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Sommaire >>> Les méthodes en psychologie

L'expérimentation

 
 

Introduction

Le passage de l’observation à l’expérimentation se fait par un renforcement des conditions imposées à l’observation, pour donner un statut plus scientifique, à ce qui va devenir l’expérimentation. L’aspect principal de ce renforcement est la formulation d’une hypothèse préalable. On peut dire que l’on expérimente quand on contrôle une hypothèse en comparant ses conséquences prévisibles à des observations spécialement recueillies pour ça. L’expérimentateur sait, ou plutôt prévoit que, en modifiant une certaine condition de l’observation ( = variable indépendante) il pourra constater telle autre modification dans le résultat de l’observation ( = variable dépendante ). La conduite d’un organisme est fonction de l’état de cet organisme et de la situation dans laquelle il se trouve placé. On appelle variables parasites les variables qui échappent plus où moins au contrôle de l’expérimentateur ( il doit y avoir  prise en compte de ces variables ou alors annulation de celles-ci). On parle aussi en ce sens d’un contrôle des variables parasites : contrôlable si : elle est répétable, ses conséquences ne sont pas en contradiction avec les faits observés, ses résultats sont annulés ou déterminables. Une expérimentation peut s’appliquer avec plus ou moins de rigueur selon que les conséquences soient plus ou moins prévisibles, les variables indépendantes manipulées plus ou moins précisément , les variables parasites contrôlées avec plus ou moins de sûreté. Il ne faut pas croire que les résultats de l’expérimentation ne comprennent pas une certaine marge d’incertitude. Mais l’expérimentation doit toutefois rester une démarche cohérente et assurer cette cohérence n’est pas une tâche facile.

Avant de poursuivre plus avant cet examen de la méthode expérimentale, arrêtons-nous un instant pour nous demander comment il se fait que cette démarche qui prolonge si naturellement l'observation n'a été systématiquement utilisée que si tardivement dans l'histoire de la pensée humaine, puisqu'elle ne s'est imposée, à quelques exceptions près, qu'à partir du XVIe et XVIIe siècle en physique et au XIXe siècle en psychologie. Il est évident pourtant que, comme l’observation, l'expérimentation plonge ses racines dans des conduites très anciennement présentes dans l'espèce humaine, sans lesquelles nombre d'acquis décisifs de l'évolution culturelle seraient impensables. L'émergence et le développement des techniques artisanales supposent une exploration expérimentale du réel. C'est dans l'artisanat, dans les progrès de la technologie empirique que les historiens de la science repèrent aujourd'hui les origines de la méthode expérimentale comme instrument de choix de la vérification scientifique. Elle n'est pas issue du discours philosophique, savant, mais est venue le féconder de l'extérieur. Le discours savant s'en était tenu à l'observation raisonnée - avec des succès remarquables tels que les connaissances astronomiques des civilisations anciennes - avec le risque de laisser aller les spéculations verbales sans les soumettre sans cesse à l'épreuve de la réalité, en se satisfaisant de leur cohérence logique. Or il ne suffit pas qu’un discours soit logique pour être en accord avec le réel qu’il prétend cerner. Une confiance excessive dans les vertus du verbe, confiance qui remonte peut-être aux pratiques magiques - nommer c'est posséder, ou dominer -, a fait longtemps obstacle au contrôle expérimental, qui implique que l'on tourne le dos au discours, pour agir sur les choses et le mettre par là en question. La valorisation du raisonnement verbal se trouvait encore accentuée par la soumission à l'autorité des maîtres du passé, sans égard pour les démentis que les faits pourraient infliger à leur façon de voir. On connaît l'anecdote de cette assemblée de moines savants qui s'interrogèrent un jour sur le nombre de dents du cheval. Ils répartirent l'examen des sources les plus prestigieuses, qui se plongeant dans Aristote, qui dans Platon, qui dans saint Augustin, qui dans l'Ecriture sainte. Toutes ces recherches furent vaines, ils n'y trouvèrent pas de réponse à leur question, et la proclamèrent donc insoluble. Aucun d'eux ne songea à aller aux écuries, à ouvrir la bouche d'un cheval et à y compter les dents. L'histoire est caricaturale, et un peu injuste sans doute pour ses héros, mais elle illustre bien une attitude qui a entravé le recours à l'expérimentation.

