Zeus les lui fit rendre et il obtint
le pardon d'Apollon en lui offrant
la lyre qu'il venait d'inventer,
faite de trois cordes fixées à une
écaille de tortue. Il y a peut-être
une relation entre ces récits très
anciens et le fait qu'il était aussi
le dieu du Commerce et des Marchés,
le protecteur des négociants. Il
était encore le guide solennel des
morts, le Héraut divin qui menait
les âmes à leur dernière demeure.
Aucune autre divinité n'apparaît
aussi souvent que lui dans les
légendes mythologiques.
Ruse, inventivité, connaissance et
maîtrise des choses, telles sont les
qualités éminentes d’Hermès.
Sitôt né, après s’être délié de ses
langes, Hermès quitte l’antre
maternel: de la
tortue de montagne
qu’il rencontre sur le seuil, il
fabrique la lyre; puis, se dirigeant
vers la Piérie (pâturage divin), il
vole cinquante vaches à
Apollon. Vol
rusé, qu’il masque en renversant les
traces des animaux (marche à
reculons) et en mettant à ses pieds
des sandales de tamaris et de myrte
tressés. Vol qu’il dit être la
meilleure technè pour
parvenir à acquérir sa part de
timè , c’est-à-dire son lot de
biens et de reconnaissance comme
dieu à part entière dans l’Olympe.
Deux étapes marquent cette lutte
pour la reconnaissance, qui se fait
bientôt lutte de kratos
(puissance, pouvoir) entre Hermès et
Apollon, le grand frère solidement
nanti: la première est de sacrifier
deux génisses du troupeau divin
(après avoir inventé la pureia ,
fabrication du feu par frottage du
bois) contre toutes les règles de
distinction des parties de viande (hosios ,
hiéros , géras ,
distribution par tirage au sort) au
profit d’une interchangeabilité des
parts; en ne consommant aucune de
ces parts, il s’inclut finalement
dans la koinônia
(communauté) des douze grands dieux.
Au mouvement d’humanisation de ce
troupeau, qui désormais stabulera et
se reproduira en se multipliant,
correspond symétriquement le procès
du passage d’Hermès, initialement
immortel mais non reconnu comme
dieu, à la divinité pleine et
entière, accordée par la dikè de Zeus, qui conseille le règlement
à l’amiable du litige entre les deux
frères. Passage dû tout entier au
pouvoir de renversement d’Hermès
(renversement rusé des traces;
renversement d’Apollon qui, lié par
le plaisir et le désir de la lyre,
s’avère être le plus faible;
renversement convaincant dans sa
défense devant le tribunal de Zeus),
ce qui le qualifie comme divinité à
mètis , à l’intelligence
rusée (polumètis , très
audacieux; amèchanos , qui ne
peut être pris au piège; athiktos ,
insaisissable; poikilos ,
chatoyant, trompeur). Passage par
transaction et échange entre la lyre
et les attributs divins d’Apollon
(maîtrise des troupeaux, maintien
secondaire des Thries) qui marque
définitivement du sceau de la
mobilité et de l’ambiguïté la
position d’Hermès entre les dieux et
les hommes.
Hermès est le dieu de toute parole : la parole,
véhicule des échanges, expression de
la galanterie et des transports
amoureux et message de connaissance,
mais aussi la parole mensongère qui
déguise la vérité, brouille les amants et discrédite les partages. Il est
l'intermédiaire qui va des hommes à
l'Olympe et de l'Olympe à l'Hadès. Dieu aux multiples pouvoirs, Dieu du commerce, il est le seul qui soit parvenu à
l'immortalité à la suite d'un
contrat. Il préside aux échanges et
conduit Priam dans le rachat du
corps d'Hector (L'Iliade, XXIV,
317-330).
Dieu inventeur et magicien, dès qu'il est sorti de son
berceau, nous avons dit qu'il
invente la lyre faite d'une carapace
de tortue et en fait don à Apollon
(Hymne homérique à Hermès, 24 sqq.).
La flûte est aussi l'une de ses inventions, qu'il
échange à Apollon contre la
verge d'or (le caducée) et des
leçons de divination.
Il donne à Ulysse le moly, la plante magique qui
protège des enchantements (L'Odyssée, X,
307). Zeus est particulièrement fier de l'esprit créateur de
son dernier-né ; il en fait son
héraut personnel et celui des dieux
infernaux, Hadès et
Perséphone (L'Odyssée,
V, 28). Messager, il vient après le
déluge s'enquérir des désirs de
Deucalion, il donne le bélier à la
toison d'or à Néphélé, la lyre à
Amphion, l'épée à
Héraclès, le
casque d'Hadès à
Persée. Les légendes les plus
complètes que nous a laissées la
tradition grecque concernent
l’histoire de ses enfances (Hymne
homérique à Hermès ;
Bibliothèque d’Apollodore , III,
X, 2; Sophocle, Les Limiers ).