Le Val-de-Travers (Vallis
transversa, nom donné par
les Romains; obligés d'étudier en
vue de la construction de leurs
routes la configuration du sol, les
Romains remarquèrent que, comparé
aux autres vallées du pays qui
s'étendent du nord-est au sud-est,
le Val-de-Travers, incliné en sens
contraire, du sud-ouest au
nord-ouest, est
transversal,
et méritait le nom de Vallis
transversa qu'ils lui donnèrent,
littéralement vallée qui passe en
travers des autres.) est l’un des
six districts du pays de Neuchâtel
et l'un des plus intéressants. Il
occupe la partie sud-ouest du canton
et mesure environ vingt-deux
kilomètres de longueur et quatre à
cinq kilomètres de largeur. Son
altitude varie de 700 à 900 mètres.
Il s'étend de Noiraigue aux
Verrières et confine à la Brévine au
nord, et au canton de Vaud au sud.
Après avoir longé pendant plus de
deux heures les gorges pittoresques
de l'Areuse, on pénètre dans le
Val-de-Travers par un passage étroit
d'un aspect particulièrement
attrayant. L'extrémité de ce passage
appelé la
Clusette (défilé ainsi nommé
parce qu'autrefois le passage était
clos par les roches, ou à peu près)
nous présente d'un côté le
Creux-du-Van
avec ses murailles à pic de plus de
150 mètres, et de l'autre les
rochers non moins élevés de
Noiraigue, sur la pente desquels on
a construit le chemin de fer et la
grande route; entre deux se trouve
le passage assez étroit au fond
duquel coule l'Areuse. Revenons sur
le Creux-du-Vent ou Creux-du-Van.
Son nom lui vient dans le premier
cas des phénomènes météorologiques
qui s'y passent ; dans le second, de
sa forme demi-circulaire et évasée
comme un van. C'est un cirque
d'effondrement, demi-cratère de plus
d'un kilomètre de large et de 300
mètres de profondeur ; c'est le
Cul-du-Van, dont le nom a été changé
dans ce siècle en celui de
Creux-du-Vent l'étude du relief
montre que c'est une ancienne combe.
De là on aperçoit Noiraigue, village
comme enfermé dans un bassin
particulier qui l'isole en quelque
sorte de la vallée proprement dite.
Si au lieu de traverser le fond du
vallon nous prenons le revers du
Creux-du-Van, nous trouvons devant
nous une colline qui forme la
séparation entre le petit vallon de
Noiraigue et le reste du
Val-de-Travers. Cette colline a pour
nom les
OEillons. Des divers points
de cette colline, on jouit d'une vue
charmante : d'un côté, toute la
vallée avec les deux chaînes de
montagnes qui la bordent an nord et
au midi, l'Areuse serpentant dans le
fond du val comme un ruban d'argent;
de l'autre, le lac de Neuchâtel dans
une échappée entre la montagne de
Boudry et la Tourne.
De l'extrémité du village de Travers
au pont de la Roche, le vallon
mesure une douzaine de kilomètres.
De ce dernier point, le vallon est
partagé en deux parties par le
mont de Sassel,
qui sert de base au plateau de la
Côte-aux-Fées et du Mont-de-Buttes.
