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Sommaire >>> La mythologie grecque

Antigone
 
 

Antigone, héroïne grecque, est la gardienne de la famille: contre la raison d'Etat, elle défend les devoirs sacrés que l'on a envers la famille et les morts. Issue de l’union maudite, parce qu’incestueuse, d’Œdipe et de Jocaste, elle porte bien son nom (du grec Antigonê ), celle que sa piété familiale condamnera à une mort atroce sans époux ni descendance, au terme d’une courte vie toute de malheur, d’errance et de déréliction. Être intermédiaire, déraciné, abandonné de tous, être mort-vivant, c’est-à-dire aussi bien ni mort ni vivant, telle se présente Antigone, et d’abord au cours de son existence même: c’est elle, en effet, qui accompagne son père à Colone lorsque celui-ci, ayant découvert sa faute, se bannit lui-même de Thèbes après s’être crevé les yeux et décide de mendier son pain au hasard des chemins (Sophocle, Œdipe à Colone ). Puis, après la mort d’Œdipe, elle regagne Thèbes, où elle vit avec sa sœur Ismène, mais c’est pour affronter de plus terribles malheurs encore. Dans la guerre des Sept Chefs, ses deux frères, Étéocle et Polynice, se trouvent le premier dans le camp thébain, le second dans l’armée adverse. Tous deux en viennent à s’affronter lors des combats livrés devant la ville et meurent de la main l’un de l’autre. Créon, le roi de Thèbes et frère de Jocaste, ordonne des funérailles solennelles pour Étéocle mais interdit qu’on ensevelisse son autre neveu. Antigone refuse de se soumettre. Elle annonce qu'elle enfreindra l'ordre royal, contraire aux lois divines. Il vaut mieux obéir aux dieux qu'aux hommes. Ce refus constitue le thème de la tragédie qui porte son nom. A Créon elle affirme: "Je suis née pour partager l'amour et non la haine", ce qui lui attire cette réponse: "Va-t'en donc partager l'amour parmi les morts" (Sophocle, Antigone, 522-523).

 

Pour sa désobéissance, Antigone est condamnée par Créon qui ne s'est pas laissé influencer par son fils Haemon, fiancé d'Antigone, et enfermée vivante dans le tombeau des Labdacides, dont elle descendait, symbole de son être profond:

Oui, c’est vous / Qui devrez témoigner comment, privée des pleurs / Des miens, selon quelle justice / Je dois descendre dans ce cachot creusé / Dans ce tombeau inouï / Io! rejetée infortunée / Par les vivants et par les morts / Ni vivante ni cadavre 

(Sophocle, Antigone , V, 842 sqq).

L'épilogue est terrible: Haemon se tue sur le cadavre d'Antigone et Eurydice, femme de Créon, se suicide en apprenant la mort de son fils. Nulle tragédie n’a suscité plus de commentaires que celle d’Antigone.

Le Récit complet

Ce récit est tiré de deux tragédies de Sophocle, «Antigone» et «OEdipe à Colonne», sauf pour l’épisode de la mort de Ménécée, qui est narré dans une oeuvre d'Euripide, «Les Suppliantes».

Après la mort de Jocaste et tous les malheurs qui l'accompagnèrent, OEdipe vécut à Thèbes, tandis que ses enfants grandissaient. Il avait deux fils, Polynice et Etéocle, et deux filles, Antigone et Ismène. Jeunes gens malheureux s'il en fut, ils étaient cependant loin d'être ces monstres qui feraient frissonner tous ceux qui les verraient, ainsi que l'oracle l'avait annoncé à OEdipe. Les deux garçons avaient conquis l'affection des Thébains et les filles étaient les meilleures qu'un homme pût souhaiter. OEdipe renonça au trône, bien entendu. Polynice, le fils aîné, en fit autant. A cause de l'affreuse situation familiale, les Thébains jugèrent cette décision fort sage et ils acceptèrent que Créon, le frère de Jocaste, assumât la régence. Pendant bien des années, ils traitèrent OEdipe avec amitié mais ils finirent par l'expulser de la cité. On ignore à quoi fut due cette détermination, mais Créon les y exhorta et les fils d'OEdipe y consentirent. OEdipe ne pouvait donc plus compter que sur ses filles ; dans toutes ses infortunes, elles seules lui demeurèrent fidèles. Lorsqu'il fut banni de Thèbes, Antigone partit avec lui pour le guider et veiller sur lui, tandis qu'Ismène restait dans la ville pour sauvegarder ses intérêts et l'informer de tout ce qui pourrait le toucher.

