Qu'est-ce que ATRIUM Section Mythologie et Religion ???

Bienvenue dans la section Mythologie et Religion des sites ATRIUM. Nous vous souhaitons un bon voyage, parsemé d'étapes situées entre mythologie classique et légendes modernes. Un voyage qui vous emmènera dans les bois les plus sombres de Colchide, qui vous fera traverser l'empire glacé du Niflheim ou le pays de feu du Muspelheim, mais un voyage qui vous fera aussi découvrir l'enchantement de l'Olympe, les ravissements du Valhalla ou les charmes des montagnes sacrées du Japon... Nous nous intéresserons également aux grandes religions de la planète, à leurs us et coutumes et à leurs fondements...

 

Retour au sommaire

Sommaire >>> La mythologie grecque

Thésée
 
 

Ce héros particulièrement cher aux Athéniens a attiré l'attention de bien des écrivains. Ovide, qui vivait à l'époque d’Auguste, a raconté sa vie en détail tout comme l'a fait Apollodore au Ier ou au IIe siècle de notre ère et Plutarque vers la fin du Ier siècle après J.C. Euripide a choisi Thésée pour l'un des personnages les plus importants de trois de ses oeuvres et Sophocle pour l'une des siennes. Tout comme les poètes, bien des prosateurs font allusion à ce héros. Dans l'ensemble, nous avons suivi Apollodore, mais nous avons pris à Euripide les récits de l'appel à Adraste, de la folie d’Hercule et du destin d’Hippolyte, à Sophocle celui de sa compassion pour OEdipe, à Plutarque enfin celui de sa mort qu'Apollodore résume en une seule phrase.

Thésée est par excellence le héros athénien. Il eut tant d'aventures et prit part à tant de grandes entreprises qu'un proverbe naquit à Athènes: « Rien sans Thésée ».

Il était le fils d'un Roi athénien, Egée. Toutefois, il passa sa jeunesse dans la patrie de sa mère, Trézène, une ville de la Grèce méridionale. Egée revint à Athènes avant la naissance de l'enfant mais avant de quitter Trézène, il mit son épée et ses chaussures dans un trou qu'il recouvrit d'une grande pierre, puis il dit à sa femme que lorsque le garçon - si ce devait être un garçon - serait assez fort pour soulever la pierre et prendre ce qu'elle cachait, elle devait le lui envoyer à Athènes où il se ferait reconnaître par son père.

Ce fut un garçon qui naquit et en grandissant il se montra tellement plus fort que ses contemporains, que sa mère se décida bientôt à lui montrer la pierre, qu'il souleva sans le moindre effort. Elle lui révéla alors que le temps était venu pour lui de retrouver son père, et son grand-père mit un bateau à sa disposition. Mais Thésée refusa de prendre la mer car ce genre de voyage lui paraissait trop sûr et trop aisé. Il caressait le rêve de devenir au plus vite un héros et une facile sécurité ne lui en fournirait pas le moyen. L’image d'Héraclès, le plus magnifique des héros de la Grèce, ne quittait pas son esprit et il était décidé à imiter ses exploits, ce qui n'avait rien que de très naturel puisqu'ils étaient cousins.

Refusant fermement le bateau que sa mère et son grand-père le suppliaient de prendre, il leur dit que naviguer à son bord équivaudrait à une fuite méprisable devant le danger, et, par la voie terrestre, il se mit en route pour Athènes.