Du côté nord du mont de Sassel se
trouve, presque fermée par les
rochers, l'entrée du vallon de
Saint-Sulpice d'où sort l'Areuse ;
le vallon se prolonge du côté des
Verrières. Au midi, la vallée de
Buttes plus ouverte, quoique peu
large, et qui se prolonge jusqu'à
Longeaigue. La chaîne de montagnes
qui limite le Val-de-Travers au midi
et le sépare du canton de Vaud est
large et assez élevée, depuis le
Creux-du-Van jusqu'en face du
village de Buttes (1300 mètres
d'altitude moyenne) ; là se trouve
un point encore plus élevé : le
Chasseron
(1611 mètres), montagne vaudoise. Le
versant de cette chaîne, qui est la
continuation de la montagne de
Boudry, est régulier, assez rapide
et généralement couvert de forêts de
sapins. Un vaste plateau, parsemé de
métairies importantes (Crêt de
l'Orge, Vuissens, le Chenil, La
Dame... etc.), s'élève jusqu'aux
dernières crêtes de la montagne. La
montagne qui borde le Val-de-Travers
du coté du nord appartient à cette
grande chaîne du Jura qui s’étend du
Chasseral à Pontarlier et a 1100
mètres d'altitude moyenne. Elle est
sur une ligne à peu près parallèle à
celle qui sépare le Val-de-Travers
du canton de Vaud, moins élevée,
mais plus ondulée. Elle est en outre
coupée derrière les premières
crêtes, par les vallées profondes,
étroites et escarpées de Malmont,
Trémalmont, le Chable, les Sagnettes,
qui s’élèvent comme par gradins
jusqu’aux plus hautes sommités,
parmi lesquelles le
Crêt de
Cervelet paraît être le point
extrême. Le versant méridional de
cette montagne est partout très
rapide, rocailleux par places,
cultivé dans d’autres ; le reste est
couvert de forêts dans lesquelles le
hêtre domine. La vallée peut avoir
trois kilomètres dans sa plus grande
largeur. Du côté nord le plateau de
Plancemont et le mont de Couvet font
une saillie au midi. Le côté opposé
en fait une contre le nord, de sorte
qu’on pourrait supposer un
éboulement de la montagne jusqu’au
bord de la rivière. L’Areuse (nom
historique qui tend à devenir
officiel), la Reuse (nom officiel
qui tend à devenir historique), qui
parcourt le Val-de-Travers dans
toute sa longueur, prend sa source
au pied d’un rocher énorme à
l’extrémité occidentale de la petite
vallée de Saint-Sulpice. Elle
débouche dans le Val-de-Travers par
le Pont de la Roche. Elle coule
lentement, avec de nombreuses
sinuosités, et embellit vraiment la
contrée ; elle fournit d’excellentes
truites, dont la réputation s’étend
fort loin et est déjà ancienne.
Rousseau
les estimait si délicates, qu’il
conseillait de ne pas différer de
s’en régaler. L’Areuse recueille sur
sa route les eaux de plusieurs
affluents : l’Ubna
ou Huguenaz
à Saint-Sulpice, le
Buttes
et le Fleurier, qui sont déjà de
petites rivières, le
Bied à
Môtiers, le
Sucre à Couvet, puis la
Noiraigue,
le dernier et le plus considérable.
On a de tout temps vanté les beautés
du vallon. Les voyageurs en ont
parlé avec enthousiasme. Rousseau en
fait nue description charmante dans
deux lettres qu'il adresse au
maréchal de Luxembourg. Une
Française voyageant en Suisse en
1790, écrit en date du 20 juillet :
« Cette
journée a été employée à parcourir
le Val-de-Travers, dont je reviens
enchantée. Son entrée du côté, de la
France peut être comparée au défilé
des Thermopyles; il est pratiqué
entre des rochers, d'où pendent des
grosses chaînes dont on fait usage
en temps de guerre ». Dans
ses lettres sur la Suisse, Raoul
Rochette dit à la date du 5 août
1819: « Le
reste de la route, dans le
Val-de-Travers, est un enchantement
perpétuel. Je t'ai déjà parlé de
Môtiers, l'un des plus jolis
villages de cette délicieuse vallée;
eh! que ne puis-je m'y reporter
encore, en te le rappelant! Mais il
faut s'arrêter, et craindre surtout
de toucher à un tableau qu'a tracé
la main d'un grand maître »
(Rousseau). L'historien Vulliemin
décrit ainsi le Val-de-Travers : «
Riante prairie entre deux parois de
rochers qui tantôt s'éloignent et
laissent entrevoir la vallée, tantôt
se resserrent et de si près qu'elles
semblent au moment de se réunir et
de fermer le bassin. De prairie en
prairie et de rocher en rocher,
l'Areuse roule ses eaux bruyantes.
» Le Val-de-Travers est en effet
charmant, ses villages riants et
gais ont un attrait particulier et
ont laissé l'impression la plus
excellente à tous ses visiteurs.
Comme district, le Val-de-Travers
compte onze villages, avec Môtiers
comme chef-lieu, et de nombreux
hameaux.