SOMMAIRE - Le Val-de-Travers

Ce dossier, toujours en évolution, nous fera découvrir la région du Val-de-Travers, dans le canton de Neuchâtel, en Suisse. Le district du Val-de-Travers est l'un des six districts du canton de Neuchâtel. Le chef-lieu est Môtiers. Il tient son nom du fait qu'il est situé "de travers" par rapport aux autres vallées du Jura neuchâtelois (Les Vallées de la Brévine et de la Sagne, le Val-de-Ruz).

 

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 Histoire de la vie religieuse

 
 

Avant la Réformation

Les documents dont nous disposons ne nous permettent pas de remonter au-delà du XIe siècle. A cette date, le pays de Neuchâtel se rattachait au diocèse de Lausanne et les ecclésiastiques relevaient de ce chapitre, à l'exception des Verrières qui appartenaient au diocèse de Besançon. Dans la Charte de 1214, l'évêque de Lausanne est reconnu comme l'arbitre des différends qui pouvaient se produire entre les seigneurs et les bourgeois de Neuchâtel. Si, en 1406, l'État de Berne fut substitué à l'évêque ensuite de combourgeoisie, la direction spirituelle lui demeura tant que dura le régime catholique. Le pays de Neuchâtel comptait alors quatre couvents de bénédictins parmi lesquels celui du Val-de-Travers (Les autres étaient: les prieurés de Bevaix, de Corcelles et l'abbaye de Saint-Jean). Le Temple de Notre-Dame de Môtiers parait devoir être le plus ancien monument religieux et la mère église de la vallée. Ce fait semble prouvé par une statistique de 1228 qui mentionne cinq paroisses relevant de Notre-Dame de Môtiers, parmi lesquelles Saint-Sulpice et Travers (puis Engollon, Fontaines et Diesse, qui ne se situent pas au Val-de-Travers). La date de la fondation de ce temple est incertaine, mais d'après diverses données, puis d'après le style architectural de plusieurs fenêtres, on peut la fixer au IXe siècle, c'est tout ce que l’on peut dire de certain. Quant aux premiers missionnaires qui prêchèrent le Christianisme dans la vallée et qui l’y développèrent au point de provoquer l'établissement de la chapelle de Môtiers, nous ne savons rien de précis. Aucun document ne nous permet de formuler des opinions sûres.

L'église de Notre-Dame de Môtiers fut annexée plus tard par le prieuré de Saint-Pierre. Ce monastère parait avoir été fondé dans le cours du Xe siècle et avait les rois de Bourgogne comme avoués directs. Un diplôme de l'empereur Henri III (1039-1056) concède « en possession perpétuelle ait monastère de Sainte-Marie de Payerne le lieu qu'on appelle vulgairement Vallis transversa et que l'on sait être bâti dans l'évêché de Lausanne, avec toutes ses dépendances, excepté celles que certains laïcs y tiennent de notre main ». Ce diplôme prouve qu'il s'agit d'une donation pure faite à la puissante abbaye de Payerne, afin de placer le prieuré de Môtiers sous une haute protection. Il résulte de là que le prieuré de Saint-Pierre de Vauxtravers fut le Seigneur primitif de la vallée, jusqu'au moment où les puissants comtes de Châlons, suzerains de Neuchâtel, choisirent un sous-avoué dans la personne du sire de Neuchâtel. Il y avait à cette époque deux chapelles à Travers et à Buttes ; elles étaient desservies par deux moines bénédictins de Môtiers. En 1107, le pape Pascal concède le prieuré au Couvent de la Chaise-Dieu (couvent de la Haute-Loire). En 1178, l'empereur Frédéric Barberousse étant à Besançon, prit sous sa protection l'église de Saint-Pierre au Vauxtravers et défendit d'opprimer les moines dudit prieuré, leurs sujets et leur propriété. Ce prieuré possédait des terres au Val-de-Ruz où il nommait à diverses cures. Son influence s'étendit rapidement autour de lui, car déjà en 1202, il obtint un tiers des dîmes de Boudevilliers et le droit seigneurial de tenir le plaid (audience de tribunal) de saint Pierre dans ce village, conjointement avec le seigneur de Valangin; en 1228, il prétendait posséder les dîmes de Diesse qui furent le sujet d'un procès avec l'abbé de Saint-Jean. Il avait des propriétés à Fontaine, au Val-de-Ruz, et était collateur (action de conférer un bénéfice ecclésiastique) de la cure de ce lieu. Il ne tarda pas à obtenir les dîmes des paroisses du Val-de-Travers, sauf de Buttes et de Saint-Sulpice qui faisaient partie du domaine des seigneurs de Joux.