Le voyage fut long et très périlleux, à cause des bandits qui infestaient les chemins. Néanmoins, il les tua tous, il n'en laissa vivre aucun qui pût menacer les futurs itinérants. Sa façon de rendre la justice était simple mais efficace: il infligeait à chacun ce qu'il avait fait subir aux autres. Sciron, par exemple, qui forçait ses captifs à s'agenouiller devant lui pour lui laver les pieds et les envoyait ensuite d'un coup de pied dans la mer, fut jeté par Thésée dans un précipice; Sinis, qui tuait les gens en les attachant à deux pins courbés jusqu'à terre et lâchait ensuite les arbres, mourut lui-même de la même mort. Procuste fut étendu sur la couche dont il usait pour ses victimes ; il rognait ou coupait ceux qui étaient trop longs, il étirait ceux qui étaient trop courts à la longueur du lit de fer sur lequel il les enchaînait. L'histoire ne dit pas laquelle des deux méthodes fut employée dans son cas, mais l'alternative ne présentait guère d'avantage ni dans un sens ni dans l'autre, et la carrière de Procuste prit fin.

Comme on peut se l'imaginer, la Grèce entière chantait les louanges du jeune homme qui avait débarrassé le pays de ces fléaux. Quand enfin il atteignit Athènes, sa réputation de héros était bien établie et le Roi l'invita à un banquet - sans savoir, bien entendu, que Thésée était son fils. En fait, la grande popularité du jeune homme l'effrayait ; il craignait qu'elle n'incitât le peuple à en faire son souverain et c'est avec l'arrière-pensée de l'empoisonner qu'il le convia au festin. L'idée ne venait pas de lui mais de Médée, l’héroïne de la Conquête de la Toison d'Or qui grâce à sa magie connaissait l'identité réelle de Thésée. En quittant Corinthe sur son char ailé, elle s'était réfugiée à Athènes et s'y était assuré une grande influence sur Egée, une influence qu’elle ne voulait pas perdre au profit d'un fils retrouvé. Mais quand elle lui tendit la coupe, Thésée, qui voulait se faire reconnaître au plus vite par son père, tira son épée. Le Roi la reconnut aussitôt et d'un geste brusque fit tomber la coupe sur le sol. Comme toujours, Médée réussit à se sauver et se réfugia saine et sauve en Asie. Dans une proclamation au peuple, Egée déclara alors que Thésée était son fils et son futur successeur. Le nouvel héritier présomptif eut bientôt l'occasion de se rendre cher aux Athéniens.

Bien des années avant son arrivée à Athènes, un terrible malheur s'était abattu sur la cité. Androgée, fils unique de Minos, le puissant Roi de Crète, perdit la vie au cours d’une visite qu’il faisait au Roi athénien. Celui-ci, au mépris de toutes traditions, avait envoyé son hôte dans une expédition pleine de périls - il s'agissait de tuer un taureau redoutable. Ce fut le taureau qui tua l’adolescent et Minos, en représailles, envahit le pays, prit Athènes et déclara qu'il raserait la ville jusqu'au sol à moins que les Athéniens ne s'engagent à lui livrer tous les neuf ans un tribut de sept jeunes gens et autant de jeunes filles. Un sort affreux attendait ces malheureux. Dès leur arrivée en Crète, ils étaient donnés en pâture au Minotaure. C'était un monstre mi-taureau, mi-homme, rejeton de la femme de Minos, Pasiphaé, et d'un taureau d'une beauté merveilleuse. Poséidon avait un jour donné ce taureau à Minos afin que celui-ci le lui offrît en holocauste, mais Minos ne put se décider à le sacrifier et le garda pour lui. En guise de châtiment, Poséidon rendit Pasiphaé amoureuse de la bête.

Quand naquit le Minotaure, Minos ne le tua pas. Il ordonna à Dédale, le grand architecte et inventeur, d'édifier un lieu de réclusion d'où il serait impossible de s'enfuir, et Dédale construisit le Labyrinthe, devenu fameux dans le monde entier. Une fois entré dans cet enchevêtrement de méandres, on n'en pouvait sortir. C'est là qu'étaient menés les jeunes Athéniens destinés à devenir les victimes du Minotaure. Ils n’avaient aucun moyen de lui échapper car s'ils couraient, ils risquaient de rencontrer le monstre à chaque détour de l'enclos comme il pouvait surgir à tout moment s'ils restaient immobiles. Tel était le destin funeste promis aux quatorze jeunes Athéniens et Athéniennes quelques jours après l'arrivée de Thésée dans la cité. L'heure avait sonné d'une nouvelle livraison du tribut. Aussitôt Thésée se présenta et offrit de se ranger parmi les victimes. Tous apprécièrent sa générosité et admirèrent sa grandeur d'âme, mais personne ne soupçonna qu'il se proposait de tuer le Minotaure. Cependant, il confia son intention à son père et lui promit, en cas de réussite, de changer en voile blanche la voile noire que l'on hissait toujours sur le bateau transportant la lamentable cargaison -, ainsi Egée apprendrait bien avant qu'il ne touche terre que son fils lui revenait sain et sauf.

