SOMMAIRE - Divers

La rubrique Divers regroupe divers travaux et dossiers relatifs à des sujets variés ou spécifiques. Ainsi, par exemple, un important dossier consacré à l'Histoire de la Suisse, un index de personnalités historiques, des chronologies, des dossiers d'histoire économique, d'introduction aux études historiques ou de didactique de la discipline.

 

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Tertullien (Quintus Septimus Florens Tertullianus) (vers 155 jusque vers 255)  

 
 

Tertullien est né et a vécu à Carthage, sa biographie nous est particulièrement mal connue. On ne sait ni la date précise de sa naissance ni celle de sa mort, encore moins la date de sa conversion au christianisme et de la plupart de ses traités. On peut expliquer ce manque de documentation sur Tertullien par deux faits principalement : D’abord c’est l’extrême discrétion du personnage, ensuite la défiance qu’insipra son passage à l’hérésie montaniste (Le montanisme est un mouvement schismatique qui a pris une grande ampleur en Asie mineure après 170. Certains éléments de la foi sont exacerbés au détriment des autres : l'attente de la fin du monde, la venue de l'esprit et une morale rigoriste. On recommande le martyre, on interdit les secondes noces. Le mouvement se maintient jusqu'au VIIIème siècle. Ils sont combattus par quelques apologistes comme Méliton de Sardes, Apollinaire de Hierapolis, Miltiade.)

L’une des questions qui opposa les chercheurs est de savoir s’il exerça la prêtrise, la question reste sans réponse. On sait toutefois qu’il était marié. Il aurait été intéressant de savoir qu’elle était sa position au sein de l’Eglise carthaginoise pour déterminer à quel public il s’adressait : ses traités étaient-ils destinés au grand public ou à des familiers ? D’autres questions intéressantes se posent : par exemple comment Tertullien fit-il pour passer « au travers » de plusieurs vagues successives de persécutions ? Là aussi la question reste ouverte.

L’époque à laquelle il vécut est une période charnière pour les deux grandes civilisations que sont Rome et Carthage, fondamentalement différente l’une de l’autre, une synthèse va pourtant bientôt s’opérer, Tertullien est le premier à la tenter. Carthage est alors comme la « seconde capitale » de l’empire romain ; c’est une ville active et cosmopolite. Tertullien est investi d’une « mission théologique », celle de guider les chrétiens, celle de leur permettre de suivre le vrai chemin du christianisme sans se laisser tenter par les doctrines païennes (parfois pas aussi éloignées du christianisme que ce que l’on pense), mais aussi d’opposer l’orthodoxie aux hérésies diverses (là aussi la frontière est parfois très mince). D’ailleurs Tertullien va se « convertir » à l’hérésie montaniste (comme nous l’avons déjà précisé).

On peut dire de lui qu’il est le premier grand théologien et le premier grand moraliste chrétien. Sa carrière d’auteur commença par un triptyque apologétique : Ad nationes, Apologeticum, De testimonio animae. C’est surtout son Apologeticum (en grec cela signifie, plus ou moins,-le fait de se défendre en justice-) qui va nous intéresser ici. Ce « plaidoyer muet » ( c’est en effet le plaidoyer que les chrétiens auraient pu faire s’il avait eu la possibilité de se défendre en justice, ce qui n’était pas le cas -d’où le « muet »- ) était adressé aux gouverneurs de provinces. On peut le décomposer en trois ensemble :

Premier temps : Préambule : Tertullien fait le procès des procès contre les chrétiens, il dénonce les anomalies procédurales.

Second temps : Il montre l’innocence des chrétiens et réfute les accusations que l’on porte contre eux. Non seulement il dénonce comme étant fausses les « rumeurs » qui couraient alors au sujet des chrétiens (voir Octavius) mais en plus il les retourne contre les païens. Il insère aussi tout un pan doctrinal à son exposé ; il insiste sur quelques grands points propres au christianisme (monothéisme, démonologie, christologie, doctrine sociale et politique).

Troisième temps : Parallèle entre le philosophe et le chrétien, entre l’héroïsme païen et le martyr chrétien. Il termine en demandant plus de justice pour les chrétiens au cours de leurs procès.

En fait, l’ Apologeticum reprend les thèmes traités dans les deux autres œuvres du triptyque : La dénonciation de l’ignorance des païens (Ad nationes) ; le second thème se trouve dans le De testimonio animae et montre que tout homme possède en lui une notion innée de Dieu et peut accéder à la connaissance de celui-ci. L’Apologétique est captivant car il est animé de la volonté de convaincre ; tout est soigneusement organisé pour permettre au chrétien de se défendre face aux attaques des païens. Plus tard Tertullien adressa une « Lettre ouverte » au gouverneur Scapula (Ad Scapulam) dans laquelle il revendique la liberté du culte pour les chrétiens, et insiste sur la « marge de manœuvre » des gouverneurs au sujet des persécutions. Grand théologien et grand moraliste, Tertullien indique aux chrétiens la « discipline » qu’ils doivent suivre ; c’est-à-dire comment les chrétiens doivent mener leur vie morale (en tout ce sont près de 15 traités - De paenitentia, De spectaculis, Ad Martyras, De Patientia…ceux-ci nous montrent d’ailleurs l’évolution de la pensée de Tertullien). On pense que c’est à partir de 207 qu’il deviendra montaniste ; sa conversion a pour effet un rigorisme plus exacerbé (notamment sur les secondes noces, sur la vertu de la continence, sur l’attitude des chrétiens face aux persécutions, c'est aussi à ce moment qu'il exprime l'opposition entre pêchés « rémissible » et « irrémissible »…-idolâtrie, meurtre, adultère-). D’autres ouvrages portent essentiellement sur la « règle de foi » (regula fidei), c’est-à-dire sur une description approfondie des dogmes. Notons encore le De Pallio (Sur le manteau), qui est un opuscule obscur en marge des autres œuvres de l’auteur. Tertullien y explique pourquoi il a abandonné la toge pour le manteau.

La théologie de Tertullien n’est donc pas le résultat d’un projet préalablement établis, c’est une sorte de « somme », la première dans l’histoire du christianisme, qui présente presque toujours un caractère polémique (qui ne représente d'ailleurs pas la volonté de Tertullien mais qui est plutôt motivés par les circonstances).

Ses positions contre la philosophie ont parfois été jugées trop sévèrement ; en fait il ne dénonce pas la philosophie en elle-même, mais l’usage qu’en font ses contemporains gnostiques. Il n’a jamais prononcé le fameux Credo quia absurdum (je le crois car c’est absurde), du moins sous une telle forme. Il ne renie d’ailleurs pas complètement son paganisme antérieur, en tous les cas pas la culture qui l’accompagne (ses lectures sont principalement des œuvres de Sénèque et de Cicéron), il faut plutôt penser que sa foi s’est greffée sur cette culture. Son style est parfois surprenant, son goût pour un certain maniérisme, ses tournures parfois violentes, ses artifices de langage semblent en contradiction avec ce qu’il professe. Mais pour prouver la vérité l’expérience démontre que la simplicité ne suffit pas…

     

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