La psychologie n'est pas entièrement délivrée de ce type d'entraves. La croyance au pouvoir magique du discours et l'argument d'autorité sont encore chose courante. Ainsi, dans certaines branches de la psychanalyse, on passe plus de temps à s’interroger sur ce que Freud a dit ou voulu dire qu’à se demander si ce qu’il dit se vérifie. Le travail d’exégèse a pris la place de la critique par les faits. Il ne manque pas en soi d'intérêt, mais il ne peut tenir lieu de mise à l'épreuve de la validité de la théorie. Complaisance et croyance au discours sont évidemment des voies tentantes quand le réel ne se laisse pas contrôler facilement, comme c'est le cas en psychologie. C'est une raison de plus pour chercher à développer des stratégies expérimentales, qui ne sont rien d'autre en somme que des moyens de prendre en défaut le discours. Cette ambition se heurte pourtant à certaines limitations, en vertu desquelles il faut bien s'en tenir à la seule observation.

But et plan de recherche

Le but de l'expérimentation est de donner une image claire, non équivoque du phénomène à l’étude qui autorisera à tirer des conclusions légitimes à partir des résultats recueillis. Etablir le plan de recherche est donc nécessaire avant d’entreprendre une étude dont il constitue l’ossature, la valeur des résultats pouvant reposer sur celle du plan : un objectif du plan est de maximiser la validité interne des résultats, et donc, la probabilité de détection des effets réels. Le plan de recherche définit essentiellement de quelle manière les sujets seront mis en présence des différent niveaux de la (des) variable(s) indépendante(s), afin que l’on puisse juger sans équivoque de l’impact de cette (ces) variable(s). Le plan correspond donc à une stratégie. Celle-ci porte, d’une part sur la manipulation de ce dont on cherche à mesurer l’effet et, d’autre part, sur le contrôle des variations non voulues (variables parasites).

Etapes du projet et de la recherche

Une observation quantifiée et systématique peut très bien s’avérer ininterprétable, il ne sort pas forcement quelque chose d’une accumulation d’observation minutieuse. Toutes les méthodes d’organisation de l’expérience reposent sur une idée générale simple que la question posée par l’expérimentateur, et aussi les moyens dont il dispose, lui imposent une certaine stratégie globale rendant solidaires tous les moments de sa démarche.

Le projet peut s'établir de la manière suivante:

1. Exposer le problème
2. Comment la solution peut contribuer au progrès de la théorie ou de la pratique
3. Hypothèse de travail
4. Définition des principaux termes employés dans la littérature
5. Première synthèse de la littérature
6. Etapes de l’observation ou de l’expérience
       a.   Ce qu’on fera
       b.   Quelles données on veut réunir
       c.   Comment on les notera
       d.   Comment on en vérifiera la validité
       e.   Comment on les analysera
7. Eventuellement, calendrier de travail (nécessaire pour les recherches
    commanditées)
8. Personnel et matériel nécessaire
9. Budget

Une fois le plan du projet établit, la recherche elle aussi peut être mise sous forme de plan:

1. Découvrir le problème ou la faille dans un domaine choisi. Poser le problème de façon précise.
2. Examiner ce qui connu à l'intérieur du domaine ou des domaines connexes, que
    ces connaissances soient factuelles, théoriques ou méthodologiques.
3. Produire de nouvelles données empiriques ou inventer de nouvelles hypothèses,
    théories ou techniques pouvant contribuer à résoudre le problème.
4. Arriver à une solution temporaire du problème, qu'elle soit exacte ou
    approximative. Ces hypothèses devront être formulées de manière à ce qu'on
    puisse les soumettre à vérification empirique.
5. Inférer ou déduire les conséquences qu'entraînent la ou les solutions proposées.
    S'il s'agit d'une théorie, on devra lui faire prédire les résultats.
6. Mettre au point des procédés et technique adéquats pour confirmer ou infirmer
     les implication empiriques des hypothèses (+vérifier pertinence, validité,
     fidélité)
7. Soumettre les hypothèses à l'épreuve des faits et donner l'interprétation des
    résultats. Evaluer, à la lumière des résultats obtenus, la vraisemblance des
    hypothèses et des techniques employées.
8. Délimiter les domaines auxquels ces hypothèses et ces techniques s'appliquent,
    donc pour lesquels il est possible de conclure et de généraliser.
9. Contribuer à la formation de nouveaux problèmes de recherche. Le cycle peut
    être repris)
10. Rendre publique les nouvelles connaissances 

