Le
nom de mythe vient du grec muthos
("parole" puis "récit transmis"), le mythe
est donc bien un récit, d'origine religieuse, qui raconte les
événements tels qu'ils se seraient produits dans des temps
antérieurs à ceux du temps présent.
Le
mythe, un récit ?
C'est
positivement qu'il faut répondre à cette question, car au-delà
des très nombreuses acceptions du mot, les spécialistes de
toutes les disciplines s'accordent pour voir dans le mythe
une
histoire symbolique,
simple et frappante. Le mythe se caractérise (par rapport à
l'allégorie ou au symbole par exemple) en ce qu'il possède plus
qu'une forme descriptive, il possède une forme
narrative.
L'action des personnages s'inscrit dans un déroulement
chronologique précis. S'il
faut connaître un nom de ces spécialistes du mythe, c'est
peut-être celui de Gilbert
Durand (né
en 1921) véritable fondateur de la mythocritique.
Celui-ci parle d'"un
système dynamique de symboles, d'archétypes et de schèmes"
qui tendent à se constituer en récit. Toujours en ce qui
concerne l'aspect temporel, Claude
Lévi-Strauss
(le célébre ethnologue) relève que les événements rapportés
par le mythe sont éloignés dans le temps, situés dans un
temps avant l'histoire,
"avant
la création du monde"
ou "pendant
les premiers âges".
Mircea Eliade (1907-1986) explique:
"Le
mythe raconte une histoire sacrée; il relate un événement qui a
eu lieu dans le temps primordial, le temps fabuleux des
"commencements"".
Quel
fondement religieux
?
Le
mythe relate une histoire sacrée, on l'a bien compris, mais cette
histoire sacrée a été l'objet d'une croyance religieuse.
Contrairement au conte, les personnages et les objets du mythe
possèdent une sorte d'aura
sacrée
ou sont l'objet d'un culte
tel Achille, Hélène ou Dionysos. Les processions, les sacrifices
ou les fêtes, bref cet ensemble de rites, redonnent vigeur au
mythe en le réactivant
dans le temps historique
et en l'érigeant en modèle des conduites à suivre et des
actions à exécuter. Cette dimension religieuse peut expliquer
alors cette puissance d'investissement de la sensibilité du
lecteur ou de l'auditeur. Car il est indéniable que le mythe
exerce une fascination sur ceux qui l'entendent: par sa manière
de dramatiser les événements, par sa coloration affective, par
son propre dynamisme le mythe est fascinant. Pour Mircea Eliade,
le mythe fixe "les
modèles exemplaires de toutes les actions humaines significatives"
et par là il constitue le lieu théâtral où se jouent les
conflits intérieurs et extérieurs livrés par l'homme.
Le
mythe comme réponse aux questions des hommes ?
Le
mythe cherche à expliquer
les causes des choses connus.
Cela peut sembler étrange car il s'oppose bien souvent au
discours rationnel, au "logos" qui démontre. Le
"muthos" est forgé par l'imagination,
transmet un message à un destinataire. Il propose une explication
des phénomènes connus, il répond aussi à la question cruciale
qui est celle des origines:
la création du monde, la naissance de l'humanité, la fondation
d'une cité, l'établissement d'un pouvoir...tout en
s'interrogeant sur la place de l'homme sur le plan social,
politique, religieux. Le
mythe donne aussi une représentation de l'"ailleurs":
la descente aux Enfers est pour le moins effrayante. Le mythe se
différencie des contes et des légendes en ce qu'il est
reconnu
pour vrai par la société.
Parce qu'il faut bien voir que malgré la charge de surnaturels et
de merveilleux, le
mythe ramène toujours à la réalité du monde. Bref,
le mythe se distingue de l'allégorie par son dynamisme, du conte
et de la fable par son retour au réel, de la légende par son
aspect général.
"Le
mythe est le lieu où l'objet se crée à partir d'une question et
de sa réponse {...}, le mythe est le lieu où, à partir de sa
nature profonde, un objet devient création" André
Jolles, Formes simples, 1972