Introduction
Avant
de voir en quoi exactement consiste le travail de Bradmetz nous
allons revenir sur quelques notions qu'il éclaire au début de son
article. Notons d'entrée qu'avoir une copie de l'article en question
est quasi indispensable à la compréhension de cette page. Il existe une causalité mentale pour l'explication des
conduites, l'esprit peut être étudié indépendamment du cerveau et
que les organisation mentales possèdent une structure et une
dynamique propres et irréductibles. L'explication d'un phénomène
passe par la recherche de ses causes, mais parmi elles il faut
sélectionner certains déterminants finaux. La théorie de l'esprit se
propose d'expliquer la conduite au moyen d'entités abstraites
constitutives de l'Intentionnalité (avec un I majuscule pour
distinguer les Intentions (les états mentaux en général) des
intentions (les buts et projets d'action)) (voir les travaux de
Searle (1992) pour plus de détails). Les psychologues s'intéressent
au comment de la distinction entre la réalité et la représentation.
La théorie de l'esprit repose donc sur la double hypothèse de
l'existence et du pouvoir causal des états mentaux. Elle suppose
simplement qu'il existe quelque chose qui correspond à des désirs et
des croyances, qui a un pouvoir fonctionnel réel, qui permettent de
décrire et de prédire correctement certains états du monde. Bradmetz
propose ici divers exemples notamment un repris de Davidson (1993)
pour qui une action s'explique par un désir et une croyance envers
cette action particulière. Il existe une raison primaire de
l'action. Nous n'entrerons pas ici dans le détails. Le débat
s'applique-t-il aux sciences humaines ? Celles-ci sont en effet
fondées sur la compréhension, sur le sens, qui dépendent d'un
contexte et non de causes précises ! Les lois qui régissent le monde
physique ne sont pas les mêmes que celles qui régissent le
comportement. Il y a une sorte d'instabilité de la réponse
psychologique, elle peut ne pas toujours être la même (selon
l'exemple de Engel, on peut aller à la messe pour faire plaisir à sa
mère, mais on peut y aller pour d'autres raisons et on peut faire
plaisir à sa mère autrement, ce n'est pas parce que l'on a utilisé
ce procédé une fois qu'on va l'utiliser dans l'avenir ou que
d'autres vont l'utiliser).
Hypothèses
Bradmetz pose deux hypothèses:
- Si l'enfant rend bien compte des
actions au travers du cadre désir-croyance et que celui-ci est
révolutionné vers l'âge de cinq ans avec l'élaboration de la
croyance alors les enfants en dessous de cinq ans ne peuvent
recourir qu'au désir comme cause (ou à la matérialité) et non à la
croyance.
- On suppose que savoir est
acquis avant croire, Bradmetz pense plutôt qu'il y a un
parallélisme entre les deux termes. Donc, selon son système, les
justifications des conduites feront appel à l'un ou à l'autre, en
grande partie à cause de la situation et de l'action dont il faut
rendre compte et non en raison du niveau de développement
conceptuel.
Procédure
Sujets
96 enfants de 3 ans à 6 ans et demi. Ils
sont issus de milieux socio-culturels divers.
Situation
Faire observer à l'enfant une scène et
lui faire motiver le comportement (basé sur une fausse croyance) de
l'un des protagonistes. Les auteurs ont d'abord songés à utiliser la
vidéo (des dessins animés truffés de fausses croyances), mais le
rythme et l'action des dessins animés rend inaccessible aux plus
petits les fausses croyances et les stratagèmes ou autres
tromperies. Ils ont donc décidé de projeter quatre courts films,
clairs, lents et centrés sur le comportement à expliquer. Quatre
bandes vidéos ont été construites et projettent les films dans des
ordres divers à quatre groupes de 24 enfants.
Résultats
Quatre axes ont retenus les chercheurs :
1) le classement des réponses 2) la relation entre la situation et
l'argumentaire 3) l'évolution des réponses avec l'âge 4) la
variabilité des profils intra-individuels de réponses.
1) Les justifications fournies par les
enfants à leur réponse spontanée portent généralement sur une seule
motivation, ils ne cherchent pas à multiplier les explications. Les
auteurs ont réparti les réponses en huit catégories; L'enfant
explique le comportement de l'acteur en lui attribuant: fausse
croyance (utilisation du verbe croire), ignorance (savait pas),
privation d'information visuelle, justification par un désir,
justification par un état intérieur (disposition à agir autre que
désir ou volonté : exemple: avoir soif, être fatigué, être méchant),
évocation de l'état du monde (ce qui a changé dans le monde et qui a
causé l'action), digression-fabulation-confusion (incompréhension de
la situation par l'enfant), paraphrase-répétition-assimilation, une
dernière catégorie regroupe les non-réponses (silence, "je ne sais
pas", "parce que").
2) Chaque situation est reliée
préférentiellement à un type d'argument pour justifier la conduite
de l'acteur.
3) Le procédé utilisé par les auteurs
permet d'établir des comparaisons mais pas d'établir des normes. Les
résultats des travaux confirme l'idée d'une précocité de la
psychologie du désir sur celle de la croyance. Notons que lorsque
les petits justifient l'action par le désir, ils omettent la mention
de l'échec de l'action.
4) Peu de sujets concentrent l'ensemble
de leurs réponses dans la même catégorie (17 sur 96). Une des
raisons est à relier aux situations.
Discussion
1) Aucun enfant ne paraît choqué
par la demande d'explication, ce qui confirme une tendance
spontanée à l'explication (théorie de l'interprétation
spontanée).
2) L'expérience ne montre pas de
basculement général dans les explications faisant appel à la
croyance, l'attribution de fausse croyance varie sur un
intervalle de plusieurs années.
3) Les différences entre les
réponses de croyance, d'ignorance ou de privation visuelle
portent sur les fréquences d'un item ,ais pas sur les âges
moyens de production. La fausse croyance n'occupe pas le rôle
central que l'on pourrait supposer. C'est un argument pour
plaider en faveur d'un développement parallèle et progressif
des emplois de croire et de savoir.