Quand ils débarquèrent en Crète et avant d'être menés au Labyrinthe, les jeunes Athéniens durent défiler devant les habitants de l'île. Ariane, la fille de Minos, se trouvait parmi les spectateurs ; elle vit passer Thésée et s'en éprit à première vue. Elle fit venir Dédale et lui demanda de lui indiquer un moyen de sortir du Labyrinthe; puis elle envoya chercher Thésée ; elle lui dit qu'elle assurerait sa fuite à la condition qu'il lui promette de l'emmener avec lui à Athènes pour l'épouser. On se doute qu'il ne fit aucune difficulté pour y consentir ; alors elle lui donna ce qu'elle avait reçu de Dédale, un peloton de fil qu'il devait attacher par une extrémité à l'intérieur de la porte et dérouler au fur et à mesure de son avance. Ce qu'il fit, et désormais assuré de pouvoir retourner sur ses pas, il partit hardiment à la recherche du Minotaure. Le monstre dormait quand il le trouva; Thésée s'élança l'épée levée et le cloua au sol ; alors, avec ses poings - il n'avait plus d'autre arme,- il martela la bête à mort:

Comme un chêne tombe sur la colline

Ecrasant tout sous son poids

Ainsi fit Thésée. Il exprima la vie

De la brute sauvage et maintenant elle est morte.

Seule la tête bouge encore mais les cornes sont inutiles.

Quand Thésée se redressa après ce combat terrifiant, le peloton de fil était encore où il l'avait laissé tomber ; il ne lui restait plus qu'à reprendre le chemin de la sortie. Les autres suivirent, et emmenant Ariane avec eux, ils coururent au bateau qui revint à Athènes après avoir traversé la mer.

En cours de route, ils relâchèrent dans l'île de Naxos et ce qu'il advint alors nous est relaté avec quelques variantes. Un récit veut que Thésée y ait abandonné Ariane. Elle dormait et il en aurait profité pour reprendre la mer, sans elle. Dionysos l'aurait alors rencontrée et consolée. L'autre version est beaucoup plus favorable à Thésée. Ariane souffrant d'un violent mal de mer, le héros la fit déposer à terre pour qu'elle y prît un court repos tandis que lui-même remontait à bord pour y vaquer à quelque tâche urgente. Un vent de tempête entraîna le navire au large, l'y retenant longtemps. A son retour, le héros apprit qu'Ariane avait succombé et il en fut grandement affligé. Les deux versions conviennent qu'il oublia de hisser la voile blanche en approchant d'Athènes ; peut-être sa joie du succès de son voyage avait-elle chassé toute autre pensée de son esprit, ou encore son chagrin d'avoir perdu Ariane. Quoi qu'il en soit, la voile noire resta fixée au mât et de l'Acropole où depuis des jours il s'abîmait les yeux à observer la mer, son père l'aperçut. C'était pour lui le signe de la mort de son fils ; du haut d'un rocher il se précipita dans les flots et mourut. Et depuis lors la mer dans laquelle il tomba porte son nom, Egée.

