Médecin
et psychologue suisse, Flournoy
est, avec son neveu
Edouard
Claparède, celui qui, dès la fin du dix-neuvième
siècle, a donné à la psychologie genevoise une renommée
internationale. Ami de
William James,
lecteur de
Kant,
qu’il enseigne, passionné d’histoire et de philosophie des
sciences, il est le premier occupant d’une chaire de psychologie
expérimentale existant au sein d’une faculté des sciences, et
crée le laboratoire de psychologie de l’université de Genève,
où Claparède prendra sa succession en 1904.
Flournoy
a peu écrit comparativement à son neveu. Mais son premier essai
en psychologie, "Métaphysique et psychologie"
l’a tout de suite fait connaître à l’étranger. Il y
proposait une élégante solution du problème posé par le
rapport entre psychologie et physiologie – le parallélisme
comme simple hypothèse de travail –, qui sera ultérieurement
reprise et révisée par
Piaget.
Il y proposait aussi des préceptes méthodologiques qui lui ont
permis d’aborder, avec une grande ouverture d’esprit, mais
avec prudence, l’étude des phénomènes paranormaux (dont le spiritisme,
auquel s’intéressait également vivement W. James).
Flournoy
est surtout connu en histoire de la psychologie pour la monographie
qu’il a consacrée à une médium, dont il a réussi à
expliquer les comportements sans aucune
hypothèse supranormale. L’analyse qu’il fait de ses
comportements est proche des analyses de
Janet
et de
Freud.
Comme celui-ci, Flournoy a l’idée d’un inconscient
dynamique et créateur, aussi manifestera-t-il une certaine
sympathie pour la psychanalyse.
En
ce qui concerne les rapports de Flournoy et de Piaget, le plus
frappant est peut-être la commune position qu’ils adoptent
quant au rapport entre la psychologie et la critique de la
connaissance. Il y a place pour tous deux, d’un côté pour une
approche psychologique des faits de connaissance, et de l’autre
pour une analyse logique, sans qu’il soit possible de réduire
la seconde à la première. Ces quelques considérations suffisent
à montrer les liens pouvant exister entre Flournoy et Piaget.
Parmi
les écrits de Flournoy on mentionnera, en plus de "Métaphysique
et psychologie" (1889), "Des Indes à la planète
Mars" (1900), "La philosophie de William James"
(1911), "Esprits et médiums" (1911) et "L’idée
centrale de la critique de la raison pure" (publié en 1885
dans les "Archives de psychologie").