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Bienvenue dans la section Mythologie et Religion des sites ATRIUM. Nous vous souhaitons un bon voyage, parsemé d'étapes situées entre mythologie classique et légendes modernes. Un voyage qui vous emmènera dans les bois les plus sombres de Colchide, qui vous fera traverser l'empire glacé du Niflheim ou le pays de feu du Muspelheim, mais un voyage qui vous fera aussi découvrir l'enchantement de l'Olympe, les ravissements du Valhalla ou les charmes des montagnes sacrées du Japon... Nous nous intéresserons également aux grandes religions de la planète, à leurs us et coutumes et à leurs fondements...

 

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Sommaire >>> La mythologie grecque

L'aventure de Phaëton
 
 

C'est l'un des meilleurs contes d'Ovide ; il est narré de façon fort vivante et les détails sont là non par simple souci décoratif mais pour rehausser l'effet.

Le palais du Soleil était un lieu radieux. L'or y brillait, l'ivoire y reluisait, les joyaux y scintillaient. Dedans, dehors, tout y étincelait, rayonnait, flamboyait. Midi y était l'heure, unique et le crépuscule n'en assombrissait jamais l'éclat. L'ombre et la nuit y étaient inconnues. Rares étaient les mortels qui auraient pu supporter cette éternité lumineuse, mais rares aussi étaient ceux qui en avalent trouvé le chemin. Un jour cependant, un adolescent - mortel par sa mère - osa s'en approcher. Souvent, il dut s'arrêter pour reposer ses yeux éblouis, mais l'objet de sa course était tellement urgent qu'il persista, et forçant le pas, il se dirigea vers le palais, puis à travers les portes polies, jusqu'à la salle du trône où, entouré par une splendeur aveuglante, se tenait le dieu Soleil. Là, le jeune garçon dut enfin s'arrêter ; il n'en pouvait plus.

Rien n'échappe aux yeux du Soleil. Il aperçut aussitôt le jeune garçon et le regarda avec une très grande bienveillance. « Quelle raison t'a mené jusqu'ici ? » lui demanda-t-il. « Je suis venu », répondit hardiment l'autre, « pour découvrir si oui ou non vous êtes mon père. Ma mère l'affirme, mais les garçons, à l'école, se moquent de moi quand je leur dis que je suis votre fils. Ils ne veulent pas me croire. J’en ai parlé à ma mère et elle m'a dit que je ferais mieux de venir vous le demander. » Souriant, le Soleil enleva sa couronne de lumière afin que le garçon pût le regarder sans en souffrir. « Approche-toi, Phaéton », dit-il. « Tu es mon fils. Ta mère t'a dit la vérité. J'espère que tu ne douteras pas aussi de ma parole ? Mais je vais t’en donner une preuve. Exprime un voeu. Quel qu'il soit, - j'en jure par le Styx, le fleuve du serment, - je te l'accorderai. »

A n'en pas douter, Phaëton avait souvent observé la course du Soleil à travers l'espace et s'était dit alors avec un sentiment fait pour moitié de crainte et pour moitié de fierté: « Voici mon père, là-haut », se demandant ce qu'on pouvait éprouver à être dans ce char, à mener les chevaux dans leur course vertigineuse, à donner la lumière au monde. A présent, les mots de son père rendaient possible ce rêve insensé. Sur-le-champ, il s'écria: « Je choisis de prendre ta place, père. C'est mon seul désir. Pour un jour, un seul, laisse-moi conduire ton char. »

Le Soleil comprit sa propre folie. Comment avait-il pu prêter ce serment fatal, pourquoi s'était-il engagé à céder au premier caprice qui passerait par la tête folle d'un jeune étourdi ? « Cher garçon », dit-il, « c'est la seule chose que je t'aurais refusée. Je sais que je ne peux plus le faire, j'ai juré par le Styx, et si tu persistes, il faudra que je cède. Mais je veux espérer que tu renonceras. Ecoute-moi, et je te dirai ce que signifie ton voeu. Tout autant que le mien, tu es le fils de Clymène. Tu es donc mortel et nul mortel ne peut conduire mon char. En vérité, aucun dieu sauf moi-même ne peut le faire, pas plus le Maître de l'Olympe que les autres. Pense à la route qu'il te faudrait suivre. Elle s'élève de la mer par une pente si raide que les chevaux ont peine à la gravir, tout frais qu'ils soient dans le jeune matin. A mi-ciel, elle est déjà si haut que j'ose à peine moi-même jeter un coup d'oeil vers le bas. Mais pire que tout le reste est la descente ; elle est tellement précipitée que les dieux de la Mer, qui attendent ma venue, se demandent comment je parviens à éviter la chute. Et guider les coursiers est une lutte perpétuelle. Leur fougue s'échauffe au fur et à mesure de leur ascension et ils supportent avec peine mon contrôle. Que feraient-ils sous le tien ? Tu t'imagines peut-être qu'il y a là-haut toutes sortes de merveilles, des cités célestes remplies de splendeur ? Rien de tout cela. Tu rencontrerais des bêtes, des bêtes de proie féroces, et rien qu'elles ; le Taureau, le Lion, le Scorpion, le Cancer, et chacun d'eux tenterait de te faire du mal. Laisse-toi persuader. Regarde autour de toi ; vois tous les biens que t'offre ce monde généreux ; choisis parmi eux celui que ton coeur désire et il t'appartiendra. Si tu cherches la preuve que tu es bien mon fils, mes craintes pour toi prouvent à suffisance que je suis ton père. »

