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Sommaire >>> Les méthodes en psychologie

L'observation

 
 

Introduction

Il y a observation quand on constate des événements qui se présentent à nous spontanément. En psychologie, l'observation se porte sur le comportement, les conduites et fréquemment l'observateur est amené à utiliser des instruments d'observation. Communément, la pratique de l'observation ne nécessite pas d'avoir une hypothèse. Cependant, le domaine de la psychologie ne peut se contenter d'une telle situation. Ainsi, dans le cadre d'une psychologie scientifique, l'observation nécessite des hypothèses explicitées. Tout aussi indispensable, l'observation doit s'inscrire dans un cadre où les faits observés puissent être également observés par quiconque qui le souhaiterait, en d'autres termes, il est nécessaire que le cadre d'observation permette une observation répétable, donc contrôlable. Observer c'est, étymologiquement, se mettre devant. Ainsi observer quelqu'un c'est le prendre comme "objet". L'observation en sciences humaines est une observation de l’homme par I'homme. À partir de cette proposition ne peuvent que se développer des approches et des procédures diverses, car elle entraîne un rapport double qui pose maintes questions, pour celui qui observe comme pour celui qui est observé. L'observation comporte l'observateur, l'observé, le destinataire, leurs places et leurs déplacements, comme les relations entre eux, envisagés dans l'espace et le temps de leur rencontre. La méthode d'observation est un travail de décomposition-recomposition de la perception et des rapports ordinaires, tels qu'ils sont institués dans les modes d'observation construits à des fins scientifiques. Envisager l'observation comme un processus, c'est la considérer comme un ensemble de phénomènes auquel on peut assigner une unité, et que l'on peut considérer comme actif et organisé dans le temps. Une telle conception conduit à sortir de la logique habituelle, pour laquelle l'observation est morcelée, en étant considérée tantôt comme une méthode, tantôt comme un temps dans une démarche de recherche, ou encore comme un lot d'informations collectées. Car c'est plutôt la prise en compte de l'intrication de ces divers aspects qui nous paraît constituer la spécificité d'une observation construite. Observer c'est donc s'accaparer certains éléments du réel et en ignorer d'autres. Cependant, bien que l'objectif autour duquel s'organise l'observation oblige à la restriction, il permet également d'optimiser et de mieux circonscrire l'objet d'étude. La qualité des informations recueillies n'en sera que meilleure. Ainsi on comprend qu'observer c'est abstraire, c'est dégager certaines propriétés et en ignorer d'autres, il faudra donc faire une mise en ordre, une classification. Ainsi, l'on observe dans un but précis, que ce soit pour mieux connaître, pour contrôler, pour dégager des hypothèses ou simplement "pour voir". Le processus d'observation s'inscrit également dans un cadre théorique de référence qui est largement déterminant en ce qui concerne la conception même de l'acte d'observer.

Différentes manière de parler de l'observation

- On peut parler d'observation en tant que méthode clinique. On parle ainsi de méthode d'observation lorsque l'on fait appel à l'observation du comportement au cours de l'exécution de tests (méthode utilisée par Piaget lors de ses études sur les comportements de l'enfant).

- On peut parler d'observation en opposition à l'expérimentation. L'observation sera alors une phase de la recherche visant à se familiariser avec une situation ou un phénomène afin de faire surgir une hypothèse.

- On pourrait parler de technique d'observation lorsque l'on est chercheur et que l'on recueil des informations à l'aide d'un ou plusieurs observateurs (ou à l'aide de questionnaire).

- On peut parler de l'observation comme d'un résultat : lorsque l'observation est le résultat codé de l'acte d'observer suivi de l'acte d'interpréter.

Fonction de l'observation

L'observation est un processus qui a comme fonction première de recueillir de l'information sur  un objet en fonction d'un objectif. L'observation, scientifiquement parlant, est bien un processus et non un simple mécanisme (comme la photographie).  Il faut d'abord :

- un acte d'attention (qui peut avoir différents degrés, pour preuve la richesse du vocabulaire français : percevoir, apercevoir, entrevoir, regarder, considérer, lorgner, guetter, viser...).

