Lorsque
l'enfant a atteint le stade des opérations concrètes,
deux
types d'opérations apparaissent :
-
Les
opérations logico-mathématiques
: elles organisent les quantités, les objets
discontinus et sont fondées
sur les différences entre les
éléments, leurs ressemblances ou
leurs équivalences. Elles
conduisent aux notions de sériations,
de
classification et de nombre.
-
Les
opérations infra-logiques:
elles portent sur les quantités continues
et sont fondées sur les voisinages
et les
séparations. Elles amènent
aux notions
d'espace, de temps,
de
constitution de l'objet en
tant que tel, et sont à l'origine
de la mesure.
Les structures des opérations concrètes, ou groupements, sont en
fait des
systèmes de transformations mais ne pouvant être effectuées que
par rapport à un invariant. Au stade qui nous intéresse, la
conservation de ces invariants est l'un des meilleurs critères de l'opérativité
de l'enfant. Les épreuves
piagétiennes permettent justement
d'évaluer si l'enfant a acquis ce
critère de conservation ou pas. Si
c'est le cas, au
stade opératoire, lorsque l'on soumet un enfant à une épreuve, celui-ci
maintient l'invariance de la quantité quelque soient les transformations apportées. Pour
cela, il utilise des arguments
solidaires qui sont soit :
-
L'argument
d'identité : ex : "
C'est pareil
parce qu'on a rien ajouté ni
enlevé. ".
-
L'argument
de
réversibilité : ex : "
on peut
refaire la boulette B pour qu'elle
redevienne comme la boulette. A.".
-
L'argument
de compensation : ex : "
C'est pareil
parce que B est plus long mais
plus mince et que A est plus court
mais plus gros.".
Nous allons maintenant voir les différents concepts auxquels nous
amènent les opérations
logico-mathématiques :
La classification
Il s'agit de classer les objets, de les grouper, selon leurs
critères communs. Le développement de cette notion chez l'enfant se fait selon un
processus de différenciation et de
coordination simultané entre la
compréhension et
l'extension des classes. La
compréhension étant ce qui rassemble les caractères communs s'appliquant aux
objets qui composent une classe et
l'extension étant ce qui concerne l'ensemble des objets auxquels s'appliquent
les caractères communs. Le processus
cité ci-dessus permet d'acquérir la
notion de l'inclusion logique des
parties dans le tout. Cette dernière
suppose la conservation de la classe
totale, c'est-à-dire une
quantification exacte et durable des
relations entre la classe totale et
les sous-classes qui la composent.
L'épreuve piagétienne souvent
utilisée pour illustrer cette notion
est l'épreuve de quantification de
l'inclusion.
Ex : avec les fleurs et des primevères : s'il y a un bouquet de 6
fleurs et 6 primevères, il faut que
l'enfant comprenne qu'il y a plus de
fleurs que de primevères à la
question " Y a t' il plus de
primevères ou plus de fleurs ?
"puisque les primevères font
également partie de la classe des
fleurs. Cette notion n'est pas
évidente pour l'enfant, il n'est pas
facile de comprendre que la partie
est plus petite que le tout.
La sériation
Il s'agit d'une construction dont le critère est la compréhension
de la
transitivité.
Ex : avec 10 bâtonnets de longueurs différentes : avant le stade
des opérations concrètes, l'enfant
fait des couples de 2 ou 3 bâtonnets
ou alors il arrive à faire un ordre
croissant mais par tâtonnement. Une
fois arrivé à ce stade, il comprend
que si A<B et Que B<C alors A>C ;
c'est ce phénomène qui est appelé la
transitivité. Ainsi l'enfant arrive
à construire du premier coup la
série A<B<C<D<E<F... en utilisant
une méthode systématique.