Les hypothèses

Le but de toute recherche est de trouver une réponse à une question, question qui conduit à une observation systématique de la réalité ou à la recherche de relations entre des phénomènes. Toute la difficulté consiste donc à formuler des questions à la fois significatives et accessibles à l’investigation. Il faut également préciser comment les variables sont mesurées et l’hypothèse doit indiquer à quoi le chercheur s’attend sous forme d’affirmation ou de négation. Idéalement, le but ultime est d’atteindre le niveau de l’« hypothèse explicative » : « il n’y a hypothèse qu’à partir du moment où on explicite une relation entre des faits observables » (Fraisse). L’explication porte sur la causalité et/ou, mieux encore, sur la nature du processus qui sous-tend la relation. Les qualités de l’hypothèse : une bonne hypothèse est celle qui sera féconde. L’hypothèse doit proposer une réponse adéquate à la question posée, autrement dit, si la procédure expérimentale conduit à l’acceptation de l’hypothèse, aura-t-on résolu, au moins partiellement, le problème dont l’hypothèse est issue. Elle doit être « vraisemblable », c’est-à-dire qu’elle tienne compte des connaissances scientifiques établies ; elle doit être vérifiable (ou testable), ce qui signifie qu’on doit pouvoir la confronter au faits. Pour cela elle doit donc être opérationnalisable et finalement doit être également réfutable (falsifiable). Il est rare que le contrôle d’une hypothèse soit considéré comme le terme d’une recherche, il est plutôt un passage à de nouvelles recherches.

Hypothèse et degré de généralité de la théorie

L’hypothèse s’appuie souvent sur une théorie. Les théories présentent différents niveaux de généralité. L’hypothèse destinée à tester un aspect de la théorie ne peut se faire que si chacun des termes est défini avec rigueur. Exemple de Travers: Voici une proposition générale : un modèle agressif augmente l’agressivité ; un maître agressif augmente l’agressivité des élèves. Comment formuler une hypothèse précise ? On ne mesure par directement l’« agressivité », mais on peut observer et dénombrer des comportements agressifs. Quels comportements considérera-t-on comme agressif ? Selon quel critères ?, etc. De la réponse à ces questions dépendra la mise en forme d’une hypothèse testable ou non. Une fois les comportements agressifs définis, on pourra énoncer l’hypothèse suivante : les maître qui manifestent le plus grand nombre de comportement agressif en classe sont aussi ceux dont les élèves manifestent le plus grand nombre de comportement agressifs, etc.

Hypothèse opérationnelle

Pour organiser pratiquement une expérience, il faut décider quelles variables (et leurs valeurs) et quels sujets bien précis seront utilisés. Ces choix permettront de formuler une hypothèse opérationnelle. L’opérationnalisation des hypothèses générales est leur transposition au niveau des variables empiriques observables et mesurables. L’opérationnalisation est une concrétisation. En précisant les conditions de l’expérience, le niveau de l’hypothèse opérationnelle permet déjà une première critique de l’expérience projetée.

Les hypothèses induites, observées et déduites, théoriques

On peut partir des faits, on parle alors d' « hypothèse induite ». On peut également partir de la théorie , on parlera alors d'« hypothèse déduite ». L’hypothèse induite : la curiosité naïve ou des observations qui ont intrigué peuvent donner lieu à des expériences « pour voir », relativement indépendantes du corpus théorique existant et susceptibles de le remettre en cause. Les expériences pour voir ne se prêtent évidemment pas à l’élaboration d’un projet de recherche tel qu’en exigent les organismes pourvoyeurs de fonds, puisque leur cheminement s’invente au fur et à mesure. C’est pourquoi, elles sont le plus souvent conduites parallèlement aux recherches « officielles ». L’hypothèse déduite : la source la plus fréquente d’hypothèses est la littérature spécialisée sur le sujet envisagé. En effet, nombre de recherches ne découlent pas principalement de l’observation des faits. Leur origine est purement théorique, se greffant sur des travaux et des hypothèses antérieures. Plusieurs approches sont possibles : on peut s’inspirer de la littérature pour mettre sur pied une méthode ; plusieurs explications différentes des mêmes faits peuvent entraîner de nouvelles questions de recherche ; on peut également répliquer ou actualiser d’anciens travaux, etc.

Les variables

Le premier avantage de la méthode expérimentale découle de la possibilité qu'a le chercheur de manipuler rigoureusement une ou plusieurs variables en précisant les conditions exactes de leur utilisation (VI = variables indépendantes) ou de leur apparition (VD = variables dépendantes)), de manière que d'autres puissent reproduire l'expérience et vérifier la véracité des résultats obtenus. Un autre avantage, peut-être le plus important, réside dans le contrôle idéalement total (pas seulement VI et VD) de la situation de recherche (Ex. laboratoire…). On fait donc l'hypothèse que c'est l'influence des variables indépendantes qui est la plus déterminante et qui explique donc au premier chef les résultats obtenus. Cependant, on ne peut exclure l'effet d'autres variables. Deux catégories de variables indépendantes peuvent déjà être distinguées : les variables invoquées et les variables provoquées.