- un acte intelligent : dans son champ perceptif l'observateur sélectionne un petit nombre d'informations pertinentes.

L'observation scientifique est un processus orienté par un objectif terminal ou organisateur du processus d'observation lui-même. Elle fait appel à une mobilisation de l'attention, à une sélection parmi les stimuli perçus, un recueil des informations sélectionnées et leur codage. L'observation porte sur des faits quand l'attention est portée sur des comportements, des caractéristiques de la situation, des interactions. Elle porte sur des représentations lorsqu'elle vise à recueillir des opinions, d'accorder des significations ou des causes à des façons de percevoir. L'observation est une perception préméditée et éclairée : préméditée car elle est faite dans un but bien défini ; éclairée car elle est guidée par un corps de connaissance.  La psychologie scientifique a comme règle que les observations soient répétables, c'est-à-dire contrôlable (mais attention, certains faits ne sont pas répétables : explosion d'une nova, événement politique, crise émotionnelle... donc ce qu'il faut c'est que les résultats d'observation du même type. Une reproduction exacte est désirable mais pas toujours réalisable). L'interprétation est inévitable dans l'observation. L'exactitude d'une observation n'est jamais garantie.

Fonction descriptive observer pour décrire un phénomène ou une situation.

Fonction évaluative observer pour évaluer

Fonction heuristique = observation invoquée: Pour faire émerger une hypothèse que l'on contrôlera ultérieurement.

Fonction de vérification = observation provoquée: situation provoquée pour vérifier une hypothèse.

Forme de l'observation

L'observation psychologique devient plus systématique lorsqu'elle donne une importance à la cohérence des procédures utilisées et aux résultats obtenus. Cela implique d'établir des conditions bien définies afin que les observations puissent être répétables permettant ainsi des constatations générales appuyées sur la totalité des observations et des comparaisons interindividuelles. La définition précise de ces conditions permet l'exploration la plus objective possible d'un champ d'observation. L'enquête en est un exemple, les techniques utilisées sont bien définies, par conséquent, elles sont appliquées de la même façon à tous les sujets ; les résultats ainsi obtenus peuvent être associés à d'autres résultats fournis par des techniques différentes. La systématisation de l'exploration d'un champ d'observation peut être en fonction non seulement des conditions dans lesquelles se déroule l'observation mais aussi en fonction des résultats auxquels s'attend l'expérimentateur.

- Observation directe : l'observateur est en situation avec les sujets et recueil des données sur le contexte, les comportements, les processus. L'objet y est perceptible.

- Observation indirecte : implique une inférence utilisant des données de l'observation et des hypothèses.

- Observation participante passive : (MEAD) l'observateur est intégré au groupe mais de manière passive.

- Observation participante active : l'observateur a un rôle susceptible de modifier radicalement certains aspects de la vie du groupe

Pour conclure sur ce point notons que la principale critique des psychologues est qu'ils estiment qu'une procédure trop rigide déforme l'information recueillie et détourne l'observateur de faits importants imprévus dans le protocole ne laissant ainsi peu ou pratiquement pas de place à la découverte.

L'observateur

Celui qui observe dégage de la réalité un certain nombre d'informations. Il recueille une quantité d'éléments qui lui paraissent pertinents. C'est un inventaire du réel, et déjà se pose un problème majeur celui de découper la réalité en unités pertinentes ! Pour cette raison mais aussi parce qu'il ne peut tout percevoir, ni tout vouloir observer, l'observateur fait donc un choix; il sélectionne les informations qu'il aura dégagées en fonction d'un objectif final qu'il se doit de déterminer à l'avance; cela est nécessaire s'il ne tient pas, lors du dépouillement, à se retrouver face à une masse d'informations brute dont il ne saura que faire, ou s'il ne veut pas courir le risque que certains éléments importants passent inaperçus parce que mal ciblés. L'observation est un processus dans lequel les habitudes, les attentes, la connaissance scientifique et le savoir-faire de l'observateur jouent un rôle décisif.

