Smyrna (Myrrha) ayant conçu par tromperie Adonis (Adônis)
de son père Théias, les dieux la font échapper à la colère paternelle,
lequel, s'étant aperçu de la
tromperie, était entré dans une
colère telle qu'il voulait mettre sa
fille à mort, en la
changeant en arbuste. L'arbre à
myrrhe. Dix mois plus tard, de
l'écorce de cet arbre sortit un
enfant: Adonis.
Les amours
d'Adonis
Comme nous l'avons dit,
Adonis est
recueilli par
Aphrodite (la phénicienne
Ashtart, Astarté), mais il est élevé par
Perséphone.
Adonis
était d'une rare beauté, et lorsque
Aphrodite le confia à
Perséphone,
cette dernière refusa de le lui
rendre. L'une et l'autre étaient
tombées amoureuses du jeune homme.
Comme il convenait, ce fut
Zeus
qui eut à arbitrer le conflit entre
les deux déesses. Il décida
qu'Adonis vivrait un tiers de
l'année avec l'une, un tiers avec
l'autre, et le troisième avec qui il
voudrait. Et adonis choisit de
passer deux tiers de l'année avec...
Aphrodite. Selon une autre version, Zeus
décida qu'Adonis passerait la moitié
de l'année avec chacune, l'automne
et l'hiver avec la Reine des Morts,
le printemps et l'été avec la déesse
de l'Amour et de la Beauté.
Les jardins
d'Adonis
Les jardins
cultivés en l’honneur d’Adonis sont,
pour toute la tradition grecque, des
cultures sans fruits,
stériles, qui
n’arrivent pas à maturité:
jardinage
de fête et de plaisir dont les
semences faibles ne donnent aucun
fruit; cultures illusoires et
frivoles que les femmes transportent
sur les toits des maisons pour les
exposer à l’éclat du soleil et les
faire passer en quelques jours du
vert au desséché; cultures
ensuite jetées dans l’eau froide des
sources ou expulsées dans la mer.
Cette culture dérisoire symbolisait
l'existence éphémère d'Adonis. En
Grèce, on qualifiait de "jardins
d'Adonis" toute existence
hâtive et passagère.
Les Adonies
Chaque année, ce
phénomène donne lieu à de grandes
fêtes, marquées par deux temps
forts: le premier, funèbre, pleurant
la mort d'Adonis; le second,
triomphant, voyant rassemblements et
processions joyeuses pour son
retour. A Alexandrie, on inverse le
rythme des cérémonies pour mieux
suivre le déroulement de l'histoire
et l'on commence par les
réjouissances pour terminer par une
procession funèbre. A Athènes, ce
n'est plus le rythme des saisons
(mort et résurrection) qui est fêté
(puisque cela est réservé à Déméter)
:seule la partie funèbre reste. Des
images d'Adonis en terre cuite ou en
cire tiennent lieu de cadavre. La
célébration, car il en reste une
malgré tout, est discrète et se fait
dans l'intimité des demeures.
La fête d’Adonis, qui est affaire de
femmes et de caractère privé, est
célébrée principalement par des
courtisanes ou des
femmes qui y
retrouvent leurs amants. Elle forme
un contraste violent avec l’autre
fête de femmes que connaît toute
cité grecque: les
thesmophories,
réservées aux épouses légitimes des
citoyens et placées sous le
patronage de
Déméter,
puissance des nourritures
céréalières qui sont au centre de
cette fête des semailles, célébrée à
l’automne.
La mort d'Adonis
Pendant tout le temps qu'il était
avec Aphrodite, elle ne cherchait
qu'à lui plaire.
Lors d'un combat,
suscité par
Artémis,
contre un sanglier, Adonis est
mortellement blessé.
Sa mort tragique qui l’enlève à l’amour de sa
maîtresse, Aphrodite, invite encore
à la compassion. On dit qu'à Aphaca,
dans le pays de Byblos, là où prend
naissance le fleuve d'Adonis, le
Nahr Ibrahim, les eaux se teintent
de rouge, une fois l'an, en souvenir
du sang versé par le jeune homme.
Selon une autre version,
Adonis
était fervent de chasse, et souvent
Aphrodite abandonnait son char
traîné par des cygnes et avec lequel
elle glissait dans l'espace, pour le
suivre à travers bois et
broussailles, vêtue en chasseresse.