Le prieuré avait dans les comtes de Neuchâtel de puissants adversaires qui s'efforçaient de battre en brèche la puissance seigneuriale du couvent. Ces seigneurs construisirent le Château sur la colline la plus rapprochée de Môtiers et dont le but était de protéger dès le XIIIe siècle les barons du Vauxtravers. Ce fut le commencement de la décadence pour le prieuré. Dans le XIIIe et dans le XlVe siècle, il se vit dépouillé de tous ses anciens droits de juridiction, puis de ses attributions seigneuriales, sans que personne prit sa défense. Cette situation replaçait le prieuré dans son véritable champ d'activité. En 1228, nous ne trouvons qu'une église mentionnée, celle du Val-de-Travers (Môtiers), avec deux annexes, Saint-Surpicius et Travers. En 1242, les paroisses indiquées dans le cartulaire sont pour le Val-de-Travers au nombre de quatre, Môtiers, Saint-Sulpice, Travers et les Verrières ou Mijoux, qui étaient rattachées au diocèse de Besançon. La relation de la visite diocésaine des Églises du Comté de Neuchâtel, faite par les délégués de l'évêque de Lausanne, nous donne une idée de la situation ecclésiastique an milieu du XVe siècle. Les délégués visitèrent le 5 août 1453 : « l'église paroissiale dont Jean de Billens était curé » ; le 6 août : « la chapelle de Buttes qui est fille de l'église de Môtiers… et la chapelle de Saint-Sulpice… ces deux chapelles sont desservies par Jean de Saint-Remy sous la direction dit prieur… puis le même jour la chapelle de Travers, dédiée à saint Cosme et saint Damien, cette chapelle est fille de l'église de Môtiers, le curé ou tel autre y officie tous les dimanches et jours de fêtes…». Cette relation constate donc qu'il n'y avait en 1453 qu'une seule paroisse desservie par le curé de Môtiers, un certain Jean de Billens, qui officiait aussi à Travers, et que les chapelles de Buttes et de Saint-Sulpice où l'on officiait tous les quinze jours étaient placées sous la conduite d'un des moines du Couvent.

En 1507, le pape Jules Il réunit à la mense du chapitre de la collégiale de Neuchâtel le prieuré de Môtiers. Le chanoine Ponthus de Soleylan en vint prendre solennellement possession an nom du chapitre en 1508. Dès lors et jusqu'à la réformation, aucun changement ne se produisit dans la vallée au point de vue religieux. Toutefois, le prieuré devait perdre aussi bientôt ses attributions ecclésiastiques et son rang de monastère.

Depuis la Réformation

Le XVIe siècle amena une transformation complète : La réforme prêchée par Guillaume Farel avait triomphé dans la plupart des localités du pays, mais le Val-de-Travers résista assez longtemps aux doctrines nouvelles; les Verrières acceptèrent la Réforme en 1534, Môtiers et Buttes en 1536. Le papisme s'était réfugié dans le prieuré comme dans une citadelle; les chanoines de Neuchâtel s'y étaient retirés dès le 6 août 1531. De là, ils voyageaient dans la vallée, s'efforçant d'engager les fidèles à rester attachés à l'ancien culte. Mais la réforme gagnait du terrain, le prieuré restait en souffrance de toute façon et le coup de mort lui fut donné en 1536, année dans laquelle tous les villages du vallon se déclarèrent pour la Réforme. Le monastère fut sécularisé et les bénédictins se retirèrent au couvent de Montbenoît (entre Pontarlier et Morteau). A partir de cette date, les pasteurs remplacèrent les moines. En 1558 on constate qu'il n'y avait que trois pasteurs dans le Val-de-Travers: l'un desservait les deux églises de Saint-Sulpice et Buttes (probablement Thomas Petitpierre, curé converti au protestantisme), l'autre, dont la paroisse s'étendait de Fleurier à Noiraigue, desservait Môtiers et Travers (probablement Pierre Barrelet ou Gaspard Carmel), le troisième (Osias Frimund) desservait les Verrières.