Les variables indépendantes

Les variables invoquées ou organismiques : ce sont les caractéristiques relativement stables d'un organisme, tant sur le plan psychologique ou sur le plan culturel (sexe ; couleur des yeux ; taille ; poids ; intelligence ; niveau d'instruction ; anxiété ; introversion-extraversion ; culture ; religion ; etc).

Les variables provoquées (ou variables stimulus)

Dans une expérimentation au sens strict, la variable indépendante peut être considérée comme un stimulus dans la mesure où ce mot se réfère de façon très large à tout aspect de l'environnement - physique (bruit, lumière…) ; social (nombre de personne présentes, etc) ; interne (drogue…) qui excite des récepteurs et provoque des modifications comportementales ou " réponse ". En général, les variables provoquées peuvent prendre plusieurs valeurs au gré des choix de l'expérimentateur ; on appelle ces valeurs les modalités ou les états de la variable.

Les variables dépendantes (ou mesure de réponses)

Il s'agit donc de mesurer les modifications de comportement ou réponses à une ou des variables-stimulus. On y trouve les aspects comportementaux les plus divers (mesurer la production de salive, l'EEG, le temps de réaction, la résolution de problème, l'interaction dans les groupes, le jugement moral…). Quelque soit le phénomène étudié, il faut s'efforcer de mesurer la réponse de manière aussi précise que possible. On peut mesurer les réponses de différentes façons:

1. précision : examiner quelle précision est possible mais aussi utile, c'est-à-dire conserve un sens. Ex. division pour les tirs sur une cible ; nombre de panier au basket ; nombre d'échelons d'une échelle d'évaluation, durée au dixième, au centième de seconde…)

2. intensité : on cherche à quantifier la réponse. Ex. amplitude de la réaction électro-dermale ; de la réponse de sursaut, quantité de nourriture ingérée…

3. latence : c'est le temps écoulé entre le début du stimulus et le début de la réponse. Ex. étude des temps de réaction ; temps entre pistolet-starter et moment où le pied du coureur ne touche plus le starting-block…

4. vitesse : temps écoulé depuis le début jusqu'à la fin de la réponse. Il peut être très court (pousser sur un bouton dès qu'on a perçu un signal sonore) ou assez long (résolution d'un problème)

5. fréquence (taux) : c'est le nombre de réponse par unité de temps. Ex. taxe d'incitation ou de modération ; technique de marketing des grandes surfaces. C'est une notion dont l'importance est capitale dans la problématique du conditionnement opérant. Le taux de réponses est une indication directe de la probabilité que de nouvelles réponses soient émises par la suite. Le taux de réponses révèle le mode d'adaptation de l'organisme aux conditions du milieu.

6. persistance des réponses après extinction : comment et jusqu'à quand les réponses persistent-elles après l'arrêt des conditions stimulante ? Ex. décours de l'extinction

7. rester à l'affût de réponses inattendues : l'organisme produit un grand nombre de réponses. L'expérimentateur va choisir d'en mesurer une qu'il a retenue comme variable indépendante. Chaque variable-stimulus induit le plus souvent plusieurs réponses et, pour se donner les meilleures chances, l'expérimentateur doit choisir la plus adéquate comme variable dépendante.

8. validité de la (des) VD : mesure-t-elle bien ce qu'elle est censée mesurer ? C'est un problème extrêmement important dont dépend la pertinence de la recherche. La VD choisie convient-elle pour mettre à l'épreuve l'hypothèse qu'on veut tester ? C'est aussi un problème d'opérationnalisation. Ex. Quelles informations faut-il prendre pour mesurer l'anxiété ou la créativité ? Il y a là une difficulté quant à la manière de traduire un concept général, complexe et parfois mal défini en comportements mesurables (VD). La sélection que l'on opère est souvent partielle et discutable.

9. Fidélité de la ou des VD : c'est une mesure de la constance des résultats lors de répétition d'une expérience. Elle ne garantit nullement la validité. Ex. mesurer une capacité avec récipient mal gradué à fidèle, mais pas valide.

Il y a donc les variations « invoquées » sur lesquelles l’expérimentateur ne peut rien (âge, sexe, milieu social...) et les variations délibérément « provoquées » par l’expérimentateur manipulant directement les variables indépendantes (brillance d’une source lumineuse, temps précisément défini...).