Thésée devint donc Roi d'Athènes, et un souverain sage et désintéressé s'il en fut. Il déclara aussitôt qu'il n'avait aucun désir de régner mais souhaitait un gouvernement du peuple par le peuple, où tous seraient égaux. Il renonça donc au pouvoir royal et instaura la république ; il fit édifier une salle du conseil où tous les citoyens se réuniraient désormais et voteraient. Il ne garda pour lui-même que la charge de Commandant en Chef. Et ainsi Athènes devint de toutes les cités du monde la plus heureuse et la plus prospère, l'unique foyer d'une réelle liberté, le seul endroit sur la terre où les hommes se gouvernaient eux-mêmes. Et ce fut pour cette raison que pendant la grande Guerre des Sept contre Thèbes, quand les Thébains victorieux refusèrent la sépulture à ceux de leurs ennemis qui avaient succombé, les vaincus se tournèrent vers Thésée et Athènes, persuadés que des hommes libres conduits par un tel homme ne consentiraient jamais à une telle injustice envers les morts. Leur prière ne fut pas vaine. Thésée mena son armée contre Thèbes, conquit la cité et l'obligea à accorder la sépulture aux morts. Mais le héros triomphant refusa de rendre aux Thébains le mal pour le mal et se conduisit en parfait chevalier. Il interdit à ses soldats d'entrer dans la ville et de la piller ; il n'était pas venu pour châtier les Thébains mais pour enterrer les morts argiens et son devoir accompli, il ramena son armée à Athènes.

Il fait preuve des mêmes qualités dans bien d'autres récits encore. Il accueillit OEdipe vieillissant que tous avaient rejeté ; il resta à son côté quand il mourut, le soutenant et le réconfortant. Il protégea les deux filles sans appui du même OEdipe et à la mort de leur père les renvoya saines et sauves dans leur, pays. Quand, dans un accès de folie, Héraclès tua sa femme et ses enfants et voulut ensuite se tuer en retrouvant la raison, Thésée seul demeura près de lui. Craignant d'être contaminés par la présence d'un homme coupable d'un tel crime, tous les autres amis d'Héraclès avaient fui, mais Thésée lui tendit la main, releva son courage, lui fit comprendre que se donner la mort serait une lâcheté et enfin le ramena avec lui à Athènes.

Cependant tous les devoirs d'Etat et tous les exploits requis d'un chevalier-errant pour défendre les faibles et les opprimés ne pouvaient suffire à refréner la passion de Thésée pour le danger en soi. Il se rendit au pays de ces femmes guerrières, les Amazones, - les uns disent avec Héraclès, les autres, seul - et il enleva leur Reine, parfois nommée Antiope et parfois Hippolyte. Il est certain que le fils qu'elle donna à Thésée s'appelait Hippolyte et qu'après sa naissance les Amazones envahirent l'Attique, le pays qui entoure Athènes, et réussirent même à pénétrer dans la cité. Elles furent finalement vaincues et tant que vécut Thésée, nul autre ennemi n'entra jamais plus dans Athènes.

Il eut bien d'autres aventures. Il fut de ceux qui s'embarquèrent sur l'Argo et partirent à la Conquête de la Toison d'Or. Il prit part à la grande Chasse Calydonienne, quand le Roi de Calydon fit appel aux princes les plus nobles de la Grèce pour l'aider à exterminer le terrible sanglier qui ravageait son pays. Ce fut alors que Thésée sauva la vie de Pirithoüs, son téméraire et impétueux ami, comme il devait encore le faire bien souvent par la suite. Si Pirithoüs était tout aussi aventureux que Thésée, il ne remportait certes pas les mêmes succès et se trouvait ainsi perpétuellement en difficulté. Thésée, qui lui était fort attaché, l'aidait chaque fois à se tirer d'affaire. Cette amitié naquit à l'occasion d'un acte particulièrement irréfléchi - même de la part de Pirithoüs. Un jour, l'idée lui vint de se rendre compte par lui-même si Thésée méritait bien sa réputation; il pénétra donc en Attique et vola une partie du bétail du héros. Quand il apprit que Thésée le poursuivait, loin de se hâter de fuir, il revint en arrière à sa rencontre, dans l'intention de se mesurer avec lui et de décider en champ clos lequel des deux était le plus brave. Mais tandis qu'ils se tenaient face à face, Pirithoüs, impulsif comme toujours, se laissa emporter par son admiration pour l'autre et en oublia tout le reste. Il tendit la main et s'écria - " Je me soumettrai à toute pénalité qu’il te plaira de m'imposer. Je te laisse juge! " Thésée, ravi de ce geste chaleureux, répondit: " Je ne demande qu'une chose, t'avoir pour ami et frère d'armes ". Et ils se jurèrent une amitié éternelle.

