Le 6 janvier
1929, le roi
dissout la Skupstina et déclare abolie la Constitution de
Vidovdan. Le nouveau régime se propose en premier lieu le rétablissement
de l'ordre public par une dictature sévère. La répression
du communisme et du terrorisme redouble, la liberté de presse
est suspendue, les assemblées locales dissoutes,
l'organisation judiciaire soumise au contrôle royal.
La
Constitution de 1931 promet de respecter les libertés, mais
« dans le cadre des lois » qui restent celles de la
dictature. Le régime n'est plus parlementaire. Les ministres
ne relèvent que de l'autorité royale. Quant aux partis
politiques, ils doivent être autorisés, et la Constitution
interdit tous ceux qui se créeraient sur des critères régionalistes
ou religieux. Le second objectif de la dictature royale est en
effet de rétablir l'unité yougoslave non plus par une
association purement verbale des trois peuples, dissimulant
mal l'hégémonie de l'un d'entre eux, mais par une véritable
intégration, où disparaîtraient tous les particularismes
nationaux. Il en résulte la dissolution de tous les sokol croates,
slovènes autant que serbes remplacés par un sokol yougoslave,
puis, en septembre 1930, le geste spectaculaire de substituer
aux drapeaux serbes de l'armée le drapeau yougoslave, et
enfin la nouvelle dénomination du royaume: royaume de
Yougoslavie, et sa division en neuf « banovines » désignées
par référence aux seules données de la géographie physique
(banovines de la Save, de la Drave, du Danube, etc.).
La tentative royale tombait à
un bien mauvais moment. Elle coïncide en effet avec la grande
crise économique de 1931-1933. Tous les résultats heureux de
la décennie précédente sur le plan économique, tels que la
stabilisation du dinar, le progrès des exportations agricoles
et l'excédent de la balance commerciale, sont rapidement
compromis. La fin des réparations, la dévaluation de la
livre ruinent le système bancaire. Les prix agricoles
s'effondrent et c'est en vain que le gouvernement s'efforce
d'acheter la récolte au-dessus des cours mondiaux. L'arrêt
des achats de la paysannerie endettée bloque de proche en
proche l'ensemble de l'économie. Les troubles sociaux se
multiplient, une insurrection paysanne éclate en Croatie méridionale.
La dégradation de la situation
économique et sociale explique en partie l'échec de la
politique royale. Les Serbes eux-mêmes supportent mal le régime
autoritaire. Les élections sont boycottées, le nouveau parti
gouvernemental « yougoslave national » n'est guère pris au
sérieux.
Mais c'est le problème croate
qui reste le plus ardu. Pour les Croates, la politique d'intégration,
quelle que soit la sincérité du roi, n'est qu'une version
aggravée de la politique précédente. Ils restent inébranlables
dans leurs revendications fédéralistes. Un manifeste publié
à Zagreb à la fin de 1932 exige le rétablissement de la
souveraineté populaire et une véritable égalité des trois
nations. Le roi s'irrite de cette intransigeance. Il fait arrêter
et condamner en 1933 le docteur Macek, successeur de Radic à
la tête du Parti paysan. Faute grave, car Macek représentait
un élément modéré par rapport au nouvel extrémisme croate
qui se développe alors dans les milieux étudiants et
bourgeois autour de meneurs tels qu'Ante
Pavelic.
Celui-ci se
réclame ouvertement du fascisme et cherche appui à la fois
auprès des terroristes macédoniens et du côté des États
totalitaires ennemis de la Yougoslavie, Italie et Hongrie.
L'aboutissement funeste de l'incapacité à résoudre le problème
croate et de l'activité terroriste des oustachis, disciples
de Pavelic, est l'assassinat du roi Alexandre
à Marseille le
9 octobre 1934.
