Après
près de deux ans passé dans un
noviciat de Jésuites (de 1928 à
1930), Fraisse a reçu une licence en
philosophie et en philosophie
scolastique aux facultés catholiques
de Lyon et de Grenoble. Alors qu’il
n’avait pas encore abandonné l’idée
d’être prêtre, il fut envoyé à
l’Institut de philosophie de Louvain
dans le but de se spécialiser en
psychologie expérimentale. C’est là,
auprès d’Albert
Michotte, un des grands
spécialistes des recherches en
perception dont il devint un
collaborateur privilégié en même
temps qu’il poursuivait ses études
et accumulait les matériaux d’une
thèse qu’il soutiendra en 1945, que
Fraisse trouva sa vraie vocation. La
vigueur avec laquelle il s’engagera
dans ce domaine le fera très vite
remarquer par
Henri Piéron, alors à la tête
de la psychologie expérimentale
française. Vers la fin de la
deuxième guerre mondiale, il est
nommé
directeur adjoint de Piéron à
l’Ecole pratique des hautes études.
En 1952, il succède à ce dernier, et
prend la tête d’un laboratoire où
seront formés les futurs
spécialistes français de la
psychologie expérimentale.
Hormis le fait d’avoir imprimé à la
psychologie française une forte orientation
expérimentale et d’avoir complètement
détaché la psychologie française de
la philosophie (ce qui en
France n’était pas une mince
affaire!), Fraisse a réalisé
d’importantes recherches, dont
celles sur la
perception du
temps qui l’entraîna dans
une polémique amicale avec
Piaget.
Tout en admettant la thèse selon
laquelle la maîtrise opératoire du
temps exige bien le genre de
coordinations des successions et des
intervalles mis en évidence par
l’école genevoise, Fraisse montre
par ailleurs que l’estimation de la
durée peut dépendre de bien plus de
critères que celui de la vitesse, à
ses yeux trop privilégié par Piaget.
Selon le psychologue français, elle
dépend également de l’espace
parcouru, de la quantité de
changements produits, des efforts
accomplis, etc. Piaget se rangera à
son tour en partie aux thèses de
Fraisse, mais en soulignant le fait
que la considération de chacun de
ces critères doit faire chaque fois
intervenir un rapport à la vitesse
pour que naisse une estimation
temporelle, et que c’est faute de
savoir coordonner convenablement ce
rapport que les jeunes enfants se
trompent sur les durées en jeu dans
les situations temporelles
auxquelles on les confronte.
Fraisse fera par ailleurs oeuvre de
pionnier en psychologie
expérimentale en utilisant l’un des
premiers, dès la fin des années
cinquante, la
mesure du temps de perception comme
moyen pour apprécier la complexité
des opérations mentales de
traitement de l’information
intervenant par exemple dans des
épreuves de reconnaissance d’objets,
de mots ou de dessins.
Outre de nombreux articles, Fraisse
a publié sa thèse sur les conduites
temporelles en 1958, sous le titre "Psychologie
du temps". Il a aussi dirigé,
avec
Piaget,
la publication du "Traité de
psychologie expérimentale", dont
la première édition est parue en
1963.