Tite-Live
est né à Padoue (Italie du Nord) dans une famille de nobles
locaux et est mort à Rome. Patriote ardent et croyant profondément
en la grandeur de Rome, il exalta par ses œuvres le sentiment
national ; il fallait notamment faire oublier les guerres
civiles. Il mena toutefois une vie calme et studieuse (on pense
qu’il n’occupa aucune charge politique, militaire ou
administrative).
Contemporain d'Auguste
il consacra toute sa vie à la rédaction d'une œuvre immense,
tant par la taille que par le talent,
Ab
urbe condita libri CXLII (142
livres depuis la formation de la ville = Histoire romaine) ;
son œuvre s’étend de l’origine de la ville jusqu’à
l’an 9 après J.-C, elle est incomplète (mais c’est
l’œuvre conservée qui est la plus considérable),
certainement interrompue par la mort de l’auteur.
Des 142 livres
que connaissait l’Antiquité, il ne nous en reste que
35.
Les 142 livres étaient divisés en « décades »,
donc en groupe de 10 livres. Mais on peut penser que ces décades
n’étaient qu’une sorte de division matérielle, lorsque les
volumina (rouleaux) primitifs furent transcrits en
codices (livres reliés), 5 ou 10 rouleaux formant
alors un codex.
Des résumés
à usage scolaire (periochae) furent tirés de son œuvre.
Toutefois l’œuvre
de Tite-Live n’est pas exempte de défauts :
chronologiques d’abord, de nombreux anachronismes
apparaissent dans son Histoire de Rome, surtout en ce qui
concerne la période archaïque.
Sujet de
ses écrits
Dans un premier
temps Tite-Live écrivit des lettres philosophiques (c'est
Sénèque
qui nous l’apprend dans la lettre 100 des
Lettres
à Lucilius) ; nous n’avons pas conservé
ces écrits.
L’histoire
romaine, qu’il commence entre -29 et -25, relate l’arrivée d’Enée
en Italie jusqu’au début du I siècle après J.-C. Les 35 livres
que nous avons conservés se constituent ainsi :
Livre
1 à 10 : des origines au début du III siècle
Livre
21 à 30 : la deuxième guerre punique (219-201)
Livre
31 à 45 : la conquête de la Méditerranée orientale ; guerre contre les rois de Macédoine et de Syrie.
L’on connaît
toutefois le contenu des livres manquants grâce aux
periochae
(qui sont des tables des matières
que l’on doit à un abréviateur anonyme du III ou IV
siècle. A ne pas confondre avec les periochae que l’on
utilisait comme manuel scolaire).
D’abord le
livre I et les livres II à V furent édités séparément, puis
une seconde édition les vit être rassemblés.
Sources
Tite-Live ne
pouvait songer à consulter des archives ou des documents
originaux, en effet en l’an -390
Rome avait été saccagé par les Gaulois et la plupart
des documents remontant avant cette période avaient disparu. En
ce qui concerne la période suivante la difficulté provenait du
fait que les archives publiques étaient largement
dispersées
(ce n’est qu’en l’an -78
qu’elles seront rassemblées) et que les archives privées,
que détenaient les grandes familles, pouvaient être soupçonnées
de partialité, d’ailleurs même les documents officiels n’étaient
pas exempts de tout reproche à ce niveau. Tite-Live va
donc puiser dans les œuvres des historiens qui l’ont précédé ;
ce sera par exemple l’historien grec Polybe
( qui a écrit des Histoires, partiellement
conservées, qui racontent les événements du début de la
deuxième
guerre punique à la soumission complète de la Grèce,
en 146 av.J.-C ). En ce qui
concerne l’histoire romaine il utilise Valérius Antias, Fabius Pictor
et Claudius
Quadrigarius principalement ; Tite-Live affermira
progressivement sa méthode.
Dans le cas où
ses sources lui fourniraient des renseignements contradictoires,
Tite-Live utilise le critère de probabilité et de
vraisemblance pour déterminer à quel avis il doit se
conformer. Pour les temps
les plus récents Tite-Live disposait des témoignages oraux et
de ce qu’il avait lui-même vécu. Ainsi pour les Guerres
Civiles, il utilise l’œuvre d’Asinius
Pollion, il utilisa aussi la correspondance de
Cicéron.
Comme la
plupart des historiens anciens, Tite-Live est un
annaliste.
C’est-à-dire qu’il relate les faits année après année ;
ce qui l’oblige à interrompre son récit au début de chaque
livre pour parler des élections, de la répartition des
provinces entre les magistrats, et d’autres faits mineurs.
Mais Tite-Live fait preuve de talent et la narration de ces événements
n’entame finalement pas le rythme de son œuvre. Tite-Live
respecte la tradition historiographique antique en parsemant son
récit de discours (soit fictifs soit recomposés), on en
compte plus de 400 dans les livres
qui nous sont conservés. Leur utilité réside dans le fait
qu’ils mettent en quelque sorte en mouvement le récit,
qu’ils font transparaître l’état d’esprit des
protagonistes, bref ils rendent l’histoire plus proche du
lecteur.
Pour la mise en
œuvre littéraire, Tite-Live s’inspire de
Cicéron
(alors que Salluste imitait
la manière de Thucydide)
c’est-à-dire qu’il compose ses récits à la manière
d’une narratio qu’il voulait particulièrement
claire.
Tite-Live
croyait fermement que ce sont les hommes qui font l’histoire,
il nous donne par exemple un portrait remarquable d’Hannibal.
Mais il se livre aussi à une fine analyse du peuple, du sénat…
De nombreux
auteurs vont puiser dans l’œuvre de Tite-Live, citons
notamment : Valère Maxime, Lucain, Plutarque, Valère Maxime…
Pour
conclure nous pouvons affirmer que malgré de nombreuses
critiques (qui dataient notamment du XVIIIème) Tite-Live nous
apparaît aujourd’hui comme relativement fiable.