Les variables parasites

Le terme de variable parasite est plutôt réservé à des variables moins faciles à identifier et à circonscrire. On distingue deux niveaux de variables parasites : a) Les variables parasites aléatoire : des individus différents placés dans les mêmes conditions ne produisent pas des résultats identiques : la variabilité interindividuelle est faite de multiple facteurs qui se surajoutent à la relation VI-VD et viennent influencer les résultats. Il devient malaisé de savoir quelle part des résultats revient à la VI proprement dite. En réalité, il s'avère impossible de contrôler toutes les variables imaginables.

Les variables parasites systématiques : ce sont celles que l'expérimentateur craint le plus. En effet, elles faussent systématiquement les résultats d'une expérience dans un sens déterminé, toujours le même.

Autres variables

Les variables intermédiaires : soit deux types différents d'apprentissage (VI) dont on veut comparer les effets (VD). Entre VI et VD viennent s'intercaler une série de variables intermédiaires. En effet, des apprentissages dépendront aussi de la motivation des sujets, de leur QI, de leur fatigue, etc. Dans cette catégorie, on met ainsi les grosses variables dont on peut aisément suspecter l'influence sur le phénomène étudié. Cette situation se résout de deux manières :
a) si on a tiré un nombre suffisant de sujets au hasard, on peut estimer que chacun des deux groupes a toutes les chances de présenter la même composition quant à la distribution des valeurs de ces variables intermédiaires.
b) Si on a des plus petits groupes alors on a tout intérêt à les faire changer de statut : de variables intermédiaire, on les transforme en variables indépendantes incluses dans le plan de l'expérience.

Variables cachées : l'observation directe n'est pas possible car les "constructs" ne se manifeste que de façon indirecte dans le comportement.

Résistances et limites de l'emploi de la méthode expérimentale

La dimension spatio-temporelle des phénomènes

Une première limitation tient simplement à la dimension des phénomènes. Elle n'est pas propre à la psychologie : pas plus que le géologue ne peut expérimenter sur la formation de la croûte terrestre, le psychologue ne peut le faire sur les phénomènes de groupe importants, de l'ordre d'une culture entière par exemple. La sociologie et l'anthropologie culturelle restent, pour cette raison, essentiellement sciences d'observation. Certains événements survenant au début du développement peuvent avoir des répercussions beaucoup plus tard. Si la longévité de l'organisme est de l'ordre de un à deux ans, il est possible d'expérimenter. Si elle est proche de celle de l'expérimentateur, ou la dépasse, l'expérimentation n'est guère praticable. De nombreux problèmes de psychologie développementale portant à la limite sur la vie entière des individus échappent ainsi à la méthode expérimentale.

Limitations morales

La morale impose un second type de limitation à l'expérimentation psychologique, spécialement sur l'espèce humaine. Sans entrer ici dans des domaines plus subtils de relations entre éthique et recherches sur le comportement qui seront abordés plus loin, on admettra que l'expérimentation ne doit entraîner chez le sujet qui s'y soumet - le plus souvent volontairement - aucune atteinte physique ou morale. La définition de l'atteinte physique ou morale prête à de nombreuses discussions' mais pour notre propos nous pouvons nous en tenir à des exemples sans équivoque : on ne songera pas à provoquer une lésion cérébrale pour étudier le rôle des structures lésées dans les conduites d'un être humain ; non plus qu'à le priver d'oxygène pour juger des effets de cette variable sur sa mémoire ; ou à l'exposer à des explosions de bombes pour analyser ses émotions.

Rien n'interdit cependant de tirer parti des cas mis à notre disposition par les accidents de la nature ou les imperfections de la société. Les accidents de la route ou du travail, les guerres produisent, hélas, un contingent suffisant d'atteintes cérébrales pour occuper les chercheurs qui s'intéressent à la neuropsychologie et leur permettre d'élucider peu à peu les rapports entre cerveau et comportement. Assez d'êtres humains sont exposés à des stress violents de tout genre pour nous permettre d'en étudier les effets sur leurs émotions. On a recours ici à ce que Claude Bernard appelait les expériences invoquées, faute de pouvoir se servir des expériences provoquées. On parle aussi de méthode pathologique pour désigner cette manière de suppléer à l'impossibilité morale d'expérimenter en utilisant les accidents ou maladies qui se présentent sans notre intervention. 

La maladie n'est pas étudiée ici pour elle-même, elle n'est qu'un moyen de comprendre certains phénomènes. Il va de soi, néanmoins, que cette démarche s'accompagne toujours d'un intérêt pour le malade ou pour la victime, et que si l'on éclaire le normal à partir du pathologique, on éclaire aussi ce dernier, et que par là on contribue, à échéance brève ou longue, à le traiter. La méthode dite pathologique n'est nullement une astuce douteuse imaginée pas les scientifiques pour contourner une règle morale - n'a-t-on pas accusé parfois ceux qui y recourent de se faire les complices des responsables des atteintes étudiées - ; elle s'insère dans une perspective de recherche qui vise à venir en aide non moins qu'à comprendre, à venir en aide en comprenant, et elle apparaît dès lors d'un point de vue éthique comme un véritable devoir.