Mais vint un triste jour, un jour où
par malheur elle ne l'accompagnait
pas et où il trouva la trace d'un
grand sanglier. Avec l'aide de ses
chiens, il mit la bête aux abois, il
jeta sa lance sur elle mais ne
réussit qu'à la blesser. Avant qu'il
ait eu le temps de se jeter sur le
côté, le sanglier, rendu furieux par
la souffrance, s'élança sur lui et
lui fit avec ses défenses une
profonde entaille à la cuisse.
Aphrodite, qui voguait bien
au-dessus de la terre dans son char
ailé, entendit le gémissement de son
amant et vola vers lui. Adonis
exhalait doucement sa vie, avec son
souffle ; son sang coulait en flots
rouges sur sa chair neigeuse et ses
yeux se voilaient. Elle le prit dans
ses bras, mais Adonis mourut sans
savoir qu'elle l'avait embrassé.
Ainsi meurt Adonis, chasseur chassé
par un sanglier, amant efféminé,
condamné à périr dans un champ de
laitue, plante froide et humide, «manger
de cadavres», disent les
Grecs, et plante qui détourne des
rapports amoureux et condamne à
l’impuissance.
Les affinités qu’Adonis semble offrir avec le monde
végétal entier suggèrent toujours de voir dans ce bel adolescent,
venu d’Orient, un de ces esprits de la végétation, inventés au XIXe siècle,
par Mannhardt et
Frazer.
On peut ainsi reconnaître dans ce
mythe une personnification des
forces productrices de la nature et
une image du rythme des saisons.
Conclusion
Cependant, le mythe d’Adonis et de
Myrrha est d’abord une histoire de
séduction et le
rituel des adonies
met en scène un jardinage dérisoire
dont les produits sont nettement
marqués par la stérilité. Dans le
mythe, la séduction est double:
celle qu’une fille,
Myrrha, exerce
sur son père, en châtiment du mépris
qu’elle a montré à l’égard
d’Aphrodite et du mariage; celle
aussi qu’exerce dès son apparition
le fils de Myrrha, né d’une mère
transformée en arbre à myrrhe. La
beauté d’Adonis attire deux
puissances divines, l’une d’en haut,
Aphrodite, et l’autre d’en bas,
Perséphone. Séduction qu’explique sa
nature aromatique. Dans une pensée
qui définit l’agriculture comme une
coction naturelle, les différents
produits végétaux sont répartis
entre deux termes extrêmes, définis
par rapport au feu solaire: d’un
côté, l’herbe, crue, froide et
humide, confinant au pourri; de
l’autre, les aromates, produits
secs, chauds, ignés même, car
contigus au feu solaire. La myrrhe,
comme l’encens, se récolte au lever
héliaque de la constellation du
Chien, pendant la canicule, quand la
Terre et le Soleil sont le plus
proches l’un de l’autre. Sous forme
d’onguents ou de parfums, les
aromates ont pour les Grecs, dans
leurs pratiques amoureuses, des
vertus aphrodisiaques qui permettent
de changer les relations conjugales
pour instituer des rapports d’amant
et de maîtresse entre des
partenaires normalement disjoints.
Si
cruelle que fut la blessure
d'Adonis, celle du coeur d'Aphrodite
était plus profonde encore. Bien
qu'elle sût qu'il ne pouvait plus
l'entendre, elle lui parla
:
"
Tu
meurs, ô trois fois désiré,
Et
mon désir a fui comme un songe.
Avec
toi est parti le joyau de ma beauté.
Mais
il me faut vivre encore, moi qui
suis immortelle,
Et
je ne peux te suivre. Une fois
encore, embrasse-moi,
Donne-moi un dernier et long baiser
Jusqu’à ce que j'aspire ton âme
entre mes lèvres
Et
m'abreuve de ton amour.
Les
montagnes appelaient, et les chênes
répondaient,
Oh, las, las,
pour Adonis. Il est mort. Et la
nymphe Echo répétait: Oh, las, las,
pour Adonis.
Sur lui
pleuraient tous les Amours, et aussi
toutes les Muses."
Mais
du monde souterrain où il était
descendu, Adonis ne pouvait les
entendre. Il ne voyait pas non plus
la fleur qui jaillit partout où une
goutte de son sang avait empourpré
la terre.