Jeanne de Hochberg reçut la direction du comté qu'elle
administra pendant son long règne de
1503 à 1512
et de 1529 à
1543. Entre temps, les douze
cantons gouvernèrent. Cette période
de l'occupation
du comté par les cantons
suisses fut somme toute favorable au
développement du comté. Mais les
cantons avaient fait sentir bien
rudement au Val-de-Travers qu'ils
étaient les maîtres du pays.
Indignés de ce qu'un certain nombre
de Neuchâtelois s'étaient enrôlés
sous les drapeaux du roi de France
contre lequel les cantons
combattaient en Italie, ceux-ci
envoyèrent trois cents soldats au
Val-de-Travers en exécution
militaire. Les réfractaires furent
soumis à une amende de dix livres
chacun, et s'ils ne pouvaient pas
payer comptant ils avaient vingt
jours de prison. Les chefs furent
bannis, leurs biens confisqués et
l'ordre fut donné an baillif de
procéder immédiatement à un partage
de ces biens entre les frères et
soeurs, femmes et enfants des
rebelles.
Une autre question qui aurait pu devenir grave fut réglée à
l'amiable pendant que les cantons
occupaient le comté. Il s'agissait
de la délimitation de Neuchâtel et
de la Franche-Comté. Les cantons
réclamaient la garde du
Val-de-Travers qui avait appartenu
antérieurement au souverain de
Neuchâtel. Ils allaient occuper le
territoire contesté, lorsqu'une
ambassade de l'empereur les arrêta.
Mais celui-ci se vit contraint, pour
les engager à se désister de leurs
prétentions, de leur donner mille
florins d'or. La démarcation des
limites eut lieu au mois d'août
1594 et
fut suivie du traité signé à Môtiers
le 2 septembre suivant. Le
gouvernement passa ensuite aux mains
de la maison d'Orléans-Longueville
jusqu'en
1707. Les six communes de
la Châtellenie (Môtiers, Boveresse,
Couvet, Fleurier, Saint-Sulpice,
Buttes) avaient des intérêts communs
dès le XlVe siècle. Chacune a obtenu
du comté des propriétés foncières,
des forêts, des pâturages, des
exemptions. De leur côté les
particuliers se sont successivement
rachetés de quelques servitudes et
ce fut sous
Henri Il d'Orléans-Longueville
que les dernières traces de
main-mortalité disparurent. Ces
communes avec celles de Travers et
de Noiraigue devaient chacune 572
émines de froment au souverain pour
le droit de fournage qui leur avait
été concédé. Par acte du 31 mars
1831 cet impôt fut abandonné.
L'événement capital de cette période
fut la
Réformation
dont nous avons donné les péripéties
dans un précédent chapitre. Cette
époque est en outre marquée par des
modifications assez importantes dans
l'organisation judiciaire et
législative du pays. C'est le temps
des
Consistoires seigneuriaux
dont un existait à Môtiers, et des
consistoires
admonitifs dans chaque
paroisse. Le consistoire seigneurial
de Môtiers pour tout le
Val-de-Travers fut établi en 1538,
ainsi que celui de Travers. Celui de
Môtiers était composé de tous les
ministres de la baronnie du
Val-de-Travers; chaque ministre
prenait avec lui un ancien, et ce
conseil était présidé par le
châtelain. Celui de Travers, présidé
par le maire, se composait du
lieutenant, du pasteur et de
quelques justiciers qui portaient le
titre d'assesseurs. Les consistoires
seigneuriaux reprenaient et
châtiaient tous ceux qui
commettaient contre les bonnes
moeurs des fautes qui cependant
n'étaient pas criminelles. Les
consistoires admonitifs, composés du
pasteur et des anciens, donnaient
des exhortations, des censures, des
menaces, interdisaient le
Saint-Sacrement et renvoyaient les
cas graves aux consistoires
seigneuriaux.
Les forêts avaient été tellement ruinées par les maîtres de
forge que les communes du
Val-de-Travers craignaient à ce
moment que le bois ne fît défaut. En
1627, Henri
Il affranchit tout ce qui
restait de main-mortables qui à ce
moment formaient le tiers des
habitants du Val-de-Travers. Tous
furent affranchis sous le nom de
francs-sujets,
moyennant le paiement d'une somme
égale à la sixième partie de leur
bien, un léger cens personnel et
l'obligation de ne pas prendre
bourgeoisie, ni marier leurs filles
uniques à des étrangers. Vers 1650
la réputation de l'industrie
neuchâteloise s'étend au loin. En
outre les hommes de guerre tous
grands et forts sont connus comme
bons soldats. Il y en avait 820 (120
à Travers, 400 au Vautravers et 300
aux Verrières) au Val-de-Travers,
tous portant armes. Les pauvres et
les indigents avaient le droit de
mendier et dans ce but on marquait
leurs habits. L'ordonnance signée
Wallier dit : «Voyans
le nombre des mendians s'accroître
de jour à autre, occasion de ce que
plusieurs au lieu de s'adonner au
travail par lequel ils pourraient se
subvenir se glissent parmi ceux qui
sont vrayement pauvres et dignes de
l'aumosne, à la surcharge du pays ;
est la cause (pour y prévenir) que
nous vous ordonnons de faire
construire des marques et s'il y en
a aucun d'iceux qui refusent de
porter telle insigne de pauvreté,
ils seront exclus de l'aumosne.»
Couvet n'en comptait pas moins de
97. Il y en avait du reste un peu
partout. Les mandements somptuaires
étaient alors d'une extrême rigueur.
La fin du XVIe siècle et le
commencement du XVIIe siècle furent
marqués par la
persécution des sorciers. De
1580 à 1626, trente-trois sorciers
(vingt-trois hommes et dix femmes)
parurent à la barre du tribunal
siégeant à Môtiers et la plupart
furent condamnés à être brûlés vifs
et leurs cendres jetées au vent.
Deux seulement furent déclarés
innocents et libérés. En 1616, dans
une seule semaine, quatre sorciers
furent irrévocablement jugés et
condamnés. La justice était alors
expéditive et sommaire. La fin du
XVIIe siècle présente malgré tout
plus d'un progrès, les moeurs
s'étaient adoucies, les mandements
étaient moins sévères. On
travaillait beaucoup, la prospérité
était revenue, les sorciers ne
faisaient plus parler d'eux,
l'agriculture et l'industrie surtout
étaient dans une bonne voie. Le
Val-de-Travers à cette époque est
toujours divisé en trois parties :
la Châtellenie
du Vauxtravers, la
Mairie des
Verrières et la
Seigneurie de
Travers. Au début du XVIlle
siècle la population s'augmenta d'un
grand nombre de réfugiés réformés.
Ils arrivèrent en foule dans le
Val-de-Travers (en 1703, le seul
village de Couvet en reçut 643). Des
collectes furent organisées à leur
intention et dans le but de
permettre à plusieurs d'entre eux de
poursuivre leur voyage. Toutefois le
zèle se refroidit un peu, car de
prétendus réfugiés abusèrent de
l'hospitalité des habitants du
Vallon et on dut interdire de les
recevoir.