Mais rien dans ce discours si sage ne put convaincre Phaéton. Déjà il se voyait fièrement debout dans ce char prodigieux, ses mains guidant triomphalement ces coursiers que Jupiter lui-même ne pouvait maîtriser. Aux dangers que son père énumérait, il n'accorda pas une pensée; il n'éprouva pas un seul frisson de crainte, pas un doute au sujet de ses forces. Voyant qu'il n'obtenait rien, le Soleil renonça enfin à le dissuader. D'ailleurs, le temps pressait; le moment du départ approchait. Déjà les portes de l'Est s'empourpraient et l’aurore avait ouvert ses parvis roses. Les étoiles quittaient le ciel et même l'étoile du Matin pâlissait

Aucune hâte n’était nécessaire mais tout était prêt. Les Saisons, ces concierges de l'Olympe, attendaient le moment d'ouvrir toutes grandes les portes. Les chevaux étaient bridés et attelés au char. Heureux et fier, Phaëton y monta et les coursiers s'élancèrent. Il avait fait son choix; maintenant, quoi qu'il arrivât, il ne pouvait plus changer de voie. Il n'en avait nulle envie d'ailleurs, grisé par ce premier et enivrant envol à travers l'éther, tellement rapide que le Vent d'Est fut gagné de vitesse et de loin dépassé. Les sabots ailés des chevaux foulaient les bancs de nuages bas amoncelés sur l'océan, puis, plus haut, toujours plus haut, ils entraînèrent le char jusqu'au firmament. Pendant quelques instants, Phaëton connut une sorte d'extase. Il se crut le Seigneur des Cieux. Mais soudain, tout changea. Le char oscillait, le galop s'accélérait, Phaëton n'avait plus les chevaux en mains ; c'était eux et non plus lui qui dirigeaient la course. Ce poids léger, ces faibles mains qui se cramponnaient aux rênes leur avaient dit que leur conducteur n'était pas là ; ils étaient donc les maîtres puisque nul autre ne pouvait les dominer. Ils quittèrent la route et s'élancèrent au hasard de leur caprice, à droite, à gauche, en haut, en bas. Ils évitèrent de justesse une collision avec le Scorpion et faillirent heurter le Cancer. De terreur, le pauvre conducteur de char était maintenant à demi évanoui et il laissa tomber les rênes. Ce fut le signal d'une course plus folle encore et toujours plus téméraire. Les chevaux bondirent au plus haut du ciel puis plongèrent, tête baissée, vers la terre, et ils mirent le monde à feu. Les montagnes les plus élevées furent les premières à s'embraser. Le mont Ida, l'Hélicon où demeurent les Muses, le Parnasse et l'Olympe qui perce les nues. Courant au long des pentes rapides, les flammes gagnèrent les vallées profondes et les sombres forêts, jusqu'à ce qu'enfin tout ne fût plus qu'un immense brasier. Les ruisseaux furent transformés en buée, les rivières se tarirent. On dit que c'est alors que le Nil s'enfuit et cacha sa tête, que l'on n'a pas encore retrouvée.

Enveloppé de fumée épaisse et d'intense chaleur comme dans une fournaise ardente, Phaëton se maintenant avec peine dans le char. Il n'avait plus qu'un désir, voir la fin de cette horreur et de cette épouvante ; il aurait accueilli la mort avec soulagement. La Mère Terre, elle aussi, ne pouvait en supporter davantage; elle poussa un grand cri qui parvint jusqu'aux dieux. Du haut de l'Olympe, ils jetèrent les yeux sur elle et ils virent que si le monde devait être sauvé, il leur fallait agir promptement. Jupiter saisit son foudre et le lança sur le conducteur étourdi et repentant. Il le tua, il fracassa le char et il précipita les chevaux affolés dans la mer.

Tout en feu, Phaëton tomba à travers l'espace jusqu’à la terre. L'Eridan, ce fleuve mystérieux que nul oeil mortel n'a jamais vu, le reçut ; il éteignit les flammes et rafraîchit le pauvre corps. Emues de pitié envers ce jeune homme si hardi et trop jeune encore pour la mort, les naïades l'ensevelirent et gravèrent sur sa tombe:

Ici repose Phaëton, qui conduisit le char du Soleil.

Il échoua grandement mais il avait grandement osé.

Ses soeurs, les Héliades, filles elles aussi d'Hélios, le Soleil, vinrent pleurer sur sa tombe; elles furent changées en peupliers, sur les berges de l'Eridan,

Où leurs pleurs à jamais se mêlent aux eaux du torrent.

Chacune de leurs larmes brille dans l'onde

Comme une goutte d'ambre étincelante.

 

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Source

- La Mythologie, Edith Hamilton, Marabout 1978

- Les grands figures des mythologies, Fernand Comte, Bordas 1999

- Encyclopédie Universalis © 1998 Encyclopædia Universalis France S.A. 

 

 
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