ATRIUM - Histoire de l'Antiquité

En histoire européenne, l'Antiquité désigne la période des civilisations de l'écriture autour de la Méditerranée, après la Préhistoire, avant le Moyen Âge. La majorité des historiens estiment que l'Antiquité commence au IVe millénaire av. J.-C. (-3500, -3000) avec l'invention de l'écriture, et voit sa fin durant les grandes migrations eurasiennes autour du Ve siècle (300 à 600). La date symbolique est relative à une civilisation ou une nation, la déposition du dernier empereur romain d'Occident en 476 est un repère conventionnel pour l'Europe occidentale, mais d'autres bornes peuvent être significatives de la fin du monde antique.

 

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Sumer et Akkad
 
 

La Mésopotamie est arrosée par le Tigre et l'Euphrate qui naguère - et jusqu'au début des temps historiques - se jetaient séparément dans le golfe persique, mais qui en vinrent à unir leurs eaux à quelques kilomètres de l'embouchure, pour ne plus former dès lors qu'un seul cours d'eau. Ne sont-ils pas le symbole de la destinée des hommes, des peuples et des Etats qui, sur leurs rives, furent si longtemps rivaux, jusqu'à ce que - tels les deux fleuves - et l'on ne sait quand et comment leurs forces hostiles se fondissent en une seule ? La préhistoire révèle déjà, dans ces contrées que l'on tient pour le berceau de l'humanité, l'existence simultanée de deux civilisations différentes: celle des hauts plateaux de l'Iran et du Beloutchistan et celle de la plaine, dans la dépression qui s'allonge du Taurus au Zagros.

Au milieu des populations que nous présumons avoir habité le pays dès avant eux, les Sumériens s'installèrent, nous ignorons dans quelles circonstances, et nous ne savons rien de leur origine, sinon qu'ils n'étaient pas des Sémites. Tout ce que nous pouvons affirmer, c'est que 3000 ans av. J.-C. ils occupaient la Mésopotamie, et qu'ils en étaient incontestablement devenus les maîtres, non sans que leur civilisation eût tout à la fois emprunté et donné aux autochtones plus d'un élément matériel et spirituel. Leur mentalité était dominée par leur sentiment religieux; la religion et ses rites pénétraient la vie sous tous ses aspects et inspiraient le droit qui avait atteint à un surprenant degré de subtilité. Mais il semble aussi que les Sumériens aient pratiqué l'art équivoque de la divination sous des formes diverses: sorcellerie et exorcismes, interprétation des songes et horoscopes, oracles et présages leur étaient familiers. Enfin ce sont eux qui, dans un temps très reculé, ont fondé et construit des villes sur les rives du Tigre et de l'Euphrate. La ville sumérienne ne ressemble en rien à ce que furent plus tard les cités grecques; elle est avant tout la résidence du dieu local et de ses représentants terrestres, qui la gouvernent. C'est pourquoi les rues principales ne sont que les longues et larges routes réservées aux processions, tandis que les portes et les murs, destinés surtout à l'accès et à la protection du sanctuaire divin, sont consacrés aux dieux. En conséquence, le prince défend jalousement sa cité dont la capitulation nuirait au prestige du dieu local. Des guerres interminables l'obligent à entretenir une force armée relativement importante. Parmi les villes sumériennes - Awan, Kish, Lagash, Oumma, Our - Ourouk (l'Erec de la Bible) mérite une mention toute spéciale, car elle fut le centre de la belle civilisation sumérienne et le lieu de naissance de l'histoire de l'antiquité. A Ourouk, l'architecture était au service de la théocratie et ne cherchait pas, comme ce fut le cas dans d'autres sanctuaires, à exprimer la pensée d'un dieu; le sceau royal, en forme de cylindre, porte les premières ébauches d'un art figuratif et, sur les briques mises au jour par les fouilles, on déchiffre les caractères d'une écriture. Peu à peu, les arts et les sciences se développèrent: le sculpteur tailla dans la pierre des dieux, des héros, des génies protecteurs, des animaux, des êtres fabuleux; des poètes racontèrent, dans l'épopée de Gilgamesh, les aventures et les courses errantes du royal héros dont le nom sert de titre au poème; d'autres ont relaté le drame du Déluge ou se sont plu à des spéculations sur la vie future; la musique devait être en honneur, comme en témoignent les harpes splendides qui ont été retrouvées.

