Le jeune Apollon est emmené par les cygnes sacrés
au-delà de la patrie du Vent du Nord, chez les Hyperboréens
(Callimaque, Hymne à Délos, 41-54). La route
qu’il emprunta devint " la Voie sacrée ", où
chemineront les processions à la fête du Septerion, instituée
en souvenir de son premier exploit et célébrée tous les huit
ans.
Delphes
Après
avoir passé un an chez les Hyperboréens, Apollon se rend à
Delphes. Le pays est soumis à la terreur du dragon Python,
protecteur de l’oracle de Thémis. Apollon ne se laisse pas
impressionner et terrasse le monstre. Pour se féliciter de sa
victoire (en toute modestie), Apollon fonde les jeux Pythiques.
Après avoir tué Python, Apollon dut se faire purifier. Il
connut un long exil dans la vallée du Tempé, où les habitants
de Delphes venaient en ambassade tous les huit ans. Le mot delphys
signifie « sein », et le collège sacré affirmait
que Delphes était le sein ou le centre de la terre.
La
jeunesse
L’Hymne
homérique à Apollon (449-450), nous apprend que le
dieu avait « l’apparence d’un homme robuste et fort ».
Bénéficiant d’une jeunesse toujours nouvelle, mais non pas
immature, Apollon est plein d’énergie et parfois même de
violence. Il est le protecteur des jeunes humains (les kouroi).
Les jeunes gens font l’offrande au dieu de leur première
coupe de cheveux lors d’un rituel marquant leur entrée dans
l’assemblée des hommes (on disait que les longues boucles
noires aux reflets d’argent d’Apollon n’avaient jamais été
coupées). On s’en
doute, Apollon était un séducteur patenté (et non pas tenté !).
Il est l’archétype de la beauté virile et des qualités
masculines. Malgré cette éclatante beauté et sa gloire non
moins brillante, Apollon sera souvent malheureux en amour.
Les
amours
Apollon est
amoureux de Daphné (une
nymphe, fille du dieu-fleuve Pénée) ; c’est
Eros
qui, vexé qu’Apollon se soit moqué de sa façon de manier
l’arc, provoqua l’amour impossible du dieu pour la nymphe.
Daphné, pour échapper à son prétendant, s’enfuit dans la
montagne et se transforme en laurier
(l’arbre sera désormais consacré à Apollon). Ensuite
Apollon s’amourache de la nymphe Cyrène.
Avec elle, il arrivera à ses fins et aura un fils : Aristée.
Mais Apollon est un mari volage, ainsi il flirte avec la muse
Thalie et engendre les Corybantes
(ce sont des génies mystérieux), avec Uranie les musiciens
Linos et Orphée, avec Coronis,
Asclépios
(dont il tuera la mère car elle était infidèle…et Zeus en
colère foudroya un jour le fils pour avoir ressuscité
Hippolyte). Une aventure semblable à cette dernière lui
arriva avec Marpessa, celle-ci ayant peur d’être abandonnée
dans sa vieillesse par le toujours jeune Apollon, elle lui préféra
un mortel : Idas.
Repoussé
encore une fois, par la Sibylle de Cumes,
à qui il offrit de vivre autant d'années qu'il y avait de
grains de sable dans sa main, mais elle repoussa ses avances;
Apollon la condamna à vivre mille ans, mais sans lui épargner
la vieillesse. Il
courtisa, également sans succès, la nymphe Sinopé
qui lui avait demandé une faveur avant de lui céder: le dieu
la lui accorda, puis il apprit que son désir était de rester
vierge jusqu'à sa mort.
Il ne fut
pas plus heureux avec ses conquêtes masculines : Il tua
accidentellement le Spartiate Hyacinthos
avec un disque (de son sang naquit une
jacinthe). Il aima aussi Cyparissos,
lequel tua un cerf apprivoisé et ne put s'en consoler; aussi
Apollon, pour l'apaiser, le transforma en cyprès.
Apollon a
eu encore d’autres conjointes (et conjoints…) dont nous
tairons le nom.
L’orgueilleux
L’Hymne
homérique à Apollon nous apprend qu’Apollon est
particulièrement orgueilleux ; voici par exemple ce
qu’il dit des humains : « cette pauvre race qui
pousse et flétrit comme les feuilles des arbres ».
Mais il aidera tout de même les hommes à plusieurs reprises (les
Argonautes, la ville de Troie
contre les achéens…). èMais
l’orgueil du dieu le pousse à narguer
Zeus
lui-même : Le roi des Dieux n’appréciant que modérément,
il imposa des épreuves au jeune insolant. Apollon dut être,
pour un temps, esclave au service de certains humains (d’abord
pour le roi de Troie, Laomédon,
pour qui il construisit une muraille et garda ses troupeaux. Le
roi, refusant de le payer, Apollon envoya une peste qui ravagea
le pays (Pindare, Olympiques, VIII, 40sq.).
Ensuite,
après avoir tué les Cyclopes
(pour se venger du meurtre de son fils, Asclépios), il fut
envoyé chez Admète, roi de Phères,
auquel il servit de bouvier). Il protégeait les bergers, bien
qu'il fût aussi l'ami de leur principal ennemi, le loup.
Deux des
enfants de Priam, Hélénos
et Cassandre, reçurent d’Apollon
des dons de divination. Cassandre était courtisée par le dieu,
qui lui avait donné ce don pour la séduire. Mais en dépit de
cela, elle se refusa (une de plus !), et Apollon la frappa
de malédiction: quoique prédisant correctement le futur,
personne ne la croirait.
