HISTOIRE DE LA YOUGOSLAVIE AU XXe SIÊCLE

Un bref rappel de l'histoire yougoslave, pour essayer de mieux comprendre ce qui  a mené aux conflits dévastateurs des années nonante, des premières manifestations nationales à l'intervention au Kosovo...

 

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La formation de la Yougoslavie

 
 

                                          

 

Les équivoques pesant sur la naissance du royaume n'ont pas tardé à éclater au grand jour. La réforme agraire décidée par le gouvernement Protic en février 1919 a été bien accueillie en Serbie et en Croatie. Mais, quand il s'est agi d'élaborer la future constitution du royaume, le conflit a surgi entre centralistes et fédéralistes, c'est-à-dire entre les vieux radicaux panserbes de Pasic et les precani, les gens de « l'autre côté » de l'ancienne frontière, Slovènes, Croates et Serbes de Hongrie. Aucune majorité ne peut se dessiner en mars 1919, puis en novembre 1920, à l'Assemblée constituante. Finalement le boycottage de l'Assemblée par le Parti paysan croate de Stjepan Radic, plus attaché que jamais à la démocratie agraire et à un vague projet d'« Internationale verte », en accord avec le Parti agrarien bulgare d'Alexandre Stamboliski, fait le jeu de Pasic. Celui-ci réussit à imposer un régime centraliste par la Constitution du 28 juin 1921, dite de la Saint-Guy (Vidovdan).

Les nouvelles institutions sont en principe de type parlementaire. Pasic et le Parti radical, nationaliste et de plus en plus conservateur, gardent le pouvoir, à part une brève interruption, jusqu'à la mort du leader serbe en 1926, face à une opposition démocrate qui rassemble les mécontents. En fait, le régime parlementaire est de pure façade. La vie politique offre un affligeant spectacle d'élections truquées, de marchandages, de corruption sous un masque de fictive unité nationale et sur un fond de violence chronique: attentats terroristes, mise hors la loi du Parti communiste, arrestation en 1924 de Radic, dont le parti est près de subir le même sort que le Parti communiste.

La confusion du régime atteint son paroxysme lorsque Pasic va trouver dans sa prison un Radic devenu moins intransigeant pour négocier avec lui une alliance contre l'opposition démocrate! La farce devient tragédie en juin 1928, quand Radic, retourné à l'opposition, mais cette fois légale, est assassiné en même temps que son neveu en pleine séance de la Skupstina (Chambre des députés) par un député monténégrin.

Le royaume semble alors à la veille de l'éclatement. Le fossé entre Belgrade et Zagreb est plus profond que jamais et l'on s'attend à une sécession. Mais personne n'ose prendre la responsabilité de la rupture, et une espèce de consensus s'établit pour laisser le roi restaurer un ordre politique établi sur des bases nouvelles.

     

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