La base du calcul était le système sexagésimal qui a pour unité le nombre 60 et dont nous conservons le souvenir quand nous comptons par douzaines et divisons l'heure en 60 minutes de 60 secondes. L'astronomie, favorisée par le ciel sans nuage qui, de juillet à octobre, règne au-dessus de la Mésopotamie, fut un objet d'étude, mais elle dégénéra souvent en une astrologie superstitieuse. Les Sumériens ont aussi pratiqué l'art de guérir les maladies; ils ont su passer de l'écriture idéographique aux caractères cunéiformes, procurant ainsi à la plupart des peuples de l'Orient un moyen d'expression que chacun adapta à ses besoins, selon son génie propre.

En une ou peut-être deux vagues successives, nous ne savons quand ni comment, les Sémites envahirent le territoire sumérien. Ils arrivaient, plus que probablement, des steppes du nord de l'Arabie où les conditions d'existence sont tellement précaires que les autochtones les ont abandonnées, leurs émigrations se succédant à de longs intervalles de distance, il est vrai. Ce furent d'abord les Akkadiens au cours du troisième millénaire av. J.-C., puis les Amorrhéens, aux environs de l'an 2000, les Araméens, avant l'an 1200, enfin les Arabes au VIIe siècle après J.-C.; les Assyriens aussi sont des Sémites - leur langue en fait foi, toutefois leur organisation politique nous porte à croire que leur origine n'est pas la même. L'irruption de la première vague de Sémites en Mésopotamie est confirmée par le fait qu'à partir de 2600 av. J.-C. environ, des noms akkadiens figurent de temps à autre dans le rôle des rois régnant sur les villes d'origine sumérienne. Des cités sémites apparaissent de bonne heure: Babylone, Sippar et surtout Akkad dont la prééminence est attestée par le titre -. « Roi de Sumer et d'Akkad » qui, dès un temps reculé, désigna les souverains du pays tout entier.

De l'envahissement des Sumériens par les Sémites naquit une civilisation nouvelle. Sous bien des rapports, sans doute, Sumer donna le ton à Akkad, qui, de son côté, introduisit dans les moeurs et les esprits bien des usages nouveaux: le culte de la lune et des divinités solaires s'instaura; Ichtar, la déesse toute-puissante des Sémites, éclipsa les déesses sumériennes; un art plus vivant remplaça les réalisations trop rigides des Sumériens; enfin, dans le domaine politique, les Sémites apportèrent une conception nouvelle de la royauté: le roi ne fut plus le représentant d'un dieu, il fut dieu lui-même; loin de s'enfermer entre les limites étroites d'un tout petit domaine, il aspira à l'hégémonie et rêva même d'une royauté universelle; l'ancienne théocratie céda la place à un Etat centralisé et bureaucratique dans lequel le clergé sumérien - jadis tout-puissant - perdit toute autorité.

On a retrouvé, au cours des fouilles exécutées sur l'emplacement de la ville de Kish, le premier document qui mette un nom en relief; c'est une magnifique massue portant une inscription qui révèle qu'elle fut offerte à Mesilim, prince sumérien qui régnait vers l'an 2600 av. J.-C. C'est donc sous son règne, probablement, que se produisit l'invasion sémite. Kish devint de bonne heure un centre akkadien.