Indépendant = observation d'un groupe sans s'y intégrer.

Participant = intégration au groupe observer (ethnologie)

Le matériel

Les instruments sont, avec les nombres, l’un des critères pour définir une méthode scientifique. Mais l’instrument reste un moyen de coder l’information recueillie et de la mettre sous une forme plus facile à l’emploi. Il faut garder à l’esprit que l’instrument n’est donc pas une fin en soi.

La méthode scientifique est caractérisée par l'utilisation d'instruments de mesure et par conséquent d'une forme de quantification du comportement et/ou de la conduite. La psychologie scientifique utilise des instruments de mesures que d'autres disciplines scientifiques, telle que la physique, mettent à la disposition des différentes sciences. En générale, l'instrument de mesure est un moyen de coder l'information relevée afin de la " traduire " en une forme plus facile à analyser permettant ainsi d'en dégager des tendances, des règles. Les matériels d'enregistrement, et surtout leur emploi,  peuvent entraîner différentes formes de réactivité. Les techniques utilisées permettent différentes approches, par exemple "voir sans être vu" ou au contraire diminuer la distance entre observateur et observé. 

Les instruments d'enregistrement physique des observations

Les pionniers de la psychométrie, Wundt et Cattel, pratiquaient déjà l'observation temporelle. Ces mesures portaient le plus souvent sur la mesure des temps de réactions. Aujourd'hui, cette pratique est toujours de mise, cependant elle a acquis une précision extraordinaire notamment grâce à l'avènement de l'électronique et de l'informatique. Les différentes méthodes d'inscription graphique, empruntées aux laboratoires de physiologie, ont permis il y a bien longtemps déjà, l'enregistrement simultané de différentes réactions physiologiques (rythmes cardiaques, EEG) permettant ainsi l'étude de co-variations entre les différentes mesures. Il en est de même pour les appareils photographiques, de cinéma, les magnétophones, magnétoscopes, également utilisés à des fins instrumentales de l'observation psychologique. De nombreuses observations sur le développement des enfants, sur les interactions mère-enfant, ont fait l'objet de films. Gesell a, quant à lui, largement utilisé des observations continues faites par une caméra à déclenchement séquentiel. Nous pouvons également parler des entretiens et des discussions enregistrés sur des bandes magnétiques. Ces méthodes permettent une catégorisation des différents éléments observés, les différentes distributions vont être effectuées par l'observateur. Ces différentes catégories constituent des instruments de partition des ensembles d'observations.

Les tests et les enquêtes

Les tests sont également des outils d'observations. Ils sont accompagnés de protocoles précis permettant ainsi le recueil de données codifiées selon les critères établis. Ainsi, il devient possible de comparer les individus entre eux, de comparer les individus avec des normes descriptives de la population à laquelle ils appartiennent. De nombreux instruments d'observation différents sont utilisés dans les enquêtes : divers tests, questionnaires liés aux attitudes, informations recueillies sur l'habitat, la famille, les écoles, les régions, etc. Toutes les informations recueillies peuvent être utilisées conjointement. Avec les méthodes modernes du traitement des informations, il est aujourd'hui possible de traiter un grand nombre de variables observées sur un large échantillonnage.

Traitement de l'information

Les observations recueillies ne sont généralement pas utilisables dans leurs formes primitives (surtout si l’observation était complexe : apprentissage sensori-moteur chez l’enfant ou une discussion dans un groupe). Si l'observation est transmise en un langage commun sans qu'il y ait de règles bien établies, un protocole d'observation, la comparaison entre individus, groupes, ne peut être établie faute de lieu commun entre les différents observateurs. C'est pourquoi l'observateur a besoin d'un langage bien codifié et n'utilisant qu'un nombre restreint de concepts, chacun extrêmement bien défini et clair. Ce " langage " doit contenir un ensemble de critères permettant à chacun des observateurs de classer leurs observations selon des règles bien définies. Le choix des critères se fait en fonction des hypothèses. L’observateur aura donc besoin d'un langage spécialisé, n’utilisant qu’un nombre limité de concepts donc chacun soit défini de façon explicite. Ce sont des ensembles de classes d’équivalences. Pour les construire on doit décider de certains critères permettant de classifier les observations. Ceci invoque les hypothèses préalables, le choix de certains critères plutôt que d’autres se fait en fonction d’hypothèses sur la structure sous-jacente aux faits observés (ex : Piaget, dans le langage et la pensée chez l’enfant. En recueillant les phrases des enfants en huit catégories).

La formulation des observations en un langage quantitatif

Les méthodes quantitatives en psychologie offrent de nombreuses possibilités, de même elles posent des problèmes qui ne sont pas spécifiques à l'observation. Lorsque l'observation devient plus systématique on utilise davantage des instruments, les résultats des observations sont très souvent traduits sous une forme numérique. Les réserves, les critiques qui ont été soulevées à propos de la systématisation de l'observation sont souvent associées aux critiques qui émanent de l'observation psychologique: la précision de la quantification serait incompatible avec l'imprécision inévitable des observations psychologiques.

Formulation quantitative

La formulation quantitative permet le repérage des régularités dans les observations : il est impossible de relever des régularités par une lecture directe de centaines de données par exemple.

Quantification et précision

Le langage numérique peut exprimer différents degrés d'incertitude ou de certitude. Un psychologue peut observer un nombre d'enfants placés devant un matériel ; il est probable que ces enfants manifestent des comportements différents devant ce matériel, en conséquence, il serait ambigu de faire un pronostic sur le comportement que pourrait avoir un enfant sur ce matériel. Par contre, il est tout a fait possible de catégoriser les comportements observés, d'en compter les effectifs. La quantification a l'avantage de rendre compte de l'incertitude du psychologue. C'est le cas, par exemple, dans le degré d'accord inter-juges, il ne peut être clairement perçu que s'il est exprimé sous forme quantitative.

Système de codage:

- par sélection le codage se fait à partir d'un système ou d'une grille préétablie.

- de production l'observateur produit lui-même son système de codage.

Exemples des recherches

Voir les travaux suivants pour des exemples de recherches faisant appel à l'observation:

Winnykamen, F., Corroyer, D., et Weeger, I., (1982). Relations sociales entre enfants au cours de la troisième année. Bulletin de Psychologie, Tome 35, No 355, pp.407-414.

Bradmetz, J. (1999). Herméneutique spontanée de la fausse croyance chez les enfants de trois à six ans. Archives de psychologie, Volume 67, No 261, pp. 71-95.

Conclusion

La technique d'observation doit donc avant tout être adaptée à l'objectif recherché, de telle sorte que celui-ci soit perceptible. Tout moyen a ses avantages et ses limites. Ainsi la caméra permet de revoir autant de fois que voulu l'objet observé, l'éphémère d'une situation peut donc ainsi être reproduit. Mais en même temps, la vidéo n'offre qu'une vision restreinte du champ d'observation dans certains cas, et une information si dense que la transcription peut en devenir ardue. L'observation est conçue en fonction d'un cadre théorique de référence.

L'observation est destinée à nous faire percevoir différemment les choses, à en avoir une image plus rigoureuse, elle nous apprend à nous détacher de ce qui nous semble familier pour le percevoir autrement. Passer d'une perception simple à une méthode permettant de faire de la recherche. L'observation sera le résultat codé de l'acte d'observer suivi de l'acte d'interpréter. Chaque paramètre de l'observation doit donc être rigoureusement défini et justifié, l'observation étant un processus de base subordonné et intégré dans la démarche plus globale qu'est la méthode expérimentale.

 

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Source

- Reuchlin M., Les méthodes en psychologie, PUF, 10e édition 1995

 

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