Le corps numériquement
le plus important de la SS fut la Waffen SS, c’est-à-dire la
section
purement militaire de l’Ordre noir, dont 500'000 Européens
non allemands portèrent l’uniforme. L’origine de la Waffen SS
remonte à la prise du pouvoir par
Hitler
en 1933. Poursuivant la reconstitution d’une véritable armée allemande,
celui-ci crée, dès mars 1933, un bataillon d’infanterie affecté à sa
garde, la SS Leibstandarte, placé
sous les ordres du Bavarois Sepp Dietrich.
Outre ce bataillon sont formées des unités en «disponibilité politique»,
les Politische Bereitschaften, affectées aux Länder sous
l’autorité des responsables locaux du parti. Ce sont des troupes de
volontaires, entraînés par des officiers de l’armée, mais soumis au
contrôle des cadres de la SS générale. Ce caractère militaire et non
politique retient l’attention de
Heinrich
Himmler, qui voit là un embryon d’armée politique dépendant
de la SS. Il tente de convaincre le Führer de lui fournir les moyens de la
mettre sur pied. Hitler l’autorise, en effet, à en augmenter les
effectifs, mais sans revenir sur l’idée initiale d’une formation d’élite,
avant tout militaire.
Le 14 mars
1935, Hitler remplace la Reichswehr par la Wehrmacht et
rétablit le service militaire obligatoire. En même temps, il décide la création
de la SS Verfügungstruppe (SSVT), noyau
de la future division SS, qui regroupe la SS Leibstandarte et les Politische
Bereitschaften. Cette décision provoque un malaise profond dans le haut
commandement, qui ne peut admettre l’existence d’une unité combattante
placée en dehors de la juridiction de l’armée... Il en résulte une
lutte sournoise, permanente, entre Himmler et le haut commandement. Hitler,
opportuniste, encore inquiet quant à la solidité de son pouvoir, ne
tranche pas. Prudent, il tolère, cependant, l’accroissement progressif
des effectifs, et les premières troupes qui pénétreront à Sarrebruck,
lors de la remilitarisation de la Rhénanie en
mars 1936, seront celles de la Leibstandarte
SS Adolf Hitler.
Le recrutement
est fondé sur une sélection draconienne au point de vue physique et
racial. À la Leibstandarte, la taille minimale est de 1,80 mètre;
pour les deux autres régiments elle est de 1,75 mètre.
Ces unités rassemblent les spécimens les plus «purs»
de la race germanique. Malgré la longue durée des engagements, les
candidats sont nombreux: ils se recrutent surtout dans les «Jeunesses
hitlériennes» et parmi les paysans (90%), attirés par une
carrière où les distinctions sociales sont abolies. Les citadins et les
bourgeois sont en proportion infime. L’instruction est fondée, on l’a
vu, sur une très haute valeur athlétique. Les officiers comme la troupe
sont tenus de pratiquer tous les sports de combat individuel et collectif.
Les exercices avec tir réel sont fréquents, ceux d’accoutumance au feu
occasionnent parfois des accidents mortels;
Himmler
prétend que ce dressage réaliste doit épargner de nombreuses vies, lors
des combats. Mais ce qui distingue surtout le SS, c’est son éducation
politique. L’endoctrinement idéologique y est aussi important que
l’instruction militaire.
Pendant
la Seconde Guerre mondiale, l’ardeur au combat des divisions SS
entraîna des pertes souvent plus élevées que celles de la
Wehrmacht. Mais ces soldats d’élite étaient à la recherche
d’une réputation, conformément aux principes enseignés; ils
avaient le sentiment d’appartenir à une race supérieure, méprisant
et même haïssant les «sous-hommes» (Untermenschen )
comme les Juifs et les Slaves. Ils faisaient preuve d’une fidélité
absolue aux principes nazis et d’une obéissance aveugle aux
ordres reçus. Tout au long de la guerre, les effectifs de la
Waffen SS ne cessèrent de grossir. Elle compta jusqu’à
trente-huit
divisions, et dix-sept nations
y furent représentées. En 1946, le
tribunal de Nuremberg refusa
de dissocier dans l’accusation la Waffen SS des autres branches
de la
SS.