Les
exploits
Le jour où
il se fait voler son troupeau par
Hermès,
une fois le voleur retrouvé, il accepte de laisser les bêtes
à celui-ci contre la lyre qu’il venait d’inventer. Apollon
était un musicien pugnace, ainsi, lorsque Marsyas
prétendit tirer de sa flûte une musique plus mélodieuse que
celle de la lyre du dieu, il le fit écorcher vif et accrocher
à un pin (il en avait bien le droit puisqu’il avait démontré
préalablement que sa lyre était plus mélodieuse :
Apollon pouvait en jouer aussi bien à l'endroit qu'à l'envers,
aussi, il s'adjugea le prix). Notons que c’est pour cela que
le pin a une écorce rouge. Plus tard, Apollon gagna un autre
concours de musique que présidait le roi Midas;
cette fois c'est sur Pan
qu'il l'emporta. Il devint alors le dieu incontesté de la
musique
Les armes
d’Apollon sont redoutables ; il décime l’armée des
Grecs devant Troie ce qui montre peut-être l'origine orientale
du dieu (L’Iliade I, 43 sqq.), tue les Cyclopes,
participe au massacre des enfants de Niobé, débarrasse Delphes
du Python. On lui attribue également la mort d’Achille,
qu’il détestait tellement qu’il poursuivi son fils et le
fit périr. Apollon est
beau et brillant, on l’a dit, mais il est aussi terrifiant
(les Argonautes n’osèrent même pas le regarder lorsqu’il
leur apparut). C'est ainsi qu'il est regardé comme le dieu du
Châtiment foudroyant. Toutes les morts subites sont le résultat
des blessures qu'il inflige de ses traits.
Apollon et
sa sœur Artémis transpercèrent de flèches le géant Tityos
qui avait tenté de faire violence à Léto, avant leur
naissance, et l'envoyèrent dans le Tartare, où il subit un châtiment
éternel. Ils vengèrent aussi leur mère de Niobé,
qui s'était vantée d'être plus féconde qu'elle, en tuant
tous ses enfants, ou la plupart d'entre eux.
On a vu
qu’Apollon était habile à tuer, mais il est aussi capable de
guérir ou de faire disparaître le mal et
la maladie. Son fils est d’ailleurs
Asclépios.
On l’invoque contre la peste, on place son effigie dans les
endroits dangereux…
L’oracle
Notre Dieu
parle à Delphes par la bouche de la Pythie
(qui utilise la première personne lorsqu’elle rend ses
oracles). « Connais-toi toi-même », telle était
la formule gravée sur le fronton du temple. C'était l'oracle
le plus célèbre du monde grec, et on venait le consulter de très
loin. Les prêtres d'Apollon prétendaient descendre d'un groupe
de Crétois dont le dieu avait détourné le navire sous la
forme d'un dauphin.
Les
fêtes
Les Thargélies,
tel est le nom des fêtes en l’honneur d’Apollon. Elles se déroulent
ainsi : on choisit deux pauvres hères, l’un représente
les femmes et l’autre les hommes, on les promène dans la
ville en les frappant, en les lapidant ou en les brûlant, et on
finit par les chasser dans la montagne. On pensait alors
qu’ils emportaient les souillures de tous avec eux. C’est
donc une fête de purification. Ensuite on chante le péan,
ou chant pour Apollon, et on fait des offrandes au dieu. C'est
aussi un dieu agricole à Amyclée (Apollon Carneios) et en
Arcadie (Apollon Nomios).
Animaux
et plantes
Le loup lui
est offert en sacrifice ; chevreuil, cygne, milan et
vautour sont aussi des animaux affiliés au dieu. Le laurier est
sa plante (nous avons vu plus haut pourquoi), la Pythie en mâche
une feuille lorsqu’elle rend ses oracles.
Le
culte
On lui
consacra de nombreux cultes, il est celui qui promet le salut et
la vie éternelle dans la religion orphique, il est à
l’origine du
pythagorisme, et règne
sur l’île des Bienheureux, le paradis. Inspirateur des
musiciens et des poètes, alors appelé Apollon Musagète, il
est la divinité tutélaire de tous les arts, le symbole
du soleil et de la lumière civilisatrice.
A Rome, on
lui éleva un premier temple sur les Prés
Flaminiens (érigé à la suite d’une grave épidémie)
(Tite-Live, IV, 25,3 ; XL, 51, 6). Chez les Étrusques et
les Romains, il était un dieu important. Il se manifestait à
eux par l'oracle de la grotte de Cumes,
dont la Sibille accompagna Énée
aux enfers, selon la légende romaine. Auguste prétendit
d’ailleurs descendre de lui, et lui devoir entre autres la
victoire d’Actium. Apollon
reflète pour les Grecs le génie artistique de leur pays, l'idéal
de la jeunesse, de la beauté, et du progrès. A l'époque hellénistique,
il fut supplanté par les divinités mystiques de l'Orient, et
on le confondit de plus en plus avec Hêlios.
Nombreux aussi sont ses surnoms ou ses épithètes : Phoibos (le
brillant), Pythios ou Pythoktonos (le vainqueur du dragon), Hékatébolos
(qui frappe de loin), Argurotoxos (à l'arc d'argent), Sôter
(le sauveur), Alexicacos (le secourable), Latromantis (le médecin
devin), Musagète (le chef des Muses), Sauroctone (tueur de lézards),
Citharède (tenant une cithare)…