Après son départ, ses deux fils proclamèrent leur droit au trône et chacun d'eux tenta de se faire choisir pour Roi. Etéocle y réussit, bien qu'il fût le plus jeune, et il chassa son frère de Thèbes. Polynice se réfugia à Argos et fit tout ce qui était en son pouvoir pour susciter des ennemis à sa cité natale. Au cours de leurs vagabondages désolés, OEdipe et Antigone parvinrent à Colone, un endroit charmant des environs d'Athènes où les ci-devant Erinnyes, devenues les Euménides (Bienveillantes), possédaient un lieu qui leur était consacré et qui servait par conséquent de refuge à tous les suppliants. Le vieil homme aveugle et sa fille s'y sentirent en sécurité et c'est là que mourut OEdipe. L'infortune l'avait poursuivi pendant la plus grande partie de sa vie mais sa fin fut heureuse. L'oracle qui lui avait un jour dit des mots terribles, le réconforta à ses derniers moments. Apollon lui promit que le lieu où lui, le maudit, l'errant sans foyer, serait inhumé, tirerait par la suite une mystérieuse bénédiction des dieux. Thésée, le Roi d'Athènes, le reçut avec grand honneur et le vieil homme rendit le dernier soupir en se réjouissant d'être reçu en bienfaiteur par le pays qui l'accueillait et non plus comme un être haïssable. Ismène, qui était venue apporter à son père la bonne nouvelle de cet oracle, se trouvait avec sa soeur quand il mourut et ensuite, par les soins de Thésée, toutes deux regagnèrent saines et sauves leur patrie. Elles y arrivèrent pour trouver l'un de leurs frères marchant contre leur cité et l'autre résolu à la défendre à tout prix. Polynice, l'assaillant, avait peut-être le droit pour lui, mais le plus jeune, Etéocle, combattait pour empêcher la ville d'être investie. Il était impossible aux deux soeurs de prendre parti pour l'un comme pour l'autre de leurs frères.

Polynice avait été rejoint par six princes dont l'un était Adraste, Roi d'Argos, et un autre Amphiaraos, beau-frère d'Adraste. Celui-ci s'était rallié bien à contre-coeur à l'entreprise car étant devin, il savait qu'aucun des sept - sauf Adraste - n'en reviendrait vivant. Mais il était lié par un serment; il avait juré de laisser sa femme Eriphyle arbitrer tout différend qui pourrait s'élever entre lui-même et son beau-frère. Cette promesse venait de ce qu'Adraste et lui s'étant un jour querellés, Eriphyle les avait réconciliés. Polynice persuada la jeune femme de prendre son parti en la séduisant par le don d'un collier merveilleux, cadeau de noces de son aïeule Harmonie, et elle força son mari à prendre les armes.

