Psychanalyste
américain d’origine autrichienne, Bruno Bettelheim fit des études
de psychologie et de psychiatrie à l’université de Vienne, sa
ville natale. Il acquit ensuite une solide formation
psychanalytique. D’origine juive, il est déporté, en 1938, à
Dachau puis à Buchenwald, expérience qui allait inspirer son étude
ultérieure intitulée Individual and Mass Behavior in Extreme
Situations (1943; Comportement individuel et comportement de
masse dans les situations extrêmes), étude que rendit célèbre le
général Dwight Eisenhower en la donnant à lire à tous ses
officiers. On y trouve déjà les thèses qui seront développées dans
The Informed Heart (1960; Le Cœur conscient ,
Paris, 1977) et dans Survival (1979), et qui analysent la
dégradation de l’homme et les moyens de survie dans les camps de
concentration nazis.
Émigré aux États-Unis en 1939,
Bettelheim devient en 1944
professeur de psychologie de
l’éducation (puis, en 1963,
professeur de psychiatrie) à
l’université de Chicago. C’est en
1944 aussi qu’il prend la direction
de l’institut Sonia-Shankman, qu’il
réforme, en 1947, en s’inspirant de
la psychanalyse freudienne et qui,
sous le nom de Chicago Orthogenic
School (École orthogénique de
Chicago), le rendra célèbre. En
1973, sa collaboratrice la plus
proche, Jaqui Sanders, le remplace à
la tête de cette institution
psychiatrique. Bettelheim, qui en a
totalement repensé le
fonctionnement, a voulu en faire un
lieu où le malade mental réapprend à
vivre et dont il peut sortir sans
difficulté de réadaptation. Ce
centre «orthogénique», décrit dans
A Home for the Heart (1974;
Un lieu où renaître , Paris,
1975), accueille des enfants
autistes dont Bettelheim a montré
qu’il était possible de les guérir.
Celui-ci, dans son ouvrage The
Empty Fortress (1967; La
Forteresse vide , Paris, 1969),
a remis en question les idées qui
prévalaient au sujet de l’autisme
infantile et exposé ses propres
théories sur la constitution et la
naissance du «soi».
L’École orthogénique offre aux
enfants autistes un «milieu
thérapeutique total», dont
l’environnement, le cadre de vie et
la solidarité qui unit soignants et
patients constituent l’esprit et le
«ciment». Elle s’est donné une
triple fonction: le traitement des
enfants psychotiques; la formation
du personnel soignant et enseignant;
la recherche. Elle assume la
première de ces tâches en s’occupant
de l’enfant à la fois sur le plan
affectif et sur le plan
intellectuel. On ne peut, en effet,
redonner à l’enfant une vie
affective normale sans lui fournir
les outils nécessaires à son
bien-être socio-économique. Le
traitement lui-même repose sur un
principe essentiel, qui consiste à
procurer à l’enfant un environnement
à tout instant favorable, aucun
détail même matériel n’étant laissé
au hasard. Les pensionnaires y sont
répartis en six groupes de huit
(trois de garçons, trois de filles),
en fonction de l’âge, de la nature
des symptômes et des affinités. La
vie quotidienne de l’institution se
rapproche le plus possible de celle
que l’enfant aurait dans une famille
idéale et n’est soumise à aucune
règle disciplinaire, le personnel
devant respecter tout ce que fait
l’enfant. Les seules interventions
visent à protéger celui-ci, à le
rassurer, et les seules
interdictions posées sont celles
dont on pense qu’elles auront un
effet thérapeutique. Bettelheim a
banni de son institution tout
pouvoir hiérarchisé, car, dit-il,
«le pouvoir corrompt». Il estime que
l’École fonctionne parce que
le thérapeute est aussi engagé que
le patient dans cette aventure
communautaire: son grand principe
est qu’à travers la guérison du
patient quelque chose en chacun se
transforme.
Dans son ouvrage intitulé Truants
from Life (1955; Évadés de
la vie , Paris, 1973) et composé
de quatre monographies
thérapeutiques d’enfants ayant
séjourné quatre ou cinq ans à
l’École orthogénique, Bettelheim
montre «comment et pourquoi les
personnalités de ces enfants sont
développées avec succès au cours des
années qu’ils ont vécues à l’école».
La théorie et les perspectives
thérapeutiques de Bettelheim se
réfèrent à Freud, à Aichorn et
surtout à Erikson (notamment au
principe de la «sécurité
fondamentale»). Dans Symbolic
Wounds (1954; Les Blessures
symboliques , Paris, 1969),
l’auteur analyse la signification
des rites d’initiation en se
reportant aux grandes explications
anthropologiques et
psychanalytiques, en particulier à
celles de Freud dans Totem et
Tabou . Utilisant de manière
éclectique les notions de la
psychanalyse classique, il sait
exposer son expérience et ses
réflexions avec une aisance
remarquable, sans exclure à
l’occasion une note d’humour
critique. Il écrit ainsi dans The
Children of the Dream (1969;
Les Enfants du rêve , Paris,
1971), livre consacré aux méthodes
d’éducation des kibboutz israéliens:
«Il est bien connu que les malades
en traitement avec un analyste
freudien ont tendance à faire des
rêves freudiens, alors que ceux qui
sont soignés par des analystes qui
pratiquent la méthode de Jung font
des rêves de type jungien.» La
manière dont Bettelheim envisage le
développement de la personnalité
permet de le rattacher au courant,
si vivace aux États-Unis, de la
«psychologie du Moi». Dans
Dialogues with Mothers (1962;
Dialogues avec les mères ,
Paris, 1973), il attire l’attention
des mères de famille sur tous les
menus faits qui, sans que l’on s’en
doute, marquent la vie d’un enfant
et décident de son destin. Sa
Psychanalyse des contes de fées
(Paris, 1976; The Uses of
Enchantement , 1976) étudie le
sens et l’importance des contes dans
l’éducation, notamment pour la
libération des émotions chez
l’enfant. Une série d’émissions
télévisées consacrées par Daniel
Karlin, en 1974, à Bettelheim, et
publiées sous le titre Un autre
regard sur la folie (1975), a
contribué à faire connaître le grand
thérapeute au public français.