Nous trouvons, en 1541, Gaspard Carmel pasteur à Môtiers jusque vers 1557. Une lettre écrite par lui à Calvin, témoigne de la multiplicité et de la difficulté de ses devoirs pastoraux. En 1551, le Synode, auquel assistèrent Calvin et Viret, décide de s'occuper de venir en aide à Carmel et de travailler à l'établissement d'un pasteur à Travers, ce qui eut lieu en 1558, époque où fut nommé Olivier Mérienne. Il y eut donc quatre paroisses depuis 1558. Dès lors et pendant un siècle et demi les quatre villages de Môtiers, Boveresse, Couvet et Fleurier composèrent la paroisse de Môtiers. En 1565, on nomma un diacre à Môtiers, diacre qui exerça jusqu'en 1726 les fonctions de régent de l'école de Môtiers et de suppléant des pasteurs du Val-de-Travers, des Verrières et de la Brévine. Plus tard, il fut en outre chargé de faire un catéchisme le dimanche à Fleurier, alternant avec ceux qu'il devait faire dans les chapelles de Couvet et de Boveresse. Au début du XVIIe siècle, nous trouvons les cinq postes suivants au Val-de-Travers : Travers, Môtiers, Buttes et Saint-Sulpice, Verrières et le diacre de Môtiers. Insensiblement l'augmentation de la population nécessite le dédoublement de certaines paroisses. Nous les indiquerons d'après l'ordre chronologique: Au XVIIIe siècle, par acte du 10 novembre 1657, on prélève un muid (ancienne mesure variant selon les régions) de froment et un muid d'avoine en vue de fournir un traitement à un ecclésiastique chargé de desservir la Côte-aux-fées. La même année, un poste de diacre des Verrières fut créé et parmi les attributions de celui-ci il y avait l'obligation de desservir la chapelle de la Côte-aux-fées. Mais trouvant des inconvénients à être placés sous la dépendance du pasteur des Verrières, les habitants demandèrent à la Compagnie des pasteurs d'ériger leur village en paroisse indépendante de celle des Verrières. Cette demande fut approuvée par le gouvernement de l'époque, en septembre 1672, et le premier titulaire fut Étienne Bolle. Au XVIIIe siècle, Couvet, qui n'avait comme culte que le prêche sur semaine fait par le pasteur de Môtiers, demanda aussi d'être érigé en paroisse. Par acte du 23 avril 1706, la souveraine Marie d'Orléans, duchesse de Nemours, autorisa l'érection de ce village en paroisse. Le premier pasteur fut David Vattel. Le 7 février 1709, la Commune de Fleurier, dépendant aussi de Môtiers pour le spirituel, s'adressa à la Compagnie des pasteurs pour être constituée en paroisse particulière, ce qui fut accordé par acte du 13 juillet 1710. Ainsi deux cents ans après la Réformation, la grande paroisse de Môtiers qui comprenait primitivement toute la vallée était divisée en cinq paroisses. Fleurier eut comme premier pasteur Jonas de Gélieu qui y mourut en 1760, après cinquante ans et un mois de services; son successeur Daniel Courvoisier y vécut aussi près d'un demi-siècle. Le village des Bayards, desservi par le pasteur des Verrières qui y célébrait un culte régulier tous les quinze jours, fit des démarches déjà en 1709, mais n'obtint la faveur d'être érigé en paroisse que le 27 avril 1712. Le premier pasteur fut Jean-Pierre Cartier. Au XIXe siècle, Buttes, de tous temps annexe de Saint-Sulpice, en fut séparé et constitué en paroisse spéciale le 7 janvier 1835, avec Célestin Dubois comme premier pasteur. Enfin, le 12 février 1879, Noiraigue, qui faisait partie de la paroisse de Travers, fut érigé en paroisse distincte de Travers, après avoir eu de 1874 à 1879 un subside dépendant de la Cure de Travers. Le premier pasteur fut Léopold Coste.

Jusqu'en 1836 la plus grande partie des traitements se payait en nature soit par les paroissiens eux-mêmes, soit par les administrations communales ou paroissiales. Les pasteurs du Val-de-Travers jouissaient en outre du droit de pêche dans la rivière de l'Areuse, comme les fonctionnaires civils et militaires du district. En 1854, la portion allemande de la population obtint la nomination d'un diacre, qui fut chargé de la cure d'âmes des familles allemandes de tout le vallon et d'une prédication dans diverses localités à tour de rôle. Les catholiques n'ont jamais été bien nombreux au Val-de-Travers. Cependant en 1858, le 26 juillet, on inaugura une chapelle catholique à Fleurier ; un curé, nommé par l'évêque de Lausanne et résidant à Neuchâtel, allait y célébrer le culte et visiter les paroissiens. Le 21 novembre 1865, la paroisse catholique du Val-de-Travers fut fondée avec un curé résidant à Fleurier. Elle comptait alors 1073 membres. Le 28 juillet 1889 un second lieu de culte catholique vit jour à Noiraigue. La révision de la loi ecclésiastique en 1873, qui provoqua tant de trouble dans tout le pays, n'émut pas beaucoup les populations du Val-de-Travers; tandis que presque partout ailleurs se fondaient des Églises indépendantes de l'État, les paroisses restèrent bien tranquilles. Quatre paroisses sur dix, dont deux plus tard que les autres, virent se produire quelques troubles qui aboutirent à l'établissement d'Églises indépendantes. Ce sont dans l'ordre de leur fondation : Bayards, Couvet, Môtiers et Fleurier. En 1874, on comptait 230 électeurs de l'Église indépendante au Vallon (Couvet, 55, Môtiers, 55, Fleurier, 36, Bayards, 84). En 1884, il y en a 289 et en 1890, 302. Dans deux de ces quatre paroisses, on a construit des chapelles : Couvet, le 10 décembre 1876 et Fleurier, le 22 août 1886.

     

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Sources

- Quartier-La-Tente, E., Le Val- de -Travers,  Attinger Frères.

-  Jequier H. Le Val- de -Travers (Comté de Neuchâtel) des origines au XIVe siècle, La Baconnière.

 

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