Sept champions se préparaient donc à attaquer les sept portes de Thèbes que sept autres, tout aussi valeureux, défendraient de l'intérieur. Polynice attaquait la porte que défendait Etéocle; dans le palais, Antigone et Ismène attendaient d'apprendre lequel avait tué l'autre. Mais avant qu'un combat décisif ait eu lieu, un adolescent avait déjà péri pour sa patrie et il s'était en mourant révélé entre tous le plus noble. Ce jeune homme était Ménécée, le plus jeune fils de Créon. Tirésias, le devin qui si souvent avait transmis des prophéties affligeantes à la famille royale, se vit une fois encore chargé de la même mission. Il vint dire à Créon que seule la mort de Ménécée pouvait sauver Thèbes. Le père refusa obstinément de consentir à ce sacrifice. Il préférait mourir lui-même, dit-il. « Fût-ce pour sauver ma propre cité, je n'égorgerai pas mon fils. » Il ordonna au jeune garçon, qui avait entendu parler Tirésias : « Lève-toi, mon enfant, et fuis au plus vite avant que la cité l'apprenne. » « Et où irai-je, Père ? » demanda l'adolescent. « Vers quel pays... quel ami ? » « Loin, au plus loin, répondit le père ; Je trouverai les moyens, - je trouverai de l'or. » « Va donc le chercher », dit Ménécée ; mais quand Créon se fut éloigné en hâte, il prononça d'autres mots :

Mon Père - il ravirait l’espoir à notre cité ?

Il ferait de moi un lâche. Il est âgé

Et doit donc être pardonné. Mais je suis jeune.

Si je trahissais Thèbes il n'y aurait pas de pardon pour moi.

Comment peut-il penser que je ne sauverais pas la cité

En allant pour elle au-devant de ma mort ?

Et que serait ma vie si je prenais la fuite

Alors que je pourrais libérer ma patrie ?

Il se rendit donc sur le champ de bataille et inexpérimenté comme il l'était dans l'art de la guerre, il fut aussitôt tué. Pas plus les assiégeants que les assiégés n'obtenaient d'avantage décisif ; les deux partis convinrent enfin que la querelle se terminerait par un combat singulier où s'affronteraient les deux frères. Si Etéocle triomphait, l'armée d'Argos se retirerait, mais s'il était vaincu, la couronne reviendrait à Polynice. Il n'y eut pas de vainqueur; tous deux s'entre-tuèrent. Etéocle mourant regarda son frère et pleura ; il n'avait plus la force de parler. Polynice put encore murmurer quelques mots: «Mon frère, mon ennemi, mais si cher, toujours si cher. Fais-moi inhumer dans ma terre natale - que j'en possède au moins cela. »

Le duel n'avait apporté aucune décision et le combat reprit. Mais Ménécée n'était pas mort en vain ; les Thébains l'emportèrent enfin et les champions moururent tous, à l'exception du seul Adraste. Il prit la fuite avec les débris de l'Armée, qu'il ramena à Athènes. A Thèbes, Créon reprit les rênes du pouvoir ; il fit proclamer qu'aucun de ceux qui avaient combattu contre la cité ne recevrait de sépulture. A Etéocle reviendraient tous les honneurs rituels réservés après leur mort aux plus nobles, mais les restes de Polynice seraient laissés aux bêtes et aux oiseaux de proie. Par ce décret. la vengeance prenait le pas sur les cérémonies du culte, sur le droit et la loi, il punissait les morts. Les âmes de ceux qui demeuraient sans sépulture ne pouvaient traverser le fleuve qui encercle le Royaume de la Mort ; elles erraient dans la désolation, sans trouver de lieu de repos. Ensevelir les morts était donc un devoir sacré non seulement envers les siens mais envers tout étranger aussi. Mais, disait la proclamation de Créon, ce devoir se voyait changé en crime en ce qui concernait Polynice. Celui qui lui donnerait une sépulture serait mis à mort. Antigone et Ismène apprirent avec horreur la décision de Créon ; toute révoltante qu'elle fût, pour Ismène, accablée d'angoisse à la pensée du pitoyable corps abandonné et de l’âme errante et solitaire, il semblait néanmoins qu'il ne restait qu'à s'y soumettre, que rien ne pouvait être entrepris. Elle-même et Antigone se retrouvaient maintenant irrémédiablement seules; tout Thèbes exultait de voir l'homme qui lui avait apporté la guerre châtié de façon tellement inexorable. « Nous sommes des femmes », dit-elle à Antigone. « Nous n'avons pas la force de défier l'Etat ». « Tu as choisi ton rôle », répondit Antigone. « Pour moi, j'irai ensevelir le frère que j’aimais ». « Tu n'en as pas la force ! » s'écria Ismène. « Si ma force me trahit, alors je céderai » ; dit Antigone. Elle quitta sa soeur et Ismène n'osa la suivre.

