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Sommaire >>> Psychologie, divers travaux

Herméneutique spontanée de la fausse croyance chez les enfants de trois à six ans

 
 

Introduction

Avant de voir en quoi exactement consiste le travail de Bradmetz nous allons revenir sur quelques notions qu'il éclaire au début de son article. Notons d'entrée qu'avoir une copie de l'article en question est quasi indispensable à la compréhension de cette page. Il existe une causalité mentale pour l'explication des conduites, l'esprit peut être étudié indépendamment du cerveau et que les organisation mentales possèdent une structure et une dynamique propres et irréductibles. L'explication d'un phénomène passe par la recherche de ses causes, mais parmi elles il faut sélectionner certains déterminants finaux. La théorie de l'esprit se propose d'expliquer la conduite au moyen d'entités abstraites constitutives de l'Intentionnalité (avec un I majuscule pour distinguer les Intentions (les états mentaux en général) des intentions (les buts et projets d'action)) (voir les travaux de Searle (1992) pour plus de détails). Les psychologues s'intéressent au comment de la distinction entre la réalité et la représentation. La théorie de l'esprit repose donc sur la double hypothèse de l'existence et du pouvoir causal des états mentaux. Elle suppose simplement qu'il existe quelque chose qui correspond à des désirs et des croyances, qui a un pouvoir fonctionnel réel, qui permettent de décrire et de prédire correctement certains états du monde. Bradmetz propose ici divers exemples notamment un repris de Davidson (1993) pour qui une action s'explique par un désir et une croyance envers cette action particulière. Il existe une raison primaire de l'action. Nous n'entrerons pas ici dans le détails. Le débat s'applique-t-il aux sciences humaines ? Celles-ci sont en effet fondées sur la compréhension, sur le sens, qui dépendent d'un contexte et non de causes précises ! Les lois qui régissent le monde physique ne sont pas les mêmes que celles qui régissent le comportement. Il y a une sorte d'instabilité de la réponse psychologique, elle peut ne pas toujours être la même (selon l'exemple de Engel, on peut aller à la messe pour faire plaisir à sa mère, mais on peut y aller pour d'autres raisons et on peut faire plaisir à sa mère autrement, ce n'est pas parce que l'on a utilisé ce procédé une fois qu'on va l'utiliser dans l'avenir ou que d'autres vont l'utiliser).

Hypothèses

Bradmetz pose deux hypothèses:

- Si l'enfant rend bien compte des actions au travers du cadre désir-croyance et que celui-ci est révolutionné vers l'âge de cinq ans avec l'élaboration de la croyance alors les enfants en dessous de cinq ans ne peuvent recourir qu'au désir comme cause (ou à la matérialité) et non à la croyance.

- On suppose que savoir est acquis avant croire, Bradmetz pense plutôt qu'il y a un parallélisme entre les deux termes. Donc, selon son système, les justifications des conduites feront appel à l'un ou à l'autre, en grande partie à cause de la situation et de l'action dont il faut rendre compte et non en raison du niveau de développement conceptuel.

Procédure

Sujets

96 enfants de 3 ans à 6 ans et demi. Ils sont issus de milieux socio-culturels divers.

Situation

Faire observer à l'enfant une scène et lui faire motiver le comportement (basé sur une fausse croyance) de l'un des protagonistes. Les auteurs ont d'abord songés à utiliser la vidéo (des dessins animés truffés de fausses croyances), mais le rythme et l'action des dessins animés rend inaccessible aux plus petits les fausses croyances et les stratagèmes ou autres tromperies. Ils ont donc décidé de projeter quatre courts films, clairs, lents et centrés sur le comportement à expliquer. Quatre bandes vidéos ont été construites et projettent les films dans des ordres divers à quatre groupes de 24 enfants.

Résultats

Quatre axes ont retenus les chercheurs : 1) le classement des réponses 2) la relation entre la situation et l'argumentaire 3) l'évolution des réponses avec l'âge 4) la variabilité des profils intra-individuels de réponses.

1) Les justifications fournies par les enfants à leur réponse spontanée portent généralement sur une seule motivation, ils ne cherchent pas à multiplier les explications. Les auteurs ont réparti les réponses en huit catégories; L'enfant explique le comportement de l'acteur en lui attribuant: fausse croyance (utilisation du verbe croire), ignorance (savait pas), privation d'information visuelle, justification par un désir, justification par un état intérieur (disposition à agir autre que désir ou volonté : exemple: avoir soif, être fatigué, être méchant), évocation de l'état du monde (ce qui a changé dans le monde et qui a causé l'action), digression-fabulation-confusion (incompréhension de la situation par l'enfant), paraphrase-répétition-assimilation, une dernière catégorie regroupe les non-réponses (silence, "je ne sais pas", "parce que").

2) Chaque situation est reliée préférentiellement à un type d'argument pour justifier la conduite de l'acteur.

3) Le procédé utilisé par les auteurs permet d'établir des comparaisons mais pas d'établir des normes. Les résultats des travaux confirme l'idée d'une précocité de la psychologie du désir sur celle de la croyance. Notons que lorsque les petits justifient l'action par le désir, ils omettent la mention de l'échec de l'action.

4) Peu de sujets concentrent l'ensemble de leurs réponses dans la même catégorie (17 sur 96). Une des raisons est à relier aux situations.

Discussion

1) Aucun enfant ne paraît choqué par la demande d'explication, ce qui confirme une tendance spontanée à l'explication (théorie de l'interprétation spontanée).

2) L'expérience ne montre pas de basculement général dans les explications faisant appel à la croyance, l'attribution de fausse croyance varie sur un intervalle de plusieurs années.

3) Les différences entre les réponses de croyance, d'ignorance ou de privation visuelle portent sur les fréquences d'un item ,ais pas sur les âges moyens de production. La fausse croyance n'occupe pas le rôle central que l'on pourrait supposer. C'est un argument pour plaider en faveur d'un développement parallèle et progressif des emplois de croire et de savoir.

 

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Résumé de l'article de Bradmetz, J. (1999): Herméneutique spontanée de la fausse croyance chez les enfants de trois à six ans. Dans Archives de psychologie, Volume 67, No 261, pp. 71-95.

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