Le prince
Paul exerce la régence
au nom du jeune roi Pierre II. Le mode de gouvernement intérieur
reste inchangé. Mais les problèmes internationaux occupent
le devant de la scène, avec la puissance croissante des États
totalitaires. Le roi Alexandre était mort au côté du président
Barthou, symbole d'une fidélité à la
Petite Entente, créée
par la France contre l'irrédentisme hongrois. En 1934, le roi
venait de compléter ce dispositif en adhérant à l'Entente
balkanique, visant à contenir la Bulgarie. Mais la
conjoncture européenne change. La sécurité collective
devient illusoire. La Yougoslavie du régent Paul et de son
ministre Milan Stojadinovic (au gouvernement de 1935 à 1939)
cherche des contre-assurances du côté de l'Axe et de ses
alliés: traité d'amitié avec l'Italie en 1937,
rapprochement avec la Bulgarie qui peut se joindre à
l'Entente balkanique, accord commercial avec l'Allemagne, qui
offre la seule issue possible à la crise par les échanges en
nature avec une économie complémentaire.
Cette politique de
rapprochement avec les puissances totalitaires est toujours liée
au problème croate. Le régent comprend la nécessité de
faire des concessions au nationalisme croate pour éviter
l'intervention étrangère de plus en plus menaçante.
Il libère
Macek qui, en échange d'une solution fédéraliste, se déclare
prêt à accepter l'allégeance à la dynastie et à laisser
la direction de la politique étrangère et de la défense
nationale au pouvoir fédéral. Mais l'accord est retardé par
de fâcheuses péripéties (la véhémente opposition serbe à
un projet de concordat destiné à satisfaire l'opinion
croate). Le dépècement de la Tchécoslovaquie en 1939 montre
qu'il n'y a plus un instant à perdre si l'on veut éviter la
dislocation du royaume. L'agrément du 26 août 1939 crée une
banovine autonome de Croatie, dont le territoire, assez généreusement
découpé, comprend la Croatie-Slavonie, la Dalmatie et la
bordure occidentale de la Bosnie-Herzégovine. Un Ban, nommé
par la couronne, siégera à Zagreb, avec un Sabor (assemblée)
compétent pour toutes les matières législatives non réservées
à l'État fédéral.
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- Monseigneur
Tiso annonce que la Slovaquie signe le pacte tripartite -
Cet accord intervient quelques
jours avant le déclenchement de la
Seconde Guerre
mondiale.
Le pacte germano-soviétique, la défaite de la Pologne et de
la
France laissent l'Europe du Sud-Est sans défense devant la
puissance nazie. Au début de 1941, comme ses voisins bulgare
et roumain, la Yougoslavie est mise en demeure par
Hitler
d'adhérer au pacte tripartite. Le régent hésite; il
voudrait être sûr que l'Allemagne respecte l'intégrité
territoriale de la Yougoslavie. Il finit par céder, le 25
mars. L'annexion de Salonique, après l'écrasement de la résistance
grecque, en sera la récompense...
Mais survient un coup de théâtre.
Le patriotisme serbe refuse la capitulation. Le 27 mars, le général
Simovic fait arrêter les ministres et exiler le régent.
Pierre II est proclamé roi et le pacte est dénoncé.
L'U.R.S.S. apporte à la révolution serbe son soutien moral.
Moral seulement et de courte
durée. Car l'Allemagne réplique de manière foudroyante par
l'invasion du 6 avril 1941. Belgrade durement bombardé, le
royaume envahi de façon imprévue par la frontière bulgare,
l'Italie, la Hongrie, la Bulgarie arrivant à la curée, toute
résistance est impossible et cesse effectivement le 17
avril.
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Les vainqueurs procèdent
immédiatement au
démembrement du royaume.
L'Allemagne annexe la Slovénie
du Nord. L'Italie s'empare du
reste de la Slovénie avec
Ljubljana, des îles et de la
côte dalmates et s'assure le
contrôle d'un État du Monténégro
fantoche. La Bulgarie occupe la
Macédoine et l'Albanie reçoit la
plaine de Kosovo. La Hongrie
enfin récupère la Backa et
l'administration du Banat est
laissée à ses ressortissants
allemands.
Conservent leur « indépendance »
un État serbe et un État croate.
Les débris de la Serbie sont
placés sous l'autorité du
général
Nedic, en fait sous contrôle
allemand. Quant à la Croatie
(agrandie de la Bosnie),
l'Italie compte l'ériger en
royaume pour le duc de Spolète,
mais en réalité elle est livrée
à la dictature terroriste d'Ante
Pavelic. |