Limitations d'ordre épistémologique

Une troisième limitation est d'ordre épistémologique. La psychologie, comme toute science de la nature (ou de la culture, qui la prolonge), se donne pour objet d'étudier les phénomènes tels qu'ils se déroulent d'eux-mêmes. Or l’intervention expérimentale fait irruption dans ce déroulement, lui fait violence et crée à la limite un objet différent de celui qu'on se proposait d’étudier.

Ce problème n'a pas échappé aux physiciens eux-mêmes, mais on peut dire qu'il ne les a pas empêchés de poursuivre leur travail ; il les a plutôt conduits à ajuster en conséquence l'idée qu'ils se faisaient de leur démarche ; il les a amenés à réfléchir sur le statut épistémologique de leurs méthodes, non à les changer, moins encore à les abandonner. Le problème est demeuré aigu en psychologie. Le sujet, animal ou humain, ne devient-il pas un sujet artificiel dès l'instant où il franchit les portes du laboratoire ? Ne devient-il pas radicalement différent de celui que nous nous proposions d'étudier ? L'objection a été maintes fois soulevée, pour ce qui est de l'animal, par les éthologistes, et pour ce qui est de l'homme, par les psychologues cliniciens.

Les éthologistes se situent dans la tradition biologique, qui les habitue à envisager les êtres vivants par référence aux pressions sélectives du milieu, qui retient ou élimine, favorise ou exclut telle ou telle morphologie. Le comportement, qui est par essence interaction de l'organisme avec son environnement, ne peut se comprendre que si on l'observe là où il se déroule normalement, dans le milieu naturel. Cette insertion dans le milieu naturel est indispensable pour saisir les véritables structures et fonctions des conduites propres à chaque espèce animale. Pour peu que l'on s'en écarte, par exemple en transférant l'animal dans un zoo ou dans un laboratoire, les comportements deviendront anormaux et perdront leur signification adaptative. Il est clair que le milieu naturel fournit à des activités vitales comme la nidification, la reproduction, les soins aux jeunes, l'accouplement, la recherche de la nourriture, non pas un simple décor, mais un réseau de stimulations caractéristiques qui tantôt les déclenche, tantôt en régule le décours temporel, tantôt en assure le substrat matériel - telle espèce creuse un terrier (il y faut la terre), telle autre construit un nid de branchages (il y faut des fragments de végétaux), etc.

Les éthologistes donneront donc la préférence aux méthodes d'observation de terrain, et veilleront à perturber le moins possible par leur présence les animaux qu'ils regardent. Cependant, comme tout spécialiste d'une discipline qui se fonde exclusivement sur l’observation, ils viennent tôt ou tard à souhaiter expérimenter, pour trancher plus rapidement, ou avec plus de rigueur, un problème issu de l’observation. Une première voie se présente à eux, qui consiste à introduire la manipulation expérimentale dans le milieu naturel, en infligeant à celui-ci une distorsion minimale. Les travaux de von Frisch sur les communications chez les abeilles offrent des exemples classiques de cette expérimentation de terrain:

Exemple: Le démontage des mécanismes de communication de l'information chez les abeilles reste un exemple classique de l'expérimentation en milieu naturel. En aménageant les ruches pour permettre l'observation des éclaireuses, préalablement marquées, Karl von Frisch, puis son élève Martin Lindauer ont pu montré la façon dont se code, dans l'activité motrice, les informations utiles aux compagnes ouvrières sur la direction et sur la distance d'une source de nourriture. Une danse circulaire, décrivant un cercle sur la surface des alvéoles, signale une source proche; une danse dite frétillante correspond à une source éloignée. Dans cette danse, la direction, par rapport à la position du soleil, est indiquée par l'orientation prise par la messagère dans le plan du rayon d'alvéoles, ce qui suppose une transposition du plan horizontal au plan vertical, l'orientation vers le haut correspondant à la direction du soleil, et les écarts angulaires simulant des écarts comparables sur le terrain. La vitesse de la danse traduit la distance. Cette activité de l'éclaireuse déclenche une activité associée chez ses « interlocutrices », qui recueillent en outre des informations olfactives par frottement d'antennes. Ces découvertes des éthologistes allemands sont classiquement invoquées dans les débats sur les systèmes de communication et les langages, et plus précisément sur la spécificité du langage humain. La danse des abeille présente en effet des propriétés intrigantes : elle est faite d'éléments codés, symboliques, qui fonctionnent comme des outils lexicaux; elle porte sur des événements absents au moment où se tient l'échange d'informations. Il lui manque cependant d'autres caractéristiques du langage humain, et notamment la richesse combinatoire, qui autorise la construction d'énoncés nouveaux à l'infini. Elle montre néanmoins comment, chez d'autres espèces que la nôtre, et d'une manière plus locale, plus strictement liée à un contexte d'action, la nature a résolu le problème de la transmission de l'information entre congénères.