Quand Pirithoüs, qui était Roi des Lapithes, se maria, Thésée se trouvait bien entendu parmi les convives et se montra fort utile en la circonstance. Ce festin de noces est peut-être l'un des plus malheureux qui aient jamais eu lieu. Des Centaures, créatures dont chacune avait le corps d'un cheval et la tête et le tronc d'un homme, étaient parents de la fiancée et à ce titre invités au mariage. Ils s'enivrèrent et décidèrent de s'emparer des femmes présentes. Thésée bondit au secours de la mariée et tua le centaure qui tentait de l'enlever. Une mêlée terrible suivit mais les Lapithes furent vainqueurs et avec l'aide de Thésée, qui combattit avec eux jusqu’à la fin, ils chassèrent du pays toute la race des Centaures.

Mais dans la dernière aventure qu'ils entreprirent ensemble, Thésée ne put sauver son ami. Après la mort de l'épousée de ce désastreux festin de noces, Pirithoüs, par un trait bien typique de son caractère, décida que sa seconde femme devait être la dame la mieux protégée de l'univers, nulle autre que Perséphone elle-même. Thésée accepta bien entendu de lui prêter secours, mais probablement stimulé par la perspective d'une entreprise si magnifiquement dangereuse, il déclara qu’il voulait lui-même d'abord enlever Hélène, la future héroïne de Troie alors encore une enfant pour l'épouser plus tard, quand elle aurait grandi. Ceci, bien que moins hasardeux que le rapt de Perséphone, présentait assez de péril cependant pour satisfaire le plus ambitieux. Hélène avait deux frères, Castor et Pollux, qui étaient de taille à lutter contre n'importe quel mortel. Thésée réussit ; on ne nous dit pas comment - à enlever la petite fille, mais les deux frères marchèrent contre la ville où elle avait été menée et la délivrèrent. Heureusement pour lui, ils n'y trouvèrent pas Thésée; avec Pirithoüs, il était en route pour le monde souterrain.

Nous ne connaissons rien des détails de leur voyage et de leur arrivée - sauf le fait que le Seigneur du Hadès était parfaitement au courant de leur intention et se divertissait fort de la contrarier d'une façon originale. Il ne les tua pas, bien entendu, puisqu'ils étaient déjà parvenus dans le royaume des morts, mais en geste amical il les convia à s'asseoir en sa présence. Ils prirent donc place sur le siège qu'il leur désignait - et Ils y demeurèrent. Ils ne pouvaient s'en relever. Ce siège était appelé la Chaise de l'Oubli. Celui qui s'y asseyait était figé dans l'immobilité, son esprit se vidait, Il perdait toute mémoire. C'est là que Pirithoüs est fixé à jamais, mais Thésée fut délivré par son cousin. Quand Héraclès descendit dans le monde souterrain, il souleva Thésée du siège et le ramena sur terre. Il tenta de faire de même pour Pirithoüs mais en vain. Le Roi des Morts, sachant que celui-ci avait formé le projet d'enlever Perséphone, n'allait pas le relâcher.

