Le
nom de Claude Bernard ne peut être passé sous silence lorsqu'on
traite de causalité ou de méthode expérimentale dans les sciences
du vivant. Venu à la célébrité mondiale en
physiologie, après quelques vicissitudes personnelles,
Claude Bernard a consacré sa carrière à la pratique et à la
défense de la médecine expérimentale,
combattant pour une recherche fondamentale qui éclaire la pratique
clinique et rende la thérapeutique réellement efficace. Dans la
mesure où la psychologie se borne souvent à reproduire, avec un
décalage dans le temps, ce qui se passa en médecine, la leçon de
Claude Bernard peut encore éclairer la réflexion des psychologues
sur l'articulation de la recherche fondamentale à l'application.
Son Introduction à la médecine expérimentale (Paris, 1965)
reste une lecture obligée pour quiconque s'aventure dans les
sciences de la vie.
Sa
démarche expérimentale portait sur
des mécanismes physiologiques dont,
de son temps, il était encore
possible de rendre compte en
examinant en succession l'effet
d'une variable à la fois. D'où le
concept d'une
causalité,
qui nous apparaît aujourd’hui
simpliste, où à chaque cause
correspond un effet, et à chaque
effet une cause. La complexification
de nos idées sur les relations
causales ne doit pas masquer ce que
cette formule comportait de positif
quant à la rigueur de la recherche
empirique et dans l'administration
de la preuve.
Ses
travaux de physiologie devaient
l'amener à préciser les notions de milieu
intérieur et d'équilibre
interne, qui préfigurent les
théories homéostasiques de
Cannon,
dont se sont inspirés dans le second
quart du XXe siècle les psychologues
de la motivation, avec les théories
basées sur la réduction du besoin.
L'une des grandes découvertes de C.
Bernard, qui le conduisit à cette
conception, fut celle de la fonction
glycogénique du foie : si
l'organisme souffre d'une
insuffisance d'apport de sucre
extérieur, le foie assure une
compensation de cette carence en
modifiant ses fonctions métaboliques
habituelles pour produire le sucre
manquant. Claude Bernard appartient
sans doute à la grande tradition
scientifique française, marquée par
le positivisme d'Auguste
Comte, confiante dans le
progrès de la science et dans son
rôle dans le bonheur de l'humanité.
Si les conceptions actuelles de la
science sont moins optimistes
qu'autrefois, il reste que les
bénéfices de la science médicale qui
sont à présent partie de notre vie
quotidienne n'existeraient pas sans
l'oeuvre de Claude Bernard.