Auteur
en 1889 d’une thèse en philosophie
sur "L’automatisme psychologique"
puis, en 1893, d’une thèse en
médecine sur "L’état mental des
hystériques" qui font date dans
l’histoire de la psychologie et de
la psychiatrie, titulaire de la
chaire de psychologie pathologique
au Collège de France, Janet est le
psychologue qui a le plus
profondément marqué la pensée
psychologique de son élève
Piaget.
Son œuvre peut être partagée en deux
étapes, l’une qui relève de
l’analyse clinique des états de
conscience, l’autre de l’étude des
conduites. Si Piaget a d’abord pu
trouver des suggestions importantes
dans la première psychologie de
Janet, c’est surtout la seconde qui
a nourri ses réflexions
psychologiques.
En s’appuyant sur
les observations de la clinique
psychiatrique, mais aussi sur les
données recueillies en psychologie
animale, en ethnologie et en
psychologie génétique, Janet a
établi un
tableau hiérarchique des
conduites, des plus simples (les
conduites animales) aux plus
complexes et aux plus compliquées
(les conduites expérimentales), qui
intègre aussi bien les dimensions
sociales et affectives des actions,
que leur dimension intellectuelle ou
cognitive. L’élément clé de cette
classification est la notion de
complication. Plus une conduite est
compliquée à réaliser, plus elle est
psychologiquement coûteuse pour le
sujet. Dès lors, partagé entre
plusieurs buts, celui-ci tendra à
distribuer ses efforts selon sa
capacité d’investissement de
l’énergie psychique plus ou moins
grande dont il dispose, capacité
liée à son état de santé mentale.
Cette conception à
la fois énergétique et économique de
la vie mentale forme la base d’une théorie de l’affectivité comme
activité de régulation des actions
qui permettra à Piaget de donner un
sens psychologique profond à la
notion d’activité du sujet. Enfin,
Janet a réalisé des analyses des
conduites supérieures (les conduites
intellectuelles ou les "conduites de
réalité" par exemple) qui insistent
sur le rôle constituant du sujet
dans leur construction. En lisant,
en écoutant et en discutant avec
Janet, Piaget a pu ainsi enrichir
son intuition psychologique et la
notion qu’il pouvait se faire de son
objet d’étude.
Citons parmi les
publications de Janet, outre ses
thèses de philosophie et de
médecine, "Névroses et idées fixes"
(1898), "Les obsessions et la
psychasthénie" (1903), "Les
névroses" (1909), "Les stades de
l’évolution psychologique" (1926),
"De l’angoisse à l’extase"
(1926-1928), "L’évolution
psychologique de la mémoire" (1928),
"La force et la faiblesse
psychologique" (1930), "Les débuts
de l’intelligence" (1935) et
"L’intelligence avant le langage"
(1936).