Dans les dernières années de sa vie, Thésée épousa la soeur d'Ariane, Phèdre, et par là il attira bien des malheurs sur lui-même, sur sa femme et sur Hippolyte, le fils que lui avait donné l'Amazone. Il avait envoyé Hippolyte, encore enfant, dans la vieille cité méridionale où il avait lui-même passé sa jeunesse. Le jeune garçon devint un jeune homme splendide, un athlète accompli et un grand chasseur n'ayant que mépris pour ceux qui vivent dans un luxe facile et plus encore pour ceux qui sont assez sots et faibles pour succomber à l'amour. Il dédaignait Aphrodite et ne vénérait qu'Artémis, la belle et chaste chasseresse. Les choses en étaient là lorsque Thésée revint à son ancienne demeure, amenant Phèdre avec lui. Une grande affection unit aussitôt le père et le fils ; ils n'étaient jamais aussi heureux que lorsqu'ils se trouvaient ensemble. Quant à Phèdre, son beau-fils ne s'aperçut même pas de sa présence; jamais il ne remarquait les femmes. Mais il en allait tout autrement avec elle. Follement, désespérément, elle s'éprit du jeune homme ; bien "accablée par la honte d'un tel amour", elle se sentait tout à fait incapable d'y résister. Aphrodite, qui en voulait à Hippolyte et était bien résolue à le châtier durement, était à l'arrière-plan de cette sinistre situation.

Désespérée, épouvantée, ne voyant nulle part où trouver du secours, Phèdre prit la décision de se donner la mort sans en révéler la raison à personne. Thésée était alors absent mais la vieille nourrice de Phèdre - qui lui était toute dévouée et n'aurait pu blâmer le moindre de ses désirs - découvrit tout, sa passion secrète, son désespoir, et ses projets de suicide. N'ayant qu'une pensée en tête, celle de sauver sa maîtresse, elle s'en fut droit chez Hippolyte.

- Elle meurt d'amour pour vous, lui dit-elle. Rendez-lui la vie. Rendez-lui amour pour amour.

Hippolyte recula avec horreur. L’amour de n'importe quelle femme lui aurait répugné mais cette passion coupable lui donnait la nausée et le révoltait. Il se précipita dans la cour du palais, elle sur ses talons, le suppliant toujours. Phèdre s'y trouvait assise mais il ne la vit pas. Avec une colère indignée, il se tourna vers la vieille femme:

- Scélérate, qui veut me faire trahir mon père! dit-il. - D'entendre de telles paroles, déjà je me sens souillé. Oh femmes, viles femmes - chacune d'elles est vile! Jamais plus je n'entrerai dans cette maison en l'absence de mon père.

Il s'enfuit; la nourrice regarda Phèdre qui s'était levée et dont le visage avait une expression qui effraya la vieille femme.

- Je t'aiderai encore, bégaya-t-elle.

- Tais-toi, dit Phèdre. Je m'occuperai moi-même de mes propres affaires.

Sur ces mots, elle entra dans la maison et la nourrice, tremblante, s'y glissa derrière elle. Quelques minutes plus tard, on entendit des voix d'hommes qui accueillaient le maître de céans, et Thésée entra dans le vestibule. Des femmes en pleurs vinrent à sa rencontre. Elles lui dirent que Phèdre était morte. Elle s'était tuée ; elles venaient de la trouver, sans vie, mais sa main tenait encore une lettre adressée à son époux.

- 0 très chère, dit Thésée, - m'aurais-tu écrit là tes derniers désirs ? Voici ton sceau - le sceau de celle qui jamais plus ne me sourira.

Il ouvrit la lettre, la lut, la relut. Puis il se tourna vers les serviteurs groupés dans le vestibule. 

- Cette lettre clame à grands cris, dit-il. - Les mots parlent ; ils ont une voix. Sachez tous que mon fils a porté les mains sur ma femme. O Poséidon, ô dieu, entends ma malédiction et charge-toi de l'accomplir.

Le silence qui suivit fut rompu par un bruit de pas rapides. Hippolyte entra.

- Que s'est-il passé ? s'écria-t-il. - Comment est-elle morte ? Père, apprends-le moi toi-même. Ne me cache pas ta peine.