Les premiers documents relatifs à la première dynastie d'Our remontent à 2500 av- J.-C. environ. La visite des tombes royales de cette époque révèle qu'à la mort d'un roi - était-ce de bon gré, était-ce sous la contrainte ? - toute sa cour le suivait dans le trépas. Cette coutume cruelle fut abolie par Eannatum de Lagash qui figure troisième sur dix dans la liste des souverains de cette époque. Le dernier d'entre eux, Ouroukagina, fut le premier réformateur social connu; il s'efforça de soustraire le peuple à la tyrannie d'un clergé tout-puissant. Cette réforme venait-elle trop tard ? ébranla-t-elle la structure interne de l'Etat ? toujours est-il qu'aux environs de 2350 av. J.-C. Ouroukagina fut vaincu par Longalzaggisi d'Oumma qui se fit acclamer roi dans Ourouk et se vanta de régner sur un Etat qui s'étendait du golfe persique à la Méditerranée.

Mais ce grand royaume sumérien n'eut que peu de durée, car, entre 2350 et 2300 av. J.-C., Sargon, échanson akkadien du prince de Kish, usurpa le trône de son maître, se libéra de la suzeraineté de Longalzaggisi et créa le premier Empire d'Akkad qui s'étendait de la Cappadoce à l'Elam, englobant tout le monde civilisé d'alors, à l'exception de l'Egypte. Cette monarchie subsista durant 200 ans environ, soit, approximativement, jusqu'à 2150. C'est durant cette période que sombra la confédération des villes sumériennes. Mais plus le souverain d'Akkad gagna de puissance, plus il fut dépendant de ses succès militaires et politiques, car, on le comprend sans peine, le bouleversement profond qu'il opéra ne s'accomplit pas sans beaucoup de luttes et de sang répandu. Vers la fin du règne de Sargon, ses vassaux se soulevèrent, mais leur révolte fut réprimée.

Sargon eut la chance que ses deux fils, Rimush et Manishtousu, comme son petit-fils Naramsin (2270-2230 av. J.-C. env.), se montrèrent dignes de lui et fondèrent une dynastie. Naramsin sauva la monarchie par sa victoire sur les Goutites, peuplade descendue des monts Zagros; il hâta la fusion des deux civilisations de Sumer et d'Akkad, mais de façon à laisser la prééminence à cette dernière. A partir de son règne, en effet, les actes officiels sont rédigés dans la langue des Akkadiens.

Après lui, la dynastie se maintint encore sous les règnes successifs de sept souverains dont aucun n'eut de pouvoir effectif; un mouvement d'émancipation agita la ville sumérienne d'Ourouk.

Puis les Goutites - les « Dragons des montagnes » comme les appelaient leurs victimes - firent à nouveau irruption dans l'empire qui se montra incapable de leur résister. Nous ignorons presque tout de leur filiation avec d'autres peuples, de leur organisation sociale et de la langue qu'ils parlaient; mais nous savons qu'ils anéantirent l'empire de Sargon et n'interrompirent leur conquête que peu avant d'avoir atteint l'extrémité méridionale de la Mésopotamie, abandonnant ainsi à une paix relative les dernières cités sumériennes. Leur domination se maintint durant un siècle environ, soit, approximativement, de 2150 à 2050 av. J.-C. Puis on assiste à un réveil des villes sumériennes épargnées. En 2050 environ, le roi d'Ourouk, Outouchegal, repoussa les Goutites. Dès lors, sous le règne des rois de la troisième dynastie d'Our, puis sous celui du prêtre-roi de Lagash (2050-2000 av. J.-C. env.), Goudea, la domination sumérienne se maintint pendant un siècle (jusqu'aux environs de 1950 av. J.-C.). Durant cette période, la civilisation sumérienne rayonna sur un vaste territoire, depuis Suse, à l'est, jusqu'au Liban. On peut affirmer qu'elle fut alors moins créatrice que susceptible de s'enrichir d'éléments nouveaux, mais elle n'en étouffa pas moins l'influence sémitique.

Toutefois Sumériens et Akkadiens sont désormais confondus, comme le fait comprendre le titre de rois de « Sumer et d'Akkad » dont se parent à tour de rôle les dynastes amorrhéens d'Isia et de Larsa qui se prétendent héritiers de l'Empire d'Akkad.

A côté de ces princes s'affirme peu à peu la ville de Babel ou Babylone (porte de Dieu) qui, sortie de l'ombre, se voit désormais sur le point de devenir la grande puissance de l'Orient antique.

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