HISTOIRE DE LA YOUGOSLAVIE AU XXe SIÊCLE

Un bref rappel de l'histoire yougoslave, pour essayer de mieux comprendre ce qui  a mené aux conflits dévastateurs des années nonante, des premières manifestations nationales à l'intervention au Kosovo...

 

Retour au sommaire

Sommaire >>> Histoire Contemporaine >>> Histoire de la Yougoslavie au XXe siècle

Le royaume de Yougoslavie (1929-1941)

 
 

Le 6 janvier 1929, le roi dissout la Skupstina et déclare abolie la Constitution de Vidovdan. Le nouveau régime se propose en premier lieu le rétablissement de l'ordre public par une dictature sévère. La répression du communisme et du terrorisme redouble, la liberté de presse est suspendue, les assemblées locales dissoutes, l'organisation judiciaire soumise au contrôle royal. 

La Constitution de 1931 promet de respecter les libertés, mais « dans le cadre des lois » qui restent celles de la dictature. Le régime n'est plus parlementaire. Les ministres ne relèvent que de l'autorité royale. Quant aux partis politiques, ils doivent être autorisés, et la Constitution interdit tous ceux qui se créeraient sur des critères régionalistes ou religieux. Le second objectif de la dictature royale est en effet de rétablir l'unité yougoslave non plus par une association purement verbale des trois peuples, dissimulant mal l'hégémonie de l'un d'entre eux, mais par une véritable intégration, où disparaîtraient tous les particularismes nationaux. Il en résulte la dissolution de tous les sokol croates, slovènes autant que serbes remplacés par un sokol yougoslave, puis, en septembre 1930, le geste spectaculaire de substituer aux drapeaux serbes de l'armée le drapeau yougoslave, et enfin la nouvelle dénomination du royaume: royaume de Yougoslavie, et sa division en neuf « banovines » désignées par référence aux seules données de la géographie physique (banovines de la Save, de la Drave, du Danube, etc.).

La tentative royale tombait à un bien mauvais moment. Elle coïncide en effet avec la grande crise économique de 1931-1933. Tous les résultats heureux de la décennie précédente sur le plan économique, tels que la stabilisation du dinar, le progrès des exportations agricoles et l'excédent de la balance commerciale, sont rapidement compromis. La fin des réparations, la dévaluation de la livre ruinent le système bancaire. Les prix agricoles s'effondrent et c'est en vain que le gouvernement s'efforce d'acheter la récolte au-dessus des cours mondiaux. L'arrêt des achats de la paysannerie endettée bloque de proche en proche l'ensemble de l'économie. Les troubles sociaux se multiplient, une insurrection paysanne éclate en Croatie méridionale.

La dégradation de la situation économique et sociale explique en partie l'échec de la politique royale. Les Serbes eux-mêmes supportent mal le régime autoritaire. Les élections sont boycottées, le nouveau parti gouvernemental « yougoslave national » n'est guère pris au sérieux.

Mais c'est le problème croate qui reste le plus ardu. Pour les Croates, la politique d'intégration, quelle que soit la sincérité du roi, n'est qu'une version aggravée de la politique précédente. Ils restent inébranlables dans leurs revendications fédéralistes. Un manifeste publié à Zagreb à la fin de 1932 exige le rétablissement de la souveraineté populaire et une véritable égalité des trois nations. Le roi s'irrite de cette intransigeance. Il fait arrêter et condamner en 1933 le docteur Macek, successeur de Radic à la tête du Parti paysan. Faute grave, car Macek représentait un élément modéré par rapport au nouvel extrémisme croate qui se développe alors dans les milieux étudiants et bourgeois autour de meneurs tels qu'Ante Pavelic.

Celui-ci se réclame ouvertement du fascisme et cherche appui à la fois auprès des terroristes macédoniens et du côté des États totalitaires ennemis de la Yougoslavie, Italie et Hongrie. L'aboutissement funeste de l'incapacité à résoudre le problème croate et de l'activité terroriste des oustachis, disciples de Pavelic, est l'assassinat du roi Alexandre à Marseille le 9 octobre 1934.