La construction du nombre
Avant sept ans environ, l'enfant
n'a pas une notion opératoire du
nombre et il n'arrive pas à la
conservation des ensembles
numériques. Par exemple si l'on place 5 jetons avec 5 autres jetons en
correspondance terme à terme et
qu'ensuite on réparti l'une des
lignes en 2 + 3, un enfant
pré-opératoire pensera que la
quantité de celle-ci a changé et il
maintiendra cette inégalité même si
dans les deux cas il y a 5 jetons.
C'est l'acquisition des structures
de classification et de sériation
qui permettent à l'enfant d'accéder
à la conservation du nombre et à
comprendre qu'un nombre n'existe pas
seul mais qu'il fait partie d'un
système, d'une suite de nombres. Les
concepts suivants font partie des
opérations dites
infra-logiques.
Les opérations infra-logiques
L'espace
A partir du stade opératoire, l'espace euclidien et l'espace
projectif se constituent. Ils se
construisent ensemble mais
parallèlement l'un à l'autre et sont
tous deux dérivés de l'espace
topologique ; le premier espace se
constituant du stade sensori-moteur.
L'espace topologique est inhérent à l'objet, il en exprime les propriétés intrinsèques
; il constitue les objets eux-mêmes
avec leur propre espace.
L'espace projectif et l'espace
euclidien situent les objets et leurs configurations selon un ensemble ;
c'est-à-dire, les uns par rapport
aux autres dans un système de
relations. L'élaboration
projective est le fait que l'enfant coordonne les différents points de vue de
l'objet dans un plan spatial, qu'il
ne les considère plus eux-mêmes mais
par rapport à l'environnement. C'est
dans cet espace que l'enfant
acquière la notion de la droite.
Dans l'élaboration
euclidienne, l'enfant coordonne les objets entre eux par rapport à un axe de
coordonnés stable ; cet axe exige la
conservation des dimensions
attribuées à l'objet. L'acquisition de ces espaces permet à l'enfant d'acquérir notamment
la conservation des surfaces ; alors
qu'auparavant il se basait sur ses
impressions perceptives directes,
l'enfant développe un processus
d'intuition simple, fondé sur la
représentation élémentaire. Ensuite
cette intuition devient articulée,
elle porte sur les transformation
appliquées aux objets.
Le temps
A ce stade, le temps devient
objectif grâce à une construction opératoire. En effet, avant ce stade, le
temps est considéré comme un
temps vécu et est lié à l'action, l'enfant n'a pas de
représentation mentale donc ce temps reste subjectif. La notion de la construction
temporelle repose également sur les
structures que l'enfant a mis en
place précédemment (sériation,
classification...). Toutes les structures que l'enfant acquière à ce stade lui
permettent également d'accéder au
système de mesure et à la notion de
vitesse mais ceci seulement vers la
fin du stade car ces structures
dépendent de celles acquises
antérieurement. Ainsi au stade opératoire l'enfant acquiert une logique qui
s'applique au réel. De plus, ce
stade marque la
domination de l'aspect opératif
de la pensée sur l'aspect
figuratif
et l'enfant arrive à une décentration qui lui permet la
coordination réversible des actions
intériorisées ainsi que la
constitution de systèmes opératoires
de transformations ayant des
invariants. En effet, les
régulations représentatives du stade
pré-opératoire deviennent générales
et déductives ; l'enfant parvient
aux opérations. Pour y arriver il
passe par un tâtonnement puis
l'itération des mêmes actions lui
permet, par exemple dans la
sériation, de classer rapidement des
bâtons en se basant sur la
transitivité. Il s'agit ici de
relation additive. Et lorsque
l'enfant tient compte de deux
dimensions, par exemple la longueur
et la grosseur, on parle alors de
relations multiplicatives ; dès que la décentration est complète, l'enfant est capable de
considérer ces deux dimensions
simultanément et donc de parvenir au
stade des opérations concrètes.
Nous avons vu que l'un des arguments utilisé par l'enfant pour
expliquer la conservation,
l'invariance, est la
réversibilité. Ce concept mérite d'être explicité car il a une grande importance
dans l'évaluation du stade, ou
sous-stade, auquel appartient
l'enfant dans les épreuves
piagétiennes auxquelles il est
soumis.