Au palais, quelques heures plus tard, Créon fut alarmé par un cri : « Malgré ta défense, Polynice a été enseveli ! » Il sortit en hâte et rencontra les soldats qu'il avait chargés de garder le corps de Polynice. Ils entouraient Antigone. « Cette jeune fille lui a donné la sépulture » crièrent-ils. « Nous l'avons vue. Un épais vent de sable l'a d'abord dissimulée mais quand il s’est dissipé, le corps était enterré et la jeune fille offrait une libation au mort ». « Tu connaissais mon édit ? » demanda Créon. « Oui, » dit Antigone. « Et tu as transgressé la loi ? » « Ta loi, qui n'est pas celle des dieux ni celle de la Justice » dit Antigone. « Les lois non écrites qui nous viennent des dieux ne sont ni pour hier ni pour demain mais de tous les temps. ». Ismène sortit en pleurant du palais et vint se placer à côté de sa soeur. «  Je l'ai aidée », dit-elle. Mais Antigone protesta. « Elle n'est pour rien dans ce qui s'est passé » dit-elle à Créon, et elle pria sa soeur de ne plus ajouter un mot. « Tu as choisi de vivre et moi j'ai choisi de mourir. »

Comme on l'emmenait à la mort, elle s'adressa aux assistants :

Regardez-moi, voyez ce que je souffre

Pour avoir observé la plus haute loi.

Ismène disparaît. Pas un récit, pas un poème ne lui est consacré. La Maison d'OEdipe, la dernière de la famille royale de Thèbes, n'existe plus.

Conclusion

Depuis Hegel (notamment dans Esthétique , t. II, 2e sect., chap. I), on a voulu voir en Antigone la tragédie des oppositions: d’un côté le sang, le culte, l’amour sororal, l’impératif divin, la jeunesse, le dévouement poussé jusqu’au sacrifice; de l’autre la volonté du souverain, la maxime d’État, la morale de la cité, la petitesse, la rigidité, l’étroitesse du cœur, l’aveuglement de l’âge, l’affirmation de soi au nom du droit poussée jusqu’à la transgression de l’ordre du dieu. Ces oppositions sont réduites à un conflit unique de deux principes en eux-mêmes légitimes. Il se pourrait cependant que toutes ces catégories soient inadéquates parce que rétrospectives et, en ce sens, anachroniques. «En fait, affirme Karl Reinhardt (Sophocle , trad. franç., 1971), les deux sphères qui se dressent face à face dans ce drame, en la personne d’Antigone et en celle de Créon, ne sont pas à proprement parler en conflit, chacune n’est point en elle-même en butte aux attaques de l’autre, aucune ne s’efforce de détourner dans son propre sens l’autre légalité [...]. Dans son concept, la tragédie d’Antigone  n’a rien d’un conflit de normes, c’est la tragédie de deux déclins humains, séparés essentiellement, liés démoniaquement, dont l’un fait suite à l’autre comme son image renversée.» Il faut alors lire qu’Antigone, loin de représenter la loi divine, transgresse les lois statutaires de Zeus et de Dikê, leur opposant un savoir immédiat de lois en elles-mêmes plus divines et plus saintes, celles qui, traduit Jean Baufret, «de toujours ont vigueur, sans que nul ne sache d’où rayonne leur lumière» (préface à Hölderlin: Remarques sur Œdipe et Antigone , 1965).

L’hérétique Antigone agit dans le même sens que Dieu, mais en quelque sorte contre Dieu, réalisant ainsi en elle, autant qu’il est possible à l’homme, cette figure de l’Antithéos qui lui sera fatale.

 

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Source

- La Mythologie, Edith Hamilton, Marabout 1978

- Les grands figures des mythologies, Fernand Comte, Bordas 1999

- Encyclopédie Universalis © 1998 Encyclopædia Universalis France S.A. 

 

 
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