quotité ou quantité. 

Le matériel clinique utilisé est composé de 16 jetons roses, de 16 jetons verts et d'un cache (utilisé uniquement lors du 3ème item). Chaque item est subdivisé en 3 sous- parties :

a) Situation de départ :

Cette première partie vise à tester la capacité de l'enfant à créer une correspondance terme à terme à partir du modèle tout en respectant le nombre et la disposition (soit en lignes pour les Items 1 & 3 soit en cercle pour l'Item 2 ), ainsi que sa capacité à concevoir comme équivalents le modèle et sa copie.

b) Transformation : 

Après avoir observé une transformation (effectuée par l'expérimentateur ) du modèle, l'enfant doit se prononcer (en se justifiant) sur la conservation ou non de la quantité en jeu.

Transformations effectuées:

Items 1 et 3 :



 

L'expérimentateur dispose 7 jetons verts en ligne (ou en cercle dans l'item 2), puis l'enfant doit (avec des jetons roses) recréer la correspondance terme à terme. Ensuite l'expérimentateur, après avoir vérifier que l'enfant accepte l'équivalence numérique des deux lignes (cercles), espace les jetons de l'enfant et lui re-pose la question de conservation du nombre.

Item2 : Dans cet item testant la quotité, l'expérimentateur dispose 8 jetons roses en cercle et demande à l'enfant de le recréer avec des jetons verts. Après avoir vérifié la conservation pour cette configuration, l'expérimentateur fait un tas de ses jetons pour voir si les arguments de conservation du nombre de l'enfant résistent à cette grande différence perceptive.

Ces transformations visent à briser la perception (configuration) qualitative des collections en jeu ainsi que de permettre à l'expérimentateur de constater si l'enfant lui offre des raisonnements réversibles et conservant (affirmer l'équivalence malgré la transformation) ou pas. Selon le jugement qu'émet l'enfant, l'expérimentateur lui donne un contre-argument afin de tester la solidité de son jugement et de lui offrir une centration différente.

c) Retour à la situation de départ :

Cette dernière partie de retour en arrière empirique cherche à tester la renversabilité de l'enfant et voir si celui-ci admet la conservation ou non lorsqu'on annule la transformation. De plus cette sous-partie permet d'observer la réaction de l'enfant quant à ses jugements successifs contradictoires (dans le cas d'un enfant non conservant).

Les Items 1&2 testent les mêmes notions mais par rapport à des configurations différentes (lignes, cercle). On pourrait s'étonner alors de la présence du deuxième item mais en plus de la configuration différente qu'il offre (donc de la perception différente qu'il impose) sa position dans l'ensemble de l'épreuve (2ème) peut amener un enfant intermédiaire à comprendre tout à coup la notion qui lui était restée incomprise au 1er item. L'item 3, quant à lui, vise à distinguer les notion de quantité et quotité. En effet, un enfant peut compter le même nombre de jetons (avoir la quotité) dans les deux rangées mais affirmer que celles-ci ne contiennent pas la même quantité de jetons ! Dans ce cas-là, l'enfant est considéré comme n'ayant pas la conservation durable.

 

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Sources

-  Site TECFA de l'Université de Genève, La conservation du nombre.

Bibliographie

 - Piaget, J. & Szeminska, A. (1964), " La Génèse du Nombre chez L'enfant", Delachaux et Niestlé, Suisse. Ed. originale 1941. Chapitre IV: La correspondance spontanée et la détermination de la valeur cardinale des ensembles (pp.98-131).

- Piaget, J. & Szeminska, A. (1972), " La Génèse du Nombre ", Delachaux et Niestlé, Neuchatel, Suisse.

- Piaget, J. & Inhelder, B. (1966), " La Psychologie de L'enfant ", PUF, Paris.

- Vingh Bang (1988), " Textes Choisis ", Université de Genève, FAPSE. La méthode clinique et la recherche en psychologie de l'enfant

 

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