LA RÉPUBLIQUE DE WEIMAR

La République de Weimar est le nom donné au régime politique que connut l'Allemagne de 1919 à 1933, parce que l'Assemblée qui vota la Constitution se réunit dans cette ville. L'Allemagne allait devenir un État parlementaire et dès le 11 novembre 1918, il n'y avait plus ni empereur ni Empire.

 

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Une naissance difficile

 
 

Les opérations de la Première guerre mondiale ne se déroulèrent bientôt plus comme l'Etat-major allemand l'escomptait: aggravation de la situation sur le front occidental, dislocation menaçante de l'Autriche-Hongrie et affaiblissement des positions stratégiques... Autant de points qui amenèrent les Allemands à précipiter les événements. A la fin de l'été 1918, le maréchal Hindenburg, chef d'état-major de l'armée impériale, et Ludendorff, maréchal des logis, considérèrent que la situation militaire était sans espoir. L'armistice devenait inévitable.

Il fut décidé qu'une demande allant dans ce sens serait adressée le plus tôt possible au président Wilson. Le 28 septembre, Hindenburg et Ludendorff demandèrent au gouvernement du Reich d'envoyer immédiatement aux Alliés une proposition d'armistice. Le gouvernement, craignant de la part des Alliés de dures conditions d'armistice, hésita mais finit par céder. Le 3 octobre, le prince Max de Bade, chancelier du Reich, déclara - sans y être autorisé - que Guillaume II démissionnait, puis il démissionna lui-même et désigna le social-démocrate Friedrich Ebert comme son successeur. Les négociations en vue de l'armistice devaient se baser sur les quatorze points établis par le président américain Wilson. Il fut également reconnu qu'un changement complet de système politique était indispensable. Guillaume II fit appel au prince Max de Bade pour former un nouveau gouvernement. Les partis de la majorité, socialistes, catholiques, progressistes et nationaux-libéraux, se virent confier la tâche de désigner eux-mêmes les secrétaires d'État. Le Reichstag vota les lois qui établissaient la responsabilité ministérielle devant la Chambre et l'institution d'un cabinet parlementaire.

Le Reichstag modifia la Constitution le 28 octobre. Deux jours plus tôt, Ludendorff avait démissionné ; il laissait aux civils la responsabilité d'assumer les conséquences de l'échec militaire. Le 29 octobre, les marins de Wilhelmshaven se mutinèrent ; le 4 novembre eut lieu une révolte de soldats à Kiel, suivie le 7 novembre d'une autre révolte de soldats, cette fois-ci en Bavière. Des conseils d'ouvriers et de soldats se constituèrent dans toute l'Allemagne, sous l'influence de l'extrême-gauche menée par Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg.

Mais parallèlement les négociations pour l'armistice continuaient: du 8 au 11 novembre elles se déroulèrent à Compiègne. Étant donné la situation militaire, la délégation allemande, dirigée (avec l'accord de l'état-major) par le député centriste Matthias Erzberger, n'était pas en mesure de poser des exigences ; Hindenburg reconnut lui-même qu'il n'y avait aucune alternative à cet armistice. Pendant ce temps, les troubles s'accentuèrent ; le 9 novembre éclata la révolution à Berlin.

L'empereur Guillaume II abdiqua ; le jour même, la République fut proclamée. Ebert fut nommé chancelier. Parallèlement, Liebknecht proclama la République socialiste. Mais l'armée (Reichswehr) soutint le nouveau gouvernement d'Ebert, qui l'emporta au détriment de l'extrême-gauche. Le 10 novembre, Guillaume II se réfugia en Hollande. L'armistice fut signé le 11 novembre à Rethondes, et Guillaume II renonça à ses droits à la couronne de Prusse le 28 novembre à Spa. Le fait que l'armistice ait été signé par la République, et non par les généraux de l'armée impériale qui avaient mené la guerre, fut lourd de conséquences. L'Allemagne dut accepter la capitulation sans conditions. Le mécontentement était grand, et la légende du "coup de poignard dans le dos" (expression de Hindenburg) naquit alors : les troubles intérieurs qui avaient fait naître le nouveau régime furent considérés par certains comme la cause de la défaite alors qu'ils en étaient la conséquence.

La République fut accusée par la droite radicale d'avoir trahi les intérêts de l'Allemagne en acceptant la capitulation sans conditions. Cette légende correspondait à un besoin psychique de beaucoup d'Allemands : les atrocités de la guerre s'étaient révélées absurdes, et la droite radicale ressentait le besoin de trouver un bouc émissaire pour s'expliquer cette défaite : Matthias Erzberger fut assassiné en 1921. 354 assassinats politiques sont commis entre janvier 1919 et juillet 1922. L’une des dernières victimes fut le ministre des affaires étrangères, Walter Rathenau, industriel d’origine israélite.

Tandis que la révolution spartakiste s'étend en Allemagne, le gouvernement provisoire des Conseils des commissaires du peuple (Rat der Volksbeauftragten), qui entend éviter une éventuelle «bolchevisation» du pays et sauvegarder l'unité de l'État allemand, s'allie à l'état-major et décide l'élection d'une Assemblée nationale constituante. Cette assemblée, fortement divisée, composée de socialistes, sociaux-démocrates du SPD (Sozialdemokratische Partei Deutschland) et socialistes indépendants, et de partis de droite (conservateurs, populistes, centristes et démocrates), se réunit du 6 février 1919 au 21 mai 1920 au Théâtre national de Weimar, puis à Berlin à partir du 30 septembre 1919.

     

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Sources :

 - Peukert, La République de Weimar, Années de Crises de la Modernité, Aubier, Paris, 1995.

- Richard L., La Vie quotidienne sous la République de Weimar, Hachette, Paris, 1983.

- Thalmann R., La République de Weimar, collection "Que Sais-Je ?", P.U.F., Paris, 1986.

- Encyclopédie Universalis © 1998 Encyclopædia Universalis France S.A. 

- Dictionnaire historique, D.Vallaud. Fayard 1995

- Nicolas Chalmin, Textes sur la République de Weimar

- Encyclopédie Hachette, éd.2001

 
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