Nous
venons de voir que l'assemblée composée de socialistes,
de sociaux-démocrates du SPD, de socialistes indépendants
et de
partis de droite (conservateurs,
populistes, centristes et
démocrates), se réunit du
6 février 1919 au 21 mai 1920 au
Théâtre national de Weimar, puis à
Berlin à partir du
30 septembre 1919.
Dès le début des discussions, ses
membres reconnaissent qu'ils doivent
s'unir (c'est ce que l'on nommera la
coalition de Weimar) pour gouverner.
Le 6 février 1919, ils élisent
Friedrich Ebert président du Reich;
ils acceptent, le 22 juin, le traité
de Versailles et votent, le
11 août 1919, la Constitution de
Weimar. Mais avant cela, la
République eut a affronté le
mécontentement populaire. Nous avons
déjà vu que de nombreux mécontents
s'étaient manifestés; Berlin et
Munich
sont
parcourues par des camions bondés de
marins et de soldats qui brandissent
des drapeaux rouges. Pour ne pas
être débordés, les
socialistes-majoritaires décrètent
une grève générale. Les régiments
réputés fidèles se joignent aux
grévistes. Après l'abdication de
Guillaume II, le 28 novembre 1918,
ce sont, près de 10 000 soviets
locaux qui sont constitués.
La
capitale est également remplie de
soldats licenciés, en uniforme et
sans travail. Beaucoup d'entreprises
chôment. Dans celles qui ne sont pas
fermées, des grèves éclatent au
moindre prétexte. L'inflation fait
monter les prix. Le 31 décembre
1918, les spartakistes se
transforment en parti
révolutionnaire communiste.
Les
5 et
6 janvier 1919, les groupes de choc
formés par l'extrême gauche occupent
la préfecture de police, les gares,
les imprimeries. Des gouvernements
communistes sont installés dans les
ports.
L'assemblée constituante fut
pourtant élue le 19 janvier ; elle
se réunit à Weimar, lieu plus sûr
que Berlin en raison des troubles.
Elle élut Friedrich Ebert Président
de la République et forma une
coalition gouvernementale composée
du SPD (sociaux-démocrates), du
DDP
(libéraux) et du
Zentrum
(centre), qui devait faire face aux
difficultés de l’après-guerre et
préparer une Constitution.
A peine
reformé, le grand corps du Reich
commença à se disloquer. Il fallait
agir partout à la fois. Les décrets
de Weimar sont bafoués. Le 3 mars,
une nouvelle insurrection communiste
éclate à Berlin. Des barricades
s'élèvent. La bataille fait rage
pendant
dix jours autour
de la préfecture de police. On
compte 1200 morts et plus de 10 000
blessés. Mais les troupes
gouvernementales sont victorieuses.
Soixante mille hommes marchent sur
Munich et reprennent la ville. La
répression est effroyable. Cinq
cents communistes sont fusillés.
Le Reich sort
de la crise intérieure, épuisé,
pantelant, mais politiquement
intact.
Le 23 juin, l'assemblée constituante
accepta le traité de paix, il fut
signé à Versailles le
28 juin.
L'Allemagne dut reconnaître son
entière responsabilité pour la
guerre (art. 231), et dut de ce fait
se soumettre aux exigences des
vainqueurs : perte de territoires,
démilitarisation, paiement de
réparations. Ce fut une humiliation
pour les Allemands, qui
considérèrent ce traité comme un
Diktat.
Le 31 juillet fut votée la
Constitution de Weimar. Le nouveau
régime fut mal accepté par beaucoup
d'Allemands, certains étant restés
fidèles à la monarchie, d'autres
souhaitant un État communiste.
En mars
1920 un dernier sursaut
révolutionnaire eut lieu, dans la
Ruhr. Début avril, l'armée réoccupe
la Ruhr et se livre à une sanglante
répression des
insurrections ouvrières.
En mars-avril 1920, on assiste à des
combats sporadiques dans la région
de Halle et Mansfeld entre ouvriers
et police. La persistance de
l'agitation provoque un glissement à
droite aux élections de 1920. Nous y
reviendrons.
L'étude
de la révolution a montré que seule
une petite minorité animée par les
spartakistes était prête à choisir
une forme nouvelle d'État calquée
sur le modèle léniniste. Socialistes
majoritaires et syndicats rallièrent
les masses à ce qui était leur
objectif : un socialisme réformiste,
démocratique et pacifiste. La
république de Scheidemann répondait
à ce voeu. Mais le heurt avec la
minorité révolutionnaire fut violent
entraînant le SPD au pouvoir à
rechercher l'appui de " forces " et
d'abord celui de l'armée. Derrière
elle faisaient irruption dans l'État
nouveau toutes les forces
conservatrices et réactionnaires du
passé. Pour se garder contre elles
le SPD rechercha l'alliance du Parti
du centre et du parti démocratique
avec qui elle forma la coalition de
Weimar. Par eux entraient en
composition avec le socialisme
réformiste à la Bernstein, un
libéralisme bourgeois et un
catholicisme à préoccupations
sociales.