La réversibilité
La réversibilité est la capacité qu'a l'enfant de concevoir toute
action comme ayant son inverse.
C'est-à-dire que quelles que soient
les transformations sur la forme de
l'objet, la quantité reste identique
et donc, l'objet qui retrouvera sa
forme initiale aura la même
quantité.
La réversibilité est l'un des trois
arguments de la conservation de la
quantité (avec l'identité et la
compensation) et est acquise au
stade Opératoire. A ce moment,
l'enfant s'intéresse aux processus
de transformation et non plus aux
états qui lui paraissent distincts.
Il va se préoccuper des deux
dimensions de l'objet.
Par exemple, lorsque Piaget montre
deux boules de pâte à modeler de
quantité identique et qu'avec une il
fait un saucisson, l'enfant va dire
qu'il n'y a pas de changement de
quantité car la longueur est
compensée par l'étroitesse. La
réversibilité implique donc la
réciprocité et l'inversion de
l'action.
Il ne faut pas confondre réversibilité avec renversabilité. La
renversabilité est une notion
appartenant à la
période
Pré-Opératoire. L'enfant
de ce stade développemental n'a pas
encore acquis la conservation de la
quantité. Il ne considère qu'une
seule dimension de l'objet ou
parfois deux mais sans toutefois les
coordonner. Néanmoins, il sait
intuitivement que si l'objet
transformé revient à sa forme
initiale, il aura la même quantité
qu'avant la transformation. Si l'on
reprend l'exemple précédent,
l'enfant pensera que le saucisson
est plus grand car il est plus long
soit qu'il est plus petit car il est
plus étroit ; donc selon lui les
quantités auront changé. Cependant,
l'enfant saura que si l'on remet le
saucisson dans sa forme initiale,
les deux boules auront à nouveau la
même quantité.
Dans les pages suivantes, nous analyserons l'épreuve piagétienne de
la
conservation du nombre. En effet, cette épreuve permet d'illustrer plusieurs points
importants du développement cognitif
de l'enfant. Avant environ
sept ans, l'enfant ne parvient
pas à une notion opératoire (action évocable en pensée et réversible) du nombre. Il est
capable d'apprendre verbalement une
suite de nombres (quotité)
cependant ceci n'implique pas qu'il
accède à la conservation des
ensembles numériques. Par exemple,
un enfant ayant mis en
correspondance cinq jetons avec cinq
autres, croira qu'une des rangées
transformée (plus espacée) aura plus
de jeton que l'autre car elle lui
paraîtra plus grande.
La non-conservation du nombre est
due au fait que l'enfant se centre
successivement sur les différentes
configurations de l'objet sans les
relier entre elles. Après sept ans (environ) l'enfant parvient à l'idée opératoire du
nombre en s'appuyant sur deux
structures opératoires qui se
constituent en même temps :
les structures de la logique de la
classification et de la
sériation. Ce n'est donc qu'à partir du moment où l'enfant parvient à
compenser les transformations en
jeu, c'est-à-dire à les relier en un
système unique et solidaire, qu'il
admet la conservation. Ainsi, le
nombre se construit de façon
opératoire à partir d'un niveau de
non-conservation.
Dans sa théorie, Piaget distingue trois niveaux dans la genèse du
nombre correspondant à trois étapes
exprimant le passage des opérations
qualitatives aux opérations
quantitatives (de nombre). Cette
évolution vers une conservation
opératoire du nombre se déroule de
la période pré-opératoire au stade
des opérations concrètes lors
desquelles se succèdent dans
l'ordre, une évaluation perceptive
globale, une correspondance sans
équivalence durable et une
correspondance numérique maintenue
grâce à la fermeture de la logique
(et des arguments qu'elle implique).
Nous verrons dans la page suivante
ce qu'il en est de la
correspondance.