Artémis aux flèches
d'or
Originaire de
Délos, Artémis aurait
chassé pour la première fois en
Attique. Son arc et ses
flèches ont été forgés par
Héphaïstos et les
Cyclopes.
Pan
lui a donné des chiens "plus rapides que le vent" et capables de
renverser même des lions (Hymne à Artémis,
Callimaque, 90-95). Artémis demeure dans les montagnes et les
bois, elle chasse chevreuils, cerfs et biches, mais aussi parfois
des lions et des panthères (Pausanias, V, 19, 5).
La
jeune fille revêche
Artémis
est une guerrière, ainsi elle participe aux côtés de son frère
à la mise à mort du serpent Python,
au châtiment du géant Tityos
et à l'extermination des enfants de Niobé
qui avaient insulté sa mère. Bref, malheur à qui lui fait de
l'ombre. Sophocle nous dit qu'elle est la "vierge
inviolable et inviolée"
(Electre, 1239), ceux qui ont tenté de lui forcer
la main s'en sont repentis: Otos
le Géant, Orion
piqué par un scoprion qu'elle lui a envoyé, Actéon
(qui l'avait surprise se baignant nue dans la source Parthénios)
est changé en cerf (puis dévoré par des chiens ayant la
rage...), Bouphagos
est percé de flèches...
Artémis a
des principes: elle défend la pudeur et ne supporte pas la
violence sauvage (dont elle use pourtant), les débordements et
les amours illicites (ainsi les viols des nymphes
Opis
et Chromion
sont vengés dans le sang; le tyran Tartarus,
qui avait la fâcheuse habitude d'abuser des jeunes filles avant
leur mariage, est implacablement mis à mort (Antonius Liberalis,
XIII). Artémis en veut particulièrement aux vierges qui cèdent
à l'amour: Callisto,
séduite par
Zeus,
est transformée en ourse, elle sera sauvée de justesse par son
amant, à qui elle donna un fils, Arcas, qui devint l'ancêtre des
Arcadiens; tandis que sa prêtresse Comoetho est immolée pour
avoir convolé avec Melampos.
Artémis
admire les jeunes filles qui ont su rester pures, elle en fait ses
prêtresses. Celles-ci dansent devant son temple et dans les bois.
Artémis ne s'oppose pas à leur mariage mais elles doivent alors
déposer devant son autel leurs parures virginales, boucles de
cheveux ou jouets, et doivent ensuite quitter son domaine. Artémis
est aussi la protectrice des femmes en couches et des enfants qui
naissent (Hymne à Artémis, Callimaque,
20-25). Artémis
deviendra la Diane romaine.
Quelques
petites histoires
Un jour le dieu-fleuve Alphée, fils de
Thétis,
eut l'audace de s'éprendre d'Artémis et de la poursuivre à
travers la Grèce mais elle s'enfuit à Létrinoi en Élide. Là
elle enduisit son visage ainsi que celui de toutes ses nymphes
d'une boue blanchâtre, de telle sorte qu'on ne pouvait la
distinguer de ses suivantes. Alphée fut contraint de se retirer,
poursuivi par les rires moqueurs.
Pour conclure
Soeur d'Apollon,
elle
possède, si l’on ose dire, tous ses traits, mais au féminin; à tel
point que l’on peut considérer les deux Olympiens comme les deux
figures opposées et complémentaires (masculin-féminin,
esprit-nature) d’une même entité divine (voir sur ce point les
thèses de Nilsson et de W. F. Otto).
Ortygie,
premier nom de
Délos,
est le plus souvent citée comme lieu
de sa naissance et lui sert parfois
de surnom: née la première, Artémis
aurait aussitôt aidé sa mère à
accoucher d’Apollon.
Mais Ortygie veut aussi dire la
caille, oiseau migrateur que les
Grecs voyaient revenir sur leurs
rivages avec le printemps et qu’ils
associaient à la déesse. Avec le
lion, l’ours, la panthère et le
cerf, elle est un symbole pour celle
qui vit à l’écart des mortels, se
plaisant seulement à courser et à
chasser, munie de son arc
redoutable, les animaux sauvages des
régions boisées et montagneuses de
la Grèce (Arcadie, pays de Sparte,
Laconie, montagne de Taygète);
vierge farouche, indomptable,
éternellement jeune, elle punit
cruellement ceux qui osent
s’aventurer sur ses territoires (Orion
et Actéon),
ou celles de ses compagnes, les
Nymphes, qui se laissent séduire par
Aphrodite,
son ennemie jurée (Callisto et
Taygète, in Euripide, Hippolyte ).
La «Dame aux
fauves» des monuments
crétois, la «Pure»
(hagnê ), comme dit Homère,
est, parmi les mortels, la
souveraine des femmes: «Zeus
a fait d’elle un lion parmi les
femmes» (Iliade , XXI).
Comme telle, elle les protège (ainsi
les
Amazones)
et leur vient en aide dans les
douleurs de l’enfantement. Elle
veille aussi sur les nouveau-nés et
les jeunes enfants et on la vénère
comme nourrice (Kourotrophos ):
la fête des
tithénidies (tithênidia ,
nourricière) lui est consacrée à
Amyclès, près de Sparte. Mais,
déesse des femmes mortes en couches
et des morts subites, elle frappe de
ses traits foudroyants celles qui
l’ont offensée. Ses vengeances sont
terribles: ainsi, en compagnie de
son frère, elle tue les enfants de
Niobé, coupable d’avoir insulté Lêtô
(Latone); ainsi, elle retient au
port la flotte d’Agamemnon
et exige le sacrifice d’Iphigénie,
la fille du roi, trop vaniteux
chasseur: réminiscence à la fois du
temps où son culte était marqué par
des sacrifices humains et de la
suppression de cette pratique
puisque Iphigénie, selon certaines
versions de la légende, fut
finalement épargnée et devint
desservante de la déesse en Tauride.
Enfin, comme Apollon, Artémis est
porteuse de
lumière (phosphoros):
au dieu qui personnifie le Soleil et
la clarté du jour correspond la
déesse qui éclaire la nuit, celle
qui brandit la torche (Sophocle,
Œdipe à Colone) et qui est
souvent identifiée à la Lune. À ce
trait se rapporte sa qualité de
guide ailée qui l’apparente à
Hermès:
elle montre le chemin aux voyageurs
et aux fondateurs de cités
l’emplacement propice. En Grèce, son
principal sanctuaire est à Éphèse.
En Italie, où son culte pénètre dès
le VIe siècle,
il assimile et recouvre un culte
plus ancien et plus pauvre, celui de
la Diane italique et romaine; mais
il y aura loin de la conception
latine à l’idée grecque de la
Nature.