Le prince Paul exerce la régence au nom du jeune roi Pierre II. Le mode de gouvernement intérieur reste inchangé. Mais les problèmes internationaux occupent le devant de la scène, avec la puissance croissante des États totalitaires. Le roi Alexandre était mort au côté du président Barthou, symbole d'une fidélité à la Petite Entente, créée par la France contre l'irrédentisme hongrois. En 1934, le roi venait de compléter ce dispositif en adhérant à l'Entente balkanique, visant à contenir la Bulgarie. Mais la conjoncture européenne change. La sécurité collective devient illusoire. La Yougoslavie du régent Paul et de son ministre Milan Stojadinovic (au gouvernement de 1935 à 1939) cherche des contre-assurances du côté de l'Axe et de ses alliés: traité d'amitié avec l'Italie en 1937, rapprochement avec la Bulgarie qui peut se joindre à l'Entente balkanique, accord commercial avec l'Allemagne, qui offre la seule issue possible à la crise par les échanges en nature avec une économie complémentaire.

Cette politique de rapprochement avec les puissances totalitaires est toujours liée au problème croate. Le régent comprend la nécessité de faire des concessions au nationalisme croate pour éviter l'intervention étrangère de plus en plus menaçante. 

Il libère Macek qui, en échange d'une solution fédéraliste, se déclare prêt à accepter l'allégeance à la dynastie et à laisser la direction de la politique étrangère et de la défense nationale au pouvoir fédéral. Mais l'accord est retardé par de fâcheuses péripéties (la véhémente opposition serbe à un projet de concordat destiné à satisfaire l'opinion croate). Le dépècement de la Tchécoslovaquie en 1939 montre qu'il n'y a plus un instant à perdre si l'on veut éviter la dislocation du royaume. L'agrément du 26 août 1939 crée une banovine autonome de Croatie, dont le territoire, assez généreusement découpé, comprend la Croatie-Slavonie, la Dalmatie et la bordure occidentale de la Bosnie-Herzégovine. Un Ban, nommé par la couronne, siégera à Zagreb, avec un Sabor (assemblée) compétent pour toutes les matières législatives non réservées à l'État fédéral.

 
- Monseigneur Tiso annonce que la Slovaquie signe le pacte tripartite -

Cet accord intervient quelques jours avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Le pacte germano-soviétique, la défaite de la Pologne et de la France laissent l'Europe du Sud-Est sans défense devant la puissance nazie. Au début de 1941, comme ses voisins bulgare et roumain, la Yougoslavie est mise en demeure par Hitler d'adhérer au pacte tripartite. Le régent hésite; il voudrait être sûr que l'Allemagne respecte l'intégrité territoriale de la Yougoslavie. Il finit par céder, le 25 mars. L'annexion de Salonique, après l'écrasement de la résistance grecque, en sera la récompense...

Mais survient un coup de théâtre. Le patriotisme serbe refuse la capitulation. Le 27 mars, le général Simovic fait arrêter les ministres et exiler le régent. Pierre II est proclamé roi et le pacte est dénoncé. L'U.R.S.S. apporte à la révolution serbe son soutien moral.

Moral seulement et de courte durée. Car l'Allemagne réplique de manière foudroyante par l'invasion du 6 avril 1941. Belgrade durement bombardé, le royaume envahi de façon imprévue par la frontière bulgare, l'Italie, la Hongrie, la Bulgarie arrivant à la curée, toute résistance est impossible et cesse effectivement le 17 avril.

 

Les vainqueurs procèdent immédiatement au démembrement du royaume. L'Allemagne annexe la Slovénie du Nord. L'Italie s'empare du reste de la Slovénie avec Ljubljana, des îles et de la côte dalmates et s'assure le contrôle d'un État du Monténégro fantoche. La Bulgarie occupe la Macédoine et l'Albanie reçoit la plaine de Kosovo. La Hongrie enfin récupère la Backa et l'administration du Banat est laissée à ses ressortissants allemands. Conservent leur « indépendance » un État serbe et un État croate. Les débris de la Serbie sont placés sous l'autorité du général Nedic, en fait sous contrôle allemand. Quant à la Croatie (agrandie de la Bosnie), l'Italie compte l'ériger en royaume pour le duc de Spolète, mais en réalité elle est livrée à la dictature terroriste d'Ante Pavelic.

     

Page précédente

Page suivante

 
 
 
 
 
Copyright © Yannick RUB