- On devrait pouvoir mesurer l'affection à son aune, dit Thésée. - Il devrait exister un moyen de reconnaître à qui se fier, de qui se défier. Vous tous ici, regardez mon fils que la main de la morte accuse. Il lui a fait violence - les mots que voici l'emportent sur tous ceux qu'il pourrait prononcer. Va-t'en. Tu es banni de ce pays. Va vers ta ruine, à l'instant même.

- Père, répondit Hippolyte, - je n'ai aucun talent pour les mots et il n'existe aucun témoin pour te dire mon innocence ; la seule qui pourrait le faire est morte. Je ne peux que jurer sur Zeus, le très haut, que jamais je n'ai porté la main sur ton épouse, jamais je n'ai souhaité le faire, jamais je ne lui ai accordé une pensée. Que je meure dans les tourments si je suis coupable !

- Morte, elle en donne la preuve, dit Thésée. - Va-t-en. Tu es banni.

Hippolyte partit, mais non en exil; pour lui aussi la mort était proche. Comme il se dirigeait vers la route longeant la mer et s'éloignait du foyer qu'il quittait à jamais, la malédiction de son père s'accomplit. Un monstre surgit des flots et les chevaux, terrifiés, échappant au ferme contrôle de leur conducteur, s'emballèrent. Hippolyte tomba du char fracassé, blessé à mort.

Thésée ne fut pas épargné. Artémis lui apparut et lui révéla la vérité.

Ce n'est pas un secours que je t'apporte mais seulement de la peine

Afin de te convaincre de l’honneur de ton fils.

Ta femme était coupable; folle d'amour pour lui,

Elle lutta contre sa passion et elle mourut.

Mais ce qu'elle a écrit n'est que mensonge.

Thésée l'écoutait encore, accablé par une telle accumulation d'événements affreux, quand on apporta Hippolyte. Il haleta:

- J'étais innocent. Artémis, te voilà ? Ma déesse, ton chasseur se meurt.

- Et nul autre ne peut te remplacer, toi qui m'es le plus cher des mortels, lui dit-elle.

Hippolyte détourna les yeux de cette vision radieuse pour les porter sur son père effondré.

- Père, cher père, dit-il. - Rien de tout ceci n'est de ta faute.

- Si seulement je pouvais mourir pour toi, s'écria Thésée.

La voix douce et calme de la déesse se fit entendre. Prends ton fils dans tes bras, Thésée. Ce n'est pas toi mais Aphrodite qui l'a tué. Apprends ceci: jamais Hippolyte ne sera oublié. Toujours les hommes se souviendront de lui dans leurs chants et leurs récits. Elle disparut, mais Hippolyte lui aussi les avait quittés. Déjà il cheminait sur la route qui mène au royaume de la Mort.

La fin de Thésée fut, elle aussi, pitoyable. Il se trouvait à la cour d'un ami, le Roi Lycomède, celle-là même où quelques années plus tard Achille devait chercher refuge sous un déguisement féminin. Les uns disent que Thésée s'y était rendu parce qu'Athènes l'avait banni. Quoi qu'il en soit, le Roi son hôte et ami, le tua, sans qu'on nous dise pourquoi.

Banni ou non par les Athéniens, ceux-ci, après sa mort, l'honorèrent plus qu'aucun autre mortel. Ils lui élevèrent un superbe tombeau et décrétèrent que ce lieu serait désormais le sanctuaire de tous les esclaves, de tous les pauvres et opprimés, en mémoire de celui qui toute sa vie s'était fait le protecteur des êtres sans défense.

 

Retour au sommaire

 
 
 

Source

- La Mythologie, Edith Hamilton, Marabout 1978

- Les grands figures des mythologies, Fernand Comte, Bordas 1999

- Encyclopédie Universalis © 1998 Encyclopædia Universalis France S.A. 

 

 
 Liens Internet      
 
 Votre site ici !!! Ecrivez-nous pour ajouter votre site à nos pages...
       
 
Copyright © Yannick RUB