Cependant, cela n'est pas toujours réalisable, soit parce que l'équipement requis ne se prête pas à une installation dans le milieu naturel, ou que le plan d'expérience ne s'accommode pas des aléas de l'évolution des sujets dans leur environnement habituel. Faut-il alors renoncer à poursuivre, sous prétexte que l'on violerait un principe ? Un tel dogmatisme méthodologique serait évidemment ridicule, et les éthologistes n'hésitent pas à amener l'animal dans une situation expérimentale qui, selon les cas, sera une réplique acceptable du biotope ou l'ambiance aseptisée du laboratoire de psychophysiologie. Cette artificialisation plus ou moins poussée n'exclut nullement, comme le démontrent les recherches de l'éthologie contemporaine, les découvertes intéressantes, susceptibles, insistons-y, de résoudre des problèmes posés sur le terrain.

L'objection du clinicien porte exclusivement sur le sujet humain, mais elle n'est pas dans son principe vraiment différente, à ceci près que l'écart entre la situation de laboratoire et la situation de vie réelle y est perçu en termes d'opposition entre simplification outrancière et complexité, plutôt que d'opposition entre artificiel-naturel. En effet, le milieu humain est si diversifié, si polymorphe, qu'on serait bien en peine de définir un milieu naturel. On doit concéder au clinicien, comme à l'éthologiste, que certaines conduites ne se prêtent pas à une analyse en dehors des situations de vie habituelles et appellent par conséquent la mise en oeuvre de techniques adéquates d'observation : ainsi la genèse de la communication non verbale puis verbale chez le jeune enfant est si subtilement intégrée dans le déroulement quotidien des interactions avec la mère à l'occasion de la toilette, des repas, des jeux, qu'il est vain de vouloir la saisir dans une situation de laboratoire. On concédera aussi que, dans certains cas, un certain état du sujet peut rendre infiniment difficile voire impossible la rupture momentanée avec le milieu habituel qu'exige une expérimentation, même limitée à un domaine très accessible du comportement. Voici un exemple, bien connu des psychologues de l'enfant qui sont amenés à étudier des bébés à l'époque (aux environs de huit mois) où se manifeste l'angoisse de séparation : le bébé a peur des étrangers et présente, en leur présence, une émotion si intense que toute expérimentation est impossible ; la présence de la mère ne suffit pas toujours à neutraliser la peur et de toute manière introduit dans la situation une variable perturbatrice. Ceci dit, il reste une infinité de problèmes de psychologie humaine où l'étude en laboratoire se révèle instructive, même décisive, et où, moyennant certaines précautions techniques et éthiques (voir chap..XV et XVII), l'extrapolation au milieu réel est parfaitement fondée. On ajoutera que le sujet humain, par sa bonne volonté et son aptitude à comprendre des consignes verbales, constitue à certains égards un sujet d'expérimentation idéal, véritable collaborateur parfois du psychologue, plutôt que sujet. Ceci entraîne des avantages et des inconvénients qui seront discutés plus loin.

Exemples des recherches

Dans toute expérience, on aura défini la variable dépendante, le phénomène auquel on s'intéresse, dont on cherchera à observer les variations en fonction de certaines conditions, la ou les variables indépendantes que l'on tient sous contrôle, que l'on modifie à volonté. Si nous voulons savoir si une tige de métal change de longueur en fonction de la température, nous la soumettons à des températures différentes et en mesurons chaque fois la longueur. Celle-ci est notre variable dépendante, la température la variable indépendante.

Voici un exemple d'expérience psychologique faisant bien apparaître la distinction:

Le Temps de Réaction [TR] se définit comme le temps minimum nécessaire pour fournir une réponse motrice volontaire à un stimulus spécifié. Ce dernier est dénommé stimulus impératif. Pour ne pas prendre le sujet au dépourvu, car l'on vise à obtenir la performance la meilleure possible, on fait précéder le stimulus impératif d'un stimulus avertisseur qui lui permet de se préparer. Demandons-nous si le TR varie en fonction de l'intensité du stimulus impératif, choisi dans le domaine auditif, un son pur. Cette intensité sera, dans notre expérience, la variable indépendante. Le TR lui-même est évidemment la variable dépendante. Nous procéderons à une série de mesures du TR en réponse à des niveaux d'intensité différents du stimulus auditif. Nous aurons naturellement choisi notre équipement : le son sera produit par un générateur de sons permettant de calibrer parfaitement la fréquence et l'intensité, et sera transmis aux oreilles du sujet par des écouteurs ; on choisira plusieurs valeurs d'intensité (disons six valeurs), depuis une valeur proche du seuil absolu, c'est-à-dire à peine audible, jusqu'à des valeurs très largement supérieures ; la réponse requise sera l'appui de l'index droit sur un bouton poussoir, la main du sujet étant soigneusement positionnée selon un repère avant chaque mesure afin de maintenir constant le trajet des phalanges ; le TR sera mesuré par l'intermédiaire du chronomètre fourni par la base de temps d'un ordinateur qui enregistrera les mesures faites en mémoire en vue de leur traitement.

On voit que, à côté de la variable indépendante, que l'on fait varier systématiquement, on veille à tenir aussi constantes que possible plusieurs autres conditions, telles l'amplitude du mouvement impliqué dans la réponse, la préparation, la réception acoustique. Ces facteurs pourraient vraisemblablement avoir leur influence sur le TR, mais ils ne nous intéressent pas dans cette expérience, et nous pouvons les neutraliser en les maintenant constants. D'un autre côté, il est d'autres variables qui pourraient également jouer un rôle, mais que nous supposons nul ou négligeable - nous pourrions toujours revenir sur cette estimation ultérieurement: la pression barométrique, le degré d'humidité de la pièce, la couleur des murs, etc. Enfin, il est des variables dont nous avons des raisons de penser qu'elles pourraient être importantes mais que nous ne sommes pas en mesure de contrôler. Ce sont notamment les variables inhérentes à la physiologie du sujet, son rythme cardiaque, son rythme respiratoire, les fluctuations de son attention liées à son état de fatigue, etc. On choisira de les neutraliser en prenant, non pas une mesure unique du TR pour chaque valeur d'intensité de notre variable indépendante, mais une série de mesures dont nous prendrons la valeur moyenne comme expression de notre variable dépendante. Nous reviendrons plus loin sur cet usage de la statistique dans l'expérimentation psychologique.

Voir les travaux suivants pour d'autres exemples de recherches faisant appel à l'expérimentation :

Marcos, H., Verba, M., Schourcheh, F. (1999). Influence de l’interlocuteur sur la forme linguistique des demandes à deux ans et demi : le message initial et ses reformulations chez des enfants français et iraniens. Archives de psychologie, Volume 67, No 261, pp145-159.

Schadron, G., Yzerbyt, V. Leyens, J.-P, Rocher, S. Jugeabilité sociale et stéréotypes : l’estimation de l’origine d’une impression comme déterminant de l’impact des stéréotypes dans le jugement social. Revue internationale de psychologie sociale, 1994 (no.2), pp. 53-71

Conclusion

Les conclusions que l'on peut tirer de l'observation laissent malheureusement souvent l'homme de science insatisfait. Il est rare qu'il puisse les tenir pour vérifiées, qu'il soit en mesure de les soutenir face à certaines objections. Il faudrait, pour cela, les soumettre à des épreuves que la nature ne lui fournit pas, quelque sagacité qu'il mette a l'observer. C'est ici qu'entre en scène la démarche expérimentale. En passant à cette démarche plus élaborée, le chercheur ne se borne plus à scruter la nature, il la provoque pour lui arracher une réponse à une question précise, et pour cela il la manipule, de façon limitée certes, mais rigoureuse. Il ne se contente pas de laisser se dérouler les phénomènes sous ses yeux, il les contrôle afin d'en cerner les conditions d'apparition, il crée une situation permettant de tester l'hypothèse à laquelle l'aura conduit le raisonnement sur les données de l’observation. Cette intervention n'a de sens que si elle est rigoureuse, ce qui implique, entre autres, la mise en oeuvre de procédures et de techniques aussi parfaitement adaptées que possible au problème posé. L'expérimentateur a, sous cet angle, quelque chose de l'artisan : pour arriver à ses fins, il se forge des outils, des instruments qu'il saura ensuite employer correctement.

Expérimenter, c'est donc placer un phénomène sous contrôle rigoureux, dans le but d'en déterminer les conditions d'apparition.

 

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Source

- Reuchlin M., Les méthodes en psychologie, PUF, 10e édition 1995

 

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