Mentionné
deux fois dans L’Iliade (II,
731 et IV, 194 sqq.) comme le père
des deux plus habiles médecins du
camp grec,
Machaon et
Podalirios,
Asclépios n’est pas un héros parmi
d’autres et, s’il n’a plus
aujourd’hui de sanctuaire comme il
en eut jadis à
Épidaure puis à
Athènes,
il n’est pas dit qu’il ne continue
pas à inspirer aux mortels une
secrète ferveur. C'est donc surtout
à Epidaure que son culte se
développa. On y vient chercher la
guérison. Les règles à observer y
sont impératives: il faut une
grande pureté pour obtenir les
bienfaits du dieu. Jeûne,
abstinence, abstention des rapports
sexuels y sont exigés. Les dortoirs
où couchent les fidèles sont visités
par des serpents non venimeux: on y
dort à même le sol. Le dieu vient
pendant le sommeil sous forme de
songes. C'est de cette manière qu'il
accomplit le miracle de guérison ou
donne le traitement à suivre.
La version la plus répandue de sa
légende fait de lui le fils d’Apollon
et de Coronis,
fille du roi des Lapithes,
Phlégyas.
Celle-ci, dont le nom est sans doute
une altération du mot grec qui
désigne la corneille, aurait cédé
aux avances d’un mortel, nommé
Ischys,
alors qu’elle était enceinte des
œuvres du dieu. Bien mal lui en
prit, car ce dernier, immédiatement
averti par la corneille qu’il avait
laissée auprès d’elle, la tua. Selon
une autre version, Apollon aurait
été prévenu par son don de
divination et se serait vengé non
seulement de Coronis, mais aussi de
la corneille — qui avait trop
attendu — en faisant d’elle, de
blanche
qu’elle était, l’oiseau noir qu’elle
est restée depuis. Quoi qu’il
en soit, le dieu ne laissa pas périr
son fils et l’arracha aux entrailles
de sa mère avant que celle-ci ne fût
consumée sur le bûcher funéraire.
S’il existe d’autres traditions
relatives à la naissance
d’Asclépios, il est néanmoins
beaucoup plus plaisant de penser que
le héros de la médecine est venu au
monde grâce à une
césarienne,
avant terme. Comme beaucoup
d’enfants ainsi très tôt soustraits
à la douce chaleur maternelle,
Asclépios fut confié aux soins
attentifs du centaure
Chiron,
le plus grand pédagogue du monde
hellénique, qui l’initia dans l’art
où il devait s’immortaliser: il
acquiert ainsi la connaissance des
incantations, des philtres, des
drogues et de la chirurgie.
Mais il lui fallut mourir avant de
connaître son apothéose, mourir en
raison même du pouvoir qu’il avait
reçu d’Athéna
de ressusciter les morts avec le
sang des veines du côté droit de la
Gorgone
et, peut-être aussi, de donner la
mort avec le sang du côté gauche.
Qu’Asclépios ait largement fait
usage du remède — en faveur
notamment de
Glaucos, le fils de
Minos,
et d’Hippolyte,
le fils de
Thésée — et n’ait pas du tout
usé du poison ne change rien au fait
que, du point de vue de
Zeus,
un point de vue qui, on le
remarquera, est loin d’être insensé,
il menaçait l’ordre de l’univers: en
effet, les hommes vont-ils devenir
immortels et les dieux perdre leurs
privilèges ?
La foudre vint donc mettre fin à la
carrière terrestre du héros, qui
alla rejoindre les cieux où il
réapparaît désormais chaque nuit
sous la forme du
Serpentaire,
constellation aussi appelée
Ophiuchus («Qui tient le serpent»),
ou encore Esculape, nom latin
d’Asclépios.
L’attribut le plus connu de
l’ancêtre des médecins est en effet
constitué par des
serpents
enroulés autour d’un bâton:
un caducée en quelque sorte, mais
qui n’a évidemment aucun rapport
avec celui du dieu
Hermès.
Asclépios ne rejoint donc pas
l'Hadès mais devient dieu à part
entière.
Enfin, l’étymologie supposée de son
nom ne manque pas d’intérêt:
Asclépios serait un composé de Aiglè
(surnom de Coronis, qui, comme nom
commun, désigne la blancheur
éclatante du soleil — on le
rapproche aussi d’aiguis ,
c’est-à-dire l’égide au centre de
laquelle se trouve la terrible tête
de la Gorgone) et de èpios
(«doux, favorable»). Son son
patronage se créent de véritables
écoles de médecine qui essaiment
dans bien des villes. L'île de Cos
est le berceau du plus célèbres des
Asclépiades ou descendants
d'Asclépios,
Hippocrate,
le grand médecin de l'Antiquité.