Son entrée à l'école
médicale viennoise est à ce moment muée plus par la soif de savoir
que celle de guérir. Ce qui l'intéresse :
les relations
humaines. En 1876, il entre au laboratoire de
Ernst Wilhelm Brücke où il entame une prometteuse carrière en
anatomo-physiologie du système nerveux. Diplômé de médecine en
1881, il fait la connaissance de
Martha Bernays qui deviendra sa
femme le 14 septembre 1886 et qui lui donnera trois enfants. Pressé
de fonder une famille, Freud a besoin d'argent ; il quitte les
sombres laboratoires de la recherche théorique pour entrer dans
le service psychiatrique du professeur
Theodor Meynert où il étudie
et pratique la neurologie. En 1885, à l'occasion d'une étude sur
la cocaïne, il met en évidence ses propriétés analgésiques et
publie "Uber coca", un ouvrage louant les vertus de la
substance mais qui lui sera plus tard reproché par le corps médical
viennois.
L'année
1885 marque par ailleurs une étape décisive dans la vie de
Sigmund Freud. Ayant obtenu une bourse, il se voit ainsi offrir la
possibilité de partir pour
Paris, en stage auprès du neurologue
français Jean Charcot
dont il a plus d'une fois entendu parler.
Freud est déçu par la ville et ses habitants, mais tombe sous le
charme du maître qu'il décrit en ces termes à sa fiancée : "Charcot, un des plus grands médecins et dont la raison
confine au génie, est en train de démolir mes conceptions et mes
desseins. La graine produira-t-elle son fruit, je l'ignore ; mais
que personne n'a jamais eu autant d'influence sur moi, de cela je
suis sûr."
A l'hôpital de la Salpêtrière, Freud observe
donc les manifestations de l'hystérie, les effets de l'hypnotisme
et la suggestion. Il propose à Charcot de traduire certains de
ses ouvrages en allemand : "Leçons sur les maladies du système
nerveux" est publié en 1886. Quittant
la capitale française, Freud effectue un bref séjour à Berlin où
il s'intéresse à la neuropathologie infantile puis retourne à
Vienne. Là, il ouvre son propre cabinet de consultation et reçoit
beaucoup de "nerveux" qu'il traite par électrothérapie
et hypnose comme c'est le cas à l'époque. Pourtant, Freud est à
la recherche de nouveaux moyens thérapeutiques ; en 1889, il se
rend à Nancy étudier les méthodes du professeur
Hippolyte
Bernheim. Pour ce dernier,
l'hypnotisme n'existe pas réellement :
il n'y a que des phénomènes de suggestion. Pendant
dix ans, Freud va se consacrer entièrement au traitement des
malades et créer jour après jour la psychanalyse. Le
cas d'Anna
O., relaté par
Joseph Breuer dans "Etudes sur l'hystérie",
est traditionnellement reconnu comme le premier pas vers la théorie
freudienne. Les deux médecins, qui se connaissent de longue date,
sont amenés à se pencher sur les symptômes d'hystérie présentés
par cette jeune femme. Au fur et à mesure des consultations,
Freud met en évidence l'origine des manifestations : pour lui,
"l'accès hystérique est un souvenir, la revivification
hallucinatoire d'une scène ayant joué un rôle important dans la
maladie".
Entre 1887 et 1902, il travaille à élucider les mécanismes
du refoulement et la formation des symptômes, découvre
l'Œdipe
(1897) et rédige "l'Interprétation des rêves" (1900)
qui fait pour la première fois du rêve
un objet d'étude
scientifique. En 1905, il publie "Trois essais sur la théorie
de la sexualité", second ouvrage capital avec "le Mot
d'esprit dans ses rapports avec l'Inconscient". La
psychanalyse est devenue la théorie du fonctionnement de
l'appareil psychique. Et cette théorie fait des émules… Sous
la forme de la Société psychologique du mercredi d'abord,
institution analytique créée en 1902 qui regroupe les premiers
disciples de Freud comme
Paul Federn et
Carl Gustav
Jung, puis
sous celle de la
Société psychanalytique de Vienne (1908). Entre
1910 et 1930, Freud fait publier un certain nombre d'ouvrages.
Parmi eux, "Totem et tabou" (1913) qui lui permet
d'introduire la notion de "narcissisme" à travers
l'histoire des origines de l'humanité. En 1920, c'est
"Au-delà du principe de Plaisir" ; Freud y expose ce
qu'il désigne comme les
pulsions de vie et de mort et soumet le
modèle de l'appareil psychique faisant intervenir le
Moi, le
Ça
et le Surmoi. Enfin,
appliquant les théories psychanalytiques aux civilisations, il dénonce,
d'abord dans "L'avenir d'une illusion" (1927) puis dans
"Malaise d'une civilisation" (1929), le poids que la
religion et la
morale civilisée imposent à l'enfant.
En
1930, Freud reçoit le prix Goethe et ainsi la reconnaissance de
l'Allemagne. Mais
Hitler se profile à l'horizon et quatre ans
plus tard, les nazis brûlent ses livres à
Berlin. Freud est
alors contraint à l'exil. Il quitte Vienne en 1938 pour
s'installer en Angleterre où il continue à traiter de rares
patients.
Opéré une première fois en 1923 pour un début de cancer à la
mâchoire, Freud souffrira tant de la progression du mal que le 21
septembre 1939, il demande à son médecin d'abréger son
calvaire. Deux centigrammes de morphine le plongent dans le coma.
La mort surviendra deux jours plus tard.