Physicien
de formation, Köhler occupe en 1921 la chaire de psychologie à
Berlin puis, fuyant la montée du nazisme, il émigre aux Etats-Unis
en 1934 où il enseigne alors jusqu’à sa mort. Il est l’un des
trois fondateurs, avec Max Wertheimer
et Kurt Koffka, de l’école de
la "Gestaltpsychologie". La
thèse centrale de cette école porte sur les
relations entre les totalités et leurs parties. Selon cette
thèse, le tout est différent de la
somme des parties et obéit à des lois dites de bonnes formes
(symétrie, simplicité, etc.) qui structurent les relations entre
les parties d’une totalité. Les "Gestalt"
existent mentalement et physiquement selon le postulat
d’isomorphisme décrivant la correspondance supposée exister entre
la série des événements neurophysiologiques et la série des
événements psychologiques.
Entre autres
recherches, Köhler a réalisé dans
les années dix d’importants travaux
sur l’intelligence des singes
supérieurs, dans lesquels il
interprète "l’insight",
c’est-à-dire la solution soudaine
que ces singes peuvent trouver à un
problème pratique qu’il leur pose,
comme la conséquence d’une
réorganisation soudaine du contenu
de leur champ perceptif.
Ces recherches sur
les singes sont de la même veine que
celles sur l’intelligence
sensori-motrice des enfants
réalisées une quinzaine d’année plus
tard par
Piaget.
Les deux auteurs savent créer des
situations originales susceptibles
de révéler les compétences
intellectuelles des sujets qu’ils
étudient. Mais deux différences
essentielles les séparent.
Premièrement, Köhler n’étudie pas la
genèse de l’intelligence pratique
mais seulement
la forme qu’elle peut prendre en son
étape terminale. Et
deuxièmement, ses recherches sur les
singes se sont pas encadrées par une
grille d’analyse de richesse
comparable à celle, à la fois
biologique, psychologique et
épistémologique, utilisée par Piaget
pour étudier les conduites de ses
trois enfants.
En dépit de ces
différences, et contrairement aux
thèses issues du courant de la
psychologie associationniste, les
conceptions auxquelles ont abouti
Köhler et ses collègues gestaltistes
ont trouvé un certain écho auprès de
Piaget, non pas qu’il s’en soit
inspiré pour édifier ses propres
explications psychologiques, mais
par leur insistance sur le rôle des
structures ou des totalités dans les
conduites intelligentes.
Les thèses et
expériences de Köhler sont publiées
dans "Intelligenzprüfungen am
Menschenaffen" (1917, trad. fr.
"L’intelligence chez les singes
supérieurs", 1927), "Gestalt
Psychology" (1929, trad. fr. "La
psychologie de la Forme", 1964)
et "Dynamics in Psychology"
(1940).