Introduction
Cette
étude se propose de montrer que l'enfant commence dès l'âge de deux
ans et demi à utiliser le langage de manière diversifiée en fonction
des différents types de règles internes à la communication et aux
règles sociales relatives aux rapports interindividuels. La demande
est particulièrement appropriée pour mettre cela en évidence.
D'abord parce qu'elle s'exprime sous diverses formes linguistiques
(des plus directs et explicites aux plus indirects et implicites
(impératives vs allusions). On peut aussi y ajouter des formules de
politesse ou des tournures pour la rendre plus acceptable. Une
seconde raison c'est que la demande est formulée pour "faire faire
quelque chose à quelqu'un", donc l'autre est pris en considération :
a-t-on le droit de faire une telle demande à une telle personne
(selon leurs rapports sociaux). Le degré de familiarité sera
l'aspect principal pris en compte dans cette recherche. Cette étude
concerne donc l'ajustement des messages de l'enfant en fonction de
deux composantes de la situation sociale : l'attitude du partenaire
adulte envers la demande et son degré de familiarité.
La demande rencontre différents types
d'échec: l'incompréhension et le refus. L'incompréhension exprime
toutefois une disposition en principe positive à satisfaire la
demande, celle-ci se trouve alors légitimée. Mais lors du refus, le
sujet doit à la fois tenter de faire aboutir sa demande tout en
maintenant l'équilibre de la relation sociale. Divers travaux ont
ainsi montré que dès la fin de la période pré-linguistique (18 mois)
l'enfant adapte la production et la forme de ses demandes en
fonction de l'attitude du partenaire. La nécessité d'ajuster les
messages selon l'attitude de l'interlocuteur et son degré de
familiarité est probablement commune à toutes les cultures, mais le
poids de ces facteurs peut différer en fonction des conventions
sociales spécifiques.
Dans cette expérience la situation
expérimentale de jeu sera destinée à favoriser la production de
demandes d'objet, on y comparera les conduites des enfants français
et des enfants iraniens avec deux types d'interlocuteurs contrastés
du point de vue de leur familiarité (la mère et une
expérimentatrice). La comparaison s'effectue selon conditions: la
satisfaction de la demande (cela permet d'analyser la forme de la
demande initiale) ; la clarification ; le refus. Les variations en
fonction de la situation sont considérées du point de vue de a
production (nombre) des demandes et du point de vue de l'utilisation
des formes linguistiques (des plus directs aux plus indirects). Les
auteurs ont aussi relevé certaines composantes des demandes:
formules de politesse, justifications et négociations (ce sont les
tentatives de persuasion).
Avoir une copie de cette expérience est
quasi incontournable pour la compréhension de cette page.
Hypothèses
- Les non-reforumlations sont plus
nombreuses en condition de refus qu'en condition de clarification.
Cette différence est plus marquée avec l'expérimentatrice et/ou avec
les enfants iraniens.
- Les formes directes sont plus
nombreuses en conditions de satisfaction et clarification qu'en
condition de refus. Les tentatives de persuasion sont plus
nombreuses en condition de refus.
- Les énoncés de type persuasion sont
plus nombreux avec l'expérimentatrice qu'avec la mère.
- Importance de la culture: La
non-reformulaiton en cas de refus caractérise l'interlocuteur non
familier surtout chez les enfants iraniens. L'utilisation de la
persuasion en condition de refus est plus nette chez les enfants
iraniens.
Procédure
Sujets
Deux groupes de 20 enfants de 29 à 31
mois (l'un en France, l'autre en Iran). Niveau socio-économique
moyen.
Situation
Le matériel : il est constitué de deux
puzzles en bois. Les enfants sont observés à la crèche ou à leur
domicile (une fois en interaction avec leur mère et une fois avec
l'expérimentatrice). Le puzzle complet est présenté à l'enfant et
défait devant lui. L'adulte propose à l'enfant de refaire le puzzle,
celui-ci est placé hors d'atteinte de l'enfant et c'est donc
l'adulte qui donne les pièces. Chacun des trois types de réponses
(satisfaction, clarification, refus) est fourni sept fois dans un
ordre aléatoire. Si au bout de 5 secondes l'enfant n'a pas reformulé
sa demande on lui donne quand même la pièce pour que le jeu puisse
continuer.
Codage
Les conduites gestuelles (extension du
bras, de la main, pointage) ont été notées.
Résultats
Non-formulation initiale: (pas
d'hypothèse des chercheurs à ce sujet) : Il y a une plus grande
influence de la non-familiarité chez l'enfant iranien que chez
l'enfant français.
Non-reformulations: L'enfant se range
plus souvent au refus de l'adulte quand il s'agit d'une personne non
familière que quand il s'agit de la mère. La culture n'a pas d'effet
sur cette variable.
Culture: les impératives sont plus
fréquentes chez les enfants iraniens que chez les enfants français.
Cette différence n'était pas prévue, elle vient du fait que les
enfants français utilisent plus fréquemment deux types d'énoncés:
l'insistance et l'expression de désirs.
Discussion
Les résultats confirment